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10 avril 2026 — Le dibbouk

10 avril 2026

Le grand nettoyage de printemps. Encore des voyages vers la déchetterie. Il faut désormais se servir du QR code pour pénétrer dans celle-ci, chaque voyage étant comptabilisé, trente-deux fois pas plus disait la notice explicative sur le site de la communauté de communes. Nous avons imprimé le document et l’avons rangé dans la boite à gants. Mais en le cherchant soudain à l’entrée impossible de le retrouver. Panique durant quelques instants. Puis on le retrouve collé à la paroi supérieure du coffret. Soulagement. Voici un bel exemple de soumission volontaire quand j’y repense. Le jeune type a pris un air très docte pour orienter son téléphone portable vers le QR code comme s’il se sentait dépositaire d’une autorité supérieure ( une autorité peut-elle se sentir autre que supérieure ?).
Plaisir finalement de jeter tout ce bois encore à la benne alors qu’il y a treize ans non il n’en était pas question. En démolissant le cabanon de la cour, cet effort méritait une récompense autre que celle de simplement gagner quelques mètres carrés d’espace supplémentaires. Il fallait que ça rapporte encore un peu plus. Que je monte toutes les poutres, toutes les solives de la charpente, toutes les tuiles récupérées au nom du On ne sait jamais à l’étage de l’atelier. Qu’avais-je alors en tête pour thésauriser tout ce matériel. De construire des choses probablement. D’améliorer l’ordinaire à moindre coût. La suite m’a prouvé que je n’avais pas complètement tort puisque j’ai tout de même construit une bibliothèque, un dressing avec du bois de récupération. Ce furent de petites victoires, mais j’obtins trop de lauriers pour si peu car ensuite je n’ai plus rien construit d’autre et le bois amassé et resté là-haut désormais inutile, pire que ça comme un poids au-dessus de ma tête.

En pénétrant toujours plus avant dans La préparation du Roman Barthes me devient sympathique ce qui n’était pas vraiment le cas auparavant. C’est difficile de dire si je le découvre sympathique ou si je reconnais à la lecture de son livre quelque chose de sympathique enfin chez moi qu’il me révèle par la lecture.

découverte

Partir à la découverte de quelqu’un. Celui-ci à première vue infréquentable — universitaire, intellectuel, savant. Autant d’obstacles posés d’emblée, et à bien y réfléchir c’est toujours comme ça que je fonctionne.
P. me rapporte cette phrase de son père A. : « Dans la vie il y a les lanternes allumées et les lanternes éteintes. » Mon Dieu quelle phrase — et tout de suite après : pourvu que j’aie l’air allumé. Mais surtout : dans quelle colonne avais-je rangé Barthes depuis tout ce temps ?
Du mauvais côté. Trop longtemps. Sur la foi d’un souvenir austère, peut-être d’une couverture, peut-être d’une réputation. Sans vérifier.
Et puis le retour. Et la surprise.

. Nous croisons cet homme qui était venu faire des travaux de contreplacage dans la maison. S. l’appelle deux de tension. Il était injoignable durant des mois l’année passée. Et là il s’est ouvert, nous apprend que sa petite fille de quatre ans a été victime d’un cancer qu’elle a dû subir des protons en se rendant à Nice durant plusieurs mois. C’est Léon Bérard qui leur a conseillé car ils n’avaient pas le matériel nécessaire à Lyon. Il nous apprend qu’il n’y a que trois centres en France qui pratiquent ce dispositif plus précis et puissant que les rayons. Maintenant ça va mieux dit-il. La petite est guérie, il ne lui reste plus qu’une petite cicatrice.

Temps splendide, ciel bleu, j’ai repris le nettoyage l’après-midi en passant le karcher sur les vieux murs sous la verrière de l’atelier, et au bas du mur où commence à reprendre l’ampélopsis. En déplaçant des pots je découvre que le figuier en pot a déjà produit quantité de toutes petites figues. Puis je m’attaque à repeindre les bordures de la verrière avec mélange de bleu outremer et d’indigo pour que ça se fonde avec la teinte précédente. En déplaçant des pots sur la margelle pour la nettoyer je tombe sur l’urne de Nono, installée là peu après notre arrivée dans la maison. J’ouvre le couvercle et je vois qu’elle est remplie d’eau. Je décide d’aller la vider dans le parterre. Je creuse un trou, vide l’eau, tombe sur le sachet gonflé qui contient ses cendres et vide le tout dans le trou puis rebouche.

Le décès de la mère de Barthes l’a profondément affecté. Il écrit dