13 février 2026

Ça y est, A. a validé De l’autre côté.Je vais attendre quelques jours pour lancer la version e-book. Quelle effervescence !Ce coup-là, j’ai utilisé le logiciel intégré pour réaliser la couverture ; il a tout de même fallu que je switche entre Canva, Gimp et A., car la résolution de l’image était trop faible (minimum 300 ppi).Avec du recul, ce bouquin me laisse sur ma faim à plusieurs niveaux. La longueur : 240 pages, ce n’est pas le bon format pour une novella. Ça a l’air de dire « treize à la douzaine, m’sieurs dames » ; ça a surtout l’air de dire : « Comme je ne suis pas sûr, je vous en colle une bonne centaine de pages en plus. » Bon. Évite encore de te plaindre. « Oui, bien dit, s’il pouvait la boucler, on serait bien content. Surtout le matin. »Vous avez remarqué à quel point la météo se trompe régulièrement en ce moment ? Ils avaient parlé de pluie et, là, ciel bleu. Il ne laisse pas tomber, il est resté sur le carrelage à peine cinq secondes après l’uppercut que tu lui as flanqué. C’est dingue. Voilà ce que c’est : à force, il s’habitue.Retour à PKD, je crois bien. Il faut que je vérifie, que je calcule des courbes, $x$ et $y$, le temps et la température ou le climat pour voir à quelle fréquence certains morceaux de K. Dick me reviennent. Je pourrais le faire pour lui, pour pas mal d’autres aussi. C’est comme des odeurs de décomposition qui flottent dans l’air. Ou encore ce flacon de parfum vide dans la remise qui, de temps en temps, me rappelle l’odeur de mon père. Des odeurs de fumier de cheval fantôme également. « Il déraille, tu penses. » Je ne sais plus. Avec lui, on peut vraiment s’attendre à tout. Au pire. « Comment ça ? » On dit : avec lui, il faut s’attendre au pire.« Est-ce que c’est du plagiat ? » me demandé-je d’un seul coup en relevant la tête.Non, ce n’est pas du plagiat, mais c’est ce qu’on appelle un pastiche assumé ou un hommage stylistique. Voici pourquoi ce texte La fissure dans le formica évite le piège du vol tout en restant dans l’ombre du maître : l’entropie (Kipple), la réalité qui se fragmente (comme dans Ubik), l’humain « artificiel » qui s’ignore (comme dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?).P.K. Dick écrivait à l’époque de la télévision à lampes et des balbutiements de l’informatique ; toi, tu es plus côté cyber-glose.Je ne sais pas. Ça revient régulièrement. Des bouffées de PKD, voilà seulement ce que je peux en dire. J’ai pensé qu’en prison je pourrais écrire tranquillement. Ou alors me faire moine, de préférence en Grèce, au Mont Athos. J’ai atteint l’âge idéal : plus trop de risque d’attaques corporelles venant de la communauté. Et puis, prendre un peu de hauteur ne peut pas faire de mal.Voir la mer. Qu’est-ce que j’ai envie de voir la mer ! Mais pas la Méditerranée. Non, l’Atlantique plutôt. Je peux prendre quand je veux le corps d’une mouette et voir comment ça pénètre dans les terres en ce moment. Toutes ces inondations, ce déluge au ralenti. Planer au-dessus ou à l’intérieur, pile dans l’œil du cyclone. Quelle chance nous avons de manger tous les jours, je viens de penser. Quelle chance. Et qu’en fais-je, à part écrire des bêtises ? « Ah, enfin tu l’admets que ce sont des bêtises. » Est-ce que l’on peut se dire « ta gueule » tout seul ? Est-ce un nouveau signe que la folie progresse d’un bon pas ou bien un commencement de sagesse ? « On ne le sait pas », dit le désossé là-bas, replié sur sa carcasse décharnée.Aussi étrange que ce soit, les mails de J.O. vont désormais directement dans les spams. Je note ça sans pour autant éprouver l’envie qu’ils n’y aillent plus. Je m’éloigne. J’avais envie de commencer par ça et puis je ne sais plus ce qui s’est passé : l’effervescence de mon cachet de Doliprane mélangée au fait que De l’autre côté soit en ligne. J’ai oublié de penser à cet éloignement. Ce n’est pas grave puisque, à la fin, il revient. Il revient tout le temps.

