12 février 2026
fini de corriger De l’autre côté 250 pages. 45 546 mots, 275 867 signes. J’ai mis en ligne les quatre premiers chapitres hier
En tout j’aurais mis une semaine de A à Z. Couverture et quatrième de couv comprises. Un tout petit peu trop long pour une novelette. Mais tant mieux tant pis.
Et à part ça
J’écoute Fauré parce que j’ai pensé à Versailles et que depuis Versailles le mot pavane est venu.
Je pensais à tous ces gens là-haut qui se pavanent. Dans les hauteurs de mon Elysée mental. Et qui, vautré dans le luxe, le nez dans la poudre miment un Etat qui n’en est plus
Et qu’est-ce que je vois : Le livre des questions dans un short de F.B ce matin comme tout ça est bizarre
— Mais C’est de la merde dirait Kopf.
Ce que j’écris ce matin.
Comme c’est le premier réflexe cette colère je pense que c’est voulu. Que c’est ce que tout le monde ou presque vit en se levant matin
Sonnez les matines ding ding dong.
Suis-je à moi seul tout le monde ?
il se peut que dès fois tu l’imagines
Tu vas chercher le pain comme tout le monde
tu râles comme tout le monde
Tu vis et meurs comme tout le monde.
Et en plus tu as le toupet de l’écrire Riquet à la houppe
Lu Hanté. Le Diable 2.0 d’Aurélie C. Moulin qui faisait 200 pages environ. En une demie nuit. Je vois le genre. rien de fracassant, mais qui se tient. Eh oui si tu veux écrire des novellas il faut bouffer de la novella, des bonnes des moins bonnes c’est pas le problème.
et tu dis que t’as plus de dents qu’est-ce que ce serait ...
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Pour continuer
Carnets | février 2026
11 février 2026
Je ne vois pas d'issue. Je vais crever comme j'ai vécu, à la petite semaine. J'aurai droit à mon petit cercueil, à mon petit convoi funèbre, à ma petite concession, à mes petites gerbes, ma petite inscription sur ma petite tombe et quelqu'un je ne sais pas qui dira un petit mot vite fait avant d'aller faire un petit repas, une petite bombance, une hâtive consolation passant par la bouche, s'en mettre plein la lampe en souvenir de ce qui fut pour la plupart et de façon tout à fait erronée "moi". Car même si je ne vois pas d'autre issue, il m'arrive d'avoir certains moments de lucidité encore. Je sais que j'aurais pu être de nombreux "moi" et ma perplexité ressemble à celle du sourire du Chat du Cheshire. Elle reste encore accrochée à un visage que fut le mien et qui déjà n'est plus. Oui, j'ai encore le droit d'avoir de ces vélléités, de ces échappatoires littéraires, après tout. J'ai bien le droit de reprendre un peu mon souffle après l'énumération de toutes mes insignifiances. De reprendre du poil de la bête aussi par l'entremise de cette langue que j'ai tant aimée, la seule chose probablement que j'ai tant aimée pour ce qu'elle me révèle encore de ce qu'est ce monde et de ce qu'il n'est pas. Cette langue tant aimée comme on aime un personnage imaginaire, comme on aime ici-bas la plupart du temps, bien plus en imagination, de façon purement égocentrique, qu'autrement. Faut-il que je n'aie absolument aucun droit en l'imaginaire lui-même, qu'on m'écrabouille à ce point où même en rêve il me faudrait demander une permission. Tout converge pour accepter cette pensée, si foutraque soit-elle. Hier soir encore je lisais, tout à coup, le mot pur et je me demandais presque instinctivement si c'était un mot lu par un Allemand ou un Juif. Je lisais cela, je lisais toute la confusion dont j'avais été je ne sais pas, responsable ou victime, c'est difficile à dire. Ce qu'on s'approprie avec l'éducation, avec le temps, avec l'acceptation et la renonciation. J'ai cru à pur comme j'ai cru à la solitude de certains mots avant qu'on ne les souille d'idéalisme, avant qu'on m'apprenne à les souiller seul, intérieurement. J'ai intériorisé quoi, et pour quelle raison, sinon un vide immense, un océan qui eût pu seulement être ce qu'il est, poissonneux, calme ou tempétueux, prenant la place exacte