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Le Dibbouk en m'offrant un café.

Did you enjoy this article? Support the project by buying me a coffee.

Soutenir sur Ko-fi

Carnets | février 2026

12 février 2026

fini de corriger De l'autre côté 250 pages. 45 546 mots, 275 867 signes. J'ai mis en ligne les quatre premiers chapitres hier En tout j'aurais mis une semaine de A à Z. Couverture et quatrième de couv comprises. Un tout petit peu trop long pour une novelette. Mais tant mieux tant pis. Et à part ça J'écoute Fauré parce que j'ai pensé à Versailles et que depuis Versailles le mot pavane est venu. Je pensais à tous ces gens là-haut qui se pavanent. Dans les hauteurs de mon Elysée mental. Et qui, vautré dans le luxe, le nez dans la poudre miment un Etat qui n'en est plus Et qu'est-ce que je vois : Le livre des questions dans un short de F.B ce matin comme tout ça est bizarre — Mais C'est de la merde dirait Kopf. Ce que j'écris ce matin. Comme c'est le premier réflexe cette colère je pense que c'est voulu. Que c'est ce que tout le monde ou presque vit en se levant matin Sonnez les matines ding ding dong. Suis-je à moi seul tout le monde ? il se peut que dès fois tu l'imagines Tu vas chercher le pain comme tout le monde tu râles comme tout le monde Tu vis et meurs comme tout le monde. Et en plus tu as le toupet de l'écrire Riquet à la houppe Lu Hanté. Le Diable 2.0 d'Aurélie C. Moulin qui faisait 200 pages environ. En une demie nuit. Je vois le genre. rien de fracassant, mais qui se tient. Eh oui si tu veux écrire des novellas il faut bouffer de la novella, des bonnes des moins bonnes c'est pas le problème. et tu dis que t'as plus de dents qu'est-ce que ce serait ...|couper{180}

Carnets | février 2026

11 février 2026

Je ne vois pas d'issue. Je vais crever comme j'ai vécu, à la petite semaine. J'aurai droit à mon petit cercueil, à mon petit convoi funèbre, à ma petite concession, à mes petites gerbes, ma petite inscription sur ma petite tombe et quelqu'un je ne sais pas qui dira un petit mot vite fait avant d'aller faire un petit repas, une petite bombance, une hâtive consolation passant par la bouche, s'en mettre plein la lampe en souvenir de ce qui fut pour la plupart et de façon tout à fait erronée "moi". Car même si je ne vois pas d'autre issue, il m'arrive d'avoir certains moments de lucidité encore. Je sais que j'aurais pu être de nombreux "moi" et ma perplexité ressemble à celle du sourire du Chat du Cheshire. Elle reste encore accrochée à un visage que fut le mien et qui déjà n'est plus. Oui, j'ai encore le droit d'avoir de ces vélléités, de ces échappatoires littéraires, après tout. J'ai bien le droit de reprendre un peu mon souffle après l'énumération de toutes mes insignifiances. De reprendre du poil de la bête aussi par l'entremise de cette langue que j'ai tant aimée, la seule chose probablement que j'ai tant aimée pour ce qu'elle me révèle encore de ce qu'est ce monde et de ce qu'il n'est pas. Cette langue tant aimée comme on aime un personnage imaginaire, comme on aime ici-bas la plupart du temps, bien plus en imagination, de façon purement égocentrique, qu'autrement. Faut-il que je n'aie absolument aucun droit en l'imaginaire lui-même, qu'on m'écrabouille à ce point où même en rêve il me faudrait demander une permission. Tout converge pour accepter cette pensée, si foutraque soit-elle. Hier soir encore je lisais, tout à coup, le mot pur et je me demandais presque instinctivement si c'était un mot lu par un Allemand ou un Juif. Je lisais cela, je lisais toute la confusion dont j'avais été je ne sais pas, responsable ou victime, c'est difficile à dire. Ce qu'on s'approprie avec l'éducation, avec le temps, avec l'acceptation et la renonciation. J'ai cru à pur comme j'ai cru à la solitude de certains mots avant qu'on ne les souille d'idéalisme, avant qu'on m'apprenne à les souiller seul, intérieurement. J'ai intériorisé quoi, et pour quelle raison, sinon un vide immense, un océan qui eût pu seulement être ce qu'il est, poissonneux, calme ou tempétueux, prenant la place exacte qui lui convient. Un champ de la Beauce dont on doit plisser les yeux pour apercevoir la lisière depuis que toutes les haies ont été ôtées, depuis que les grands vents de mars les traversent avec la même violence que les machines prodigieuses qui les exploitent. Et pourtant, de quoi je me plains, de quel droit. J'ai un toit sur la tête et même si je n'ai plus de dents je ne crève toujours pas de faim. Pourquoi me révolterais-je, disposant du nécessaire qui ne peut même pas être considéré comme strict. Serais-je à ce point injuste de me plaindre de quoi que ce soit alors que tout m'est fourni pour que je me taise, au contraire, que j'aie l'illusion d'avoir mes besoins essentiels satisfaits, en me montrant à tout bout de champ que d'autres, au-delà de ma rue, de mon quartier, de mon village, sont affamés, manquent de tout et surtout de démocratie. Évidemment que cette vision des choses n'a plus lieu d'être non plus. Ce que je vois désormais, ce sont tous les rouages, les engrenages par lesquels j'ai dû faire passer mon temps à la moulinette d'un horrible horloger disposant d'une efficacité plus que suisse. Rien n'est plus pur que le sale quand on le regarde dans le blanc des yeux, c'est à cela que par hasard j'arrive, comme on parvient au bout du monde, sur une falaise du Finistère. N'en revient-on pas toujours vers la mer, à l'idée de liberté associée à la mer, au-delà des considérations qui vont toujours par paire.|couper{180}