qui lui convient. Un champ de la Beauce dont on doit plisser les yeux pour apercevoir la lisière depuis que toutes les haies ont été ôtées, depuis que les grands vents de mars les traversent avec la même violence que les machines prodigieuses qui les exploitent. Et pourtant, de quoi je me plains, de quel droit. J'ai un toit sur la tête et même si je n'ai plus de dents je ne crève toujours pas de faim. Pourquoi me révolterais-je, disposant du nécessaire qui ne peut même pas être considéré comme strict. Serais-je à ce point injuste de me plaindre de quoi que ce soit alors que tout m'est fourni pour que je me taise, au contraire, que j'aie l'illusion d'avoir mes besoins essentiels satisfaits, en me montrant à tout bout de champ que d'autres, au-delà de ma rue, de mon quartier, de mon village, sont affamés, manquent de tout et surtout de démocratie. Évidemment que cette vision des choses n'a plus lieu d'être non plus. Ce que je vois désormais, ce sont tous les rouages, les engrenages par lesquels j'ai dû faire passer mon temps à la moulinette d'un horrible horloger disposant d'une efficacité plus que suisse. Rien n'est plus pur que le sale quand on le regarde dans le blanc des yeux, c'est à cela que par hasard j'arrive, comme on parvient au bout du monde, sur une falaise du Finistère. N'en revient-on pas toujours vers la mer, à l'idée de liberté associée à la mer, au-delà des considérations qui vont toujours par paire.|couper{180}
Carnets | février 2026
10 février 2026
Il parle pour ne rien dire. C'est ce que l'enfant comprend. Quand le grand-père parle, il ne dit rien. En fait, c'est difficile à comprendre. Le grand-père raconte toujours les mêmes histoires. Il modifie un peu ça et là, mais ce sont toujours les mêmes histoires. Pourquoi fait-il ça ? Pour ne rien dire. C'est ce que disent les gens autour de cette table lorsqu'il l'a quittée. L'enfant comprend que parler pour ne rien dire est une faute. Celui qui parle pour ne rien dire n'est pas comme tout le monde. Il n'attire ni la confiance ni l'affection. On peut tout aussi bien le mépriser que le détester, et à force devenir indifférent à ce qu'il est véritablement. Les gens ne sont pas ce qu'ils disent. L'enfant a cette intuition. Il est possible que certaines personnes parlent pour ne rien dire parce que, de toute façon, elles savent que ça ne sert à rien de dire qui elles sont vraiment. Tout le monde s'en fichera. Tout le monde aura une peur bleue de ça. Il est possible de tuer quelqu'un pour bien moins que ça. Parler pour ne rien dire, c'est comme écrire pour que personne ne comprenne ce que tu écris. C'est la même chose. Tuez-moi. Tu le répètes en boucle et tout le monde te regarde comme un abruti. On ne te prend pas au sérieux. C'est tout à fait ça. Celui-là alors, quel con. Et le monde continue exactement comme avant. Parler pour ne rien dire n'arrête pas la course folle du monde. Écrire pour ne pas être lu n'est pas plus héroïque. Si le grand-père avait un jour commencé à parler pour ne rien dire, c'est sans doute parce qu'il avait été déçu par quelque chose, profondément. Il espérait qu'on lui accorde de la confiance, de l'affection. Ce n'est pas venu. Ou bien il n'a pas fait le chemin jusqu'au point de s'interroger sur ce que lui entendait par ces mots. Sur ce que les gens tout autour entendaient au travers de ces deux mots. Ma bouche est vide. J'ai foncé à la pharmacie en rentrant de Lyon et j'ai pris un cachet et demi de cortisone pour me préparer à affronter la douleur qui se réveillait après l'anesthésie. Puis j'ai préféré ne pas dîner et aller écrire. Une histoire complètement dingue. Un scientifique du Cern qui repère une voix dans les données au delà d'un portail. Un grand-père rabbin Kabbaliste qui sait réparer les déchirures dans les parois du réel. Une femme qui serait prête à tout pour être entendue vraiment quitte à perdre son âme. 16 chapitres, 180 pages en une nuit. Faut-il avoir la bouche vide pour écrire autant, je n'en sais rien.|couper{180}
Carnets | février 2026
9 février 2026
J'avais, toutefois, plusieurs raisons pour refuser d'agir ainsi : les unes, d'une nature tout à fait personnelle et ne concernant que moi ; les autres, il est vrai, un peu différentes. (Poe — Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket) Trouver sa singularité demande en premier lieu d'apprendre à dire non. Non, je ne suis pas d'accord avec tout ce que vous dites. Non je n'ai pas envie de marcher au pas cadencé. Non je n'ai pas du tout l'intention d'apprendre la liste des numéros de départements français et leurs chefs-lieux. Non deux plus deux ne font pas obligatoirement quatre. Non non et non. Ensuite le prix à payer est la collection de mauvais points que l'on va récolter et une certaine sensation d'isolement. Voilà comment commence cette journée. C'est assez bancal. Peut-être qu'il faut que j'essaie de soumettre ce début à l'IA. J'avais plusieurs raisons de dire non : les unes d'ordre personnel, les autres, il est vrai, un peu différentes. Faire de la littérature, par exemple, devrait me paraître insurmontable. Et pourtant j'écris. Tout ce que j'écris ressemble à un mensonge — alors autant appeler ça de la littérature, puisque c'est ce qu'on fait en littérature : mentir avec méthode. Ma vie est médiocre. En l'écrivant, je l'exagère. C'est précisément là que quelque chose devient littéraire : dans l'exagération, pas dans la vérité. Cependant, en relisant ces carnets, je reste insatisfait. Ou plutôt : il faut que je le reste. Je l'ai encore constaté hier. Le mécanisme est toujours le même : idée fulgurante, passage à l'acte désordonné, résultat sous les yeux, insatisfaction. L'insatisfaction ne me fait pas revenir sur les textes pour les améliorer. Elle me pousse à écrire de nouveaux brouillons qui me décevront bientôt. Je m'assassine en les relisant. C'est un mécanisme de protection : prendre les devants, me démolir avant qu'un autre ne s'en charge. Une fois assassiné de ma propre main, je ne crains plus aucun assassinat. Maintenant, pourquoi écrire cela ce matin ? Qui cela intéresse ? Même pas moi, puisque je vis avec ce mécanisme depuis des décennies. Ce qui a changé : je ne fuis plus l'insatisfaction. Je ne m'y vautre pas. Je la suis comme une piste. Elle me montre en creux la médiocrité qu'il y aurait à être content de ce que je fais. C'est donc de la littérature. Mais est-ce de la bonne littérature ? La question n'a aucun sens. Bon pour qui ? Pour quel tribunal ? L'insatisfaction n'a que faire du bon. Ça pourrait passer. Mais non, ça ne passe toujours pas. Ça ne passe pas car ce texte n'est pas tout à fait de moi. D'accord mais dans ce cas comment faire pour qu'il soit "vraiment" de moi... Si je mets des guillemets à la phrase que j'emprunte à Poe on verra peut-être que je suis un peu là, mon ironie en tout cas. Mais non. C'est ridicule, et surtout ça ne résout rien. Quels sont les choix à partir de là ? J'assume le fait d'écrire à l'aide d'une IA. Pourquoi pas, finalement beaucoup le font, ce n'est pas un crime. Je salis le texte en introduisant des hésitations, des maladresses. C'est plutôt chiant à faire et surtout c'est artificiel. J'assume le fait qu'il ne s'agit que d'un "exercice avec l'IA" ainsi j'ai la sensation d'obéir à je ne sais quelle injonction de transparence. Mais soyons clairs. Le vrai problème c'est que ce texte dans la forme actuelle restitué par l'IA est trop clean, trop lisse et que d'une certaine façon il pourrait tout à fait me plaire. C'est-à-dire qu'en le présentant comme texte écrit par moi-même il indiquerait que je suis un "vrai écrivain" dans ce que le consensuel imagine qu'est un véritable écrivain. Ce consensuel est également logé en moi. Comment ne pourrait-il pas l'être. Depuis le temps. Je crois que je tourne autour d'une idée qui a commencé à me travailler différemment depuis hier. Je