Autofiction et Introspection

Carnets | février 2026

10 février 2026

Il parle pour ne rien dire. C'est ce que l'enfant comprend. Quand le grand-père parle, il ne dit rien. En fait, c'est difficile à comprendre. Le grand-père raconte toujours les mêmes histoires. Il modifie un peu ça et là, mais ce sont toujours les mêmes histoires. Pourquoi fait-il ça ? Pour ne rien dire. C'est ce que disent les gens autour de cette table lorsqu'il l'a quittée. L'enfant comprend que parler pour ne rien dire est une faute. Celui qui parle pour ne rien dire n'est pas comme tout le monde. Il n'attire ni la confiance ni l'affection. On peut tout aussi bien le mépriser que le détester, et à force devenir indifférent à ce qu'il est véritablement. Les gens ne sont pas ce qu'ils disent. L'enfant a cette intuition. Il est possible que certaines personnes parlent pour ne rien dire parce que, de toute façon, elles savent que ça ne sert à rien de dire qui elles sont vraiment. Tout le monde s'en fichera. Tout le monde aura une peur bleue de ça. Il est possible de tuer quelqu'un pour bien moins que ça. Parler pour ne rien dire, c'est comme écrire pour que personne ne comprenne ce que tu écris. C'est la même chose. Tuez-moi. Tu le répètes en boucle et tout le monde te regarde comme un abruti. On ne te prend pas au sérieux. C'est tout à fait ça. Celui-là alors, quel con. Et le monde continue exactement comme avant. Parler pour ne rien dire n'arrête pas la course folle du monde. Écrire pour ne pas être lu n'est pas plus héroïque. Si le grand-père avait un jour commencé à parler pour ne rien dire, c'est sans doute parce qu'il avait été déçu par quelque chose, profondément. Il espérait qu'on lui accorde de la confiance, de l'affection. Ce n'est pas venu. Ou bien il n'a pas fait le chemin jusqu'au point de s'interroger sur ce que lui entendait par ces mots. Sur ce que les gens tout autour entendaient au travers de ces deux mots. Ma bouche est vide. J'ai foncé à la pharmacie en rentrant de Lyon et j'ai pris un cachet et demi de cortisone pour me préparer à affronter la douleur qui se réveillait après l'anesthésie. Puis j'ai préféré ne pas dîner et aller écrire. Une histoire complètement dingue. Un scientifique du Cern qui repère une voix dans les données au delà d'un portail. Un grand-père rabbin Kabbaliste qui sait réparer les déchirures dans les parois du réel. Une femme qui serait prête à tout pour être entendue vraiment quitte à perdre son âme. 16 chapitres, 180 pages en une nuit. Faut-il avoir la bouche vide pour écrire autant, je n'en sais rien.|couper{180}

Autofiction et Introspection