l'ai prise comme une blague mais il est possible que sous cette plaisanterie se cache autre chose dont je ne me suis pas aperçu. "Plus rien ne sera comme avant." Ce dont je me suis aperçu aussi dans cette conversation avec l'IA et que je lui ai livré : En fait ce à quoi je pense désormais c'est qui est en train de parler avec toi ? Est-ce moi l'auteur de ces textes ou bien le personnage du narrateur de ces textes. Car tous ces textes sont rangés dans une rubrique "autofiction". Il est possible qu'au moment où j'écris j'oublie qui je suis vraiment et je retrouve ce malaise dans notre conversation. Le problème n'est pas technique (lisser vs salir). C'est un problème d'énonciation. Quand j'écris les textes de carnets seul, l'oscillation auteur/narrateur reste floue, productive. Je ne sais pas toujours qui parle, et c'est précisément ça qui permet l'écriture. Le flou est la condition. Quand je parle à la machine, je suis forcé de choisir une position énonciative stable. Parce qu'elle me demande de valider, de choisir, de décider. Elle m'oblige à être "l'auteur" qui contrôle, qui sait ce qu'il veut dire. Et ça bloque le narrateur-personnage qui, lui, ne sait pas, qui tâtonne, qui s'égare. Voici donc ce qui s'est passé exactement ce matin : j'ai essayé de travailler un texte de carnet avec une IA. Mais en travaillant avec elle, j'ai quitté la posture du narrateur-personnage pour endosser celle de l'auteur-contrôleur. Et le texte qui en sort est propre, maîtrisé, mort — parce qu'il n'est plus écrit depuis la bonne place. Enfin la vraie question n'est peut-être pas qui parle avec la machine, mais peut-on écrire de l'autofiction avec une IA ? Il me faut donc revenir à ces prérequis, m'oublier en tant qu'auteur et redevenir ce boulet de narrateur. Ce qui me pousse c'est toujours le sentiment d'insatisfaction. Donc j'écris trois lignes ce matin et je les trouve évidemment bancales. Je les soumets à l'IA sachant pertinemment qu'elle va les rendre "propres", lisibles par le plus grand nombre. C'est ce qu'elle fait effectivement. Elle le fait en argumentant et je ne peux pas aller tout à fait contre ses arguments. En même temps l'insatisfaction se métamorphose en sensation de nullité. Quoi tu prétends écrire et tu n'es même pas capable d'aligner cinq mots dans une phrase qui tient la route. Benêt ! Je dois me reprendre. Plutôt que de rejeter en bloc tout ce que l'IA me propose j'essaie de comprendre ce qu'elle veut dire. Ou plutôt non ce n'est pas ce que je veux vraiment dire. Ce n'est pas comprendre, comprendre il n'y a pas de problème. Pour comprendre je comprends depuis le début je crois. On veut m'enfoncer quelque chose dans le crâne et moi je refuse. Je ne comprends pas la raison pour laquelle on veut que je vois les choses de cette manière consensuelle alors que justement ce que je vois ne l'est absolument pas. Cependant je m'accroche. Il en résulte un texte bref. Un texte tout ce qu'il y a de bien propre. De trop propre sans doute puisque je reviens de ma nullité vers la simple insatisfaction. Je reviens à mon point de départ en quelque sorte. J'ai tourné en rond autour de quelque chose d'insaisissable une fois encore. Le sentiment d'insatisfaction se transforme en quelque chose d'autre. Je pense qu'il s'agit d'un leurre de même nature. La quête de sincérité, d'honnêteté. Et comme je sais pertinemment tout au fond de moi que c'est un leurre, je l'exagère, je caricature cette sincérité dans la tournure même de mes phrases que je rends bancales, maladroites, parce que la sincérité pour moi ne peut se dispenser d'être maladroite, évidemment. À la fin je me perds, je ne sais plus qui je suis vraiment, est-ce que je suis l'auteur de ce texte, le narrateur, le dibbouk, tout semble se confondre en une entité inquiétante et hostile surtout à toute collectivité. Cette hostilité est un mode de la solitude. En existe-t-il d'autres j'aimerais bien le savoir.|couper{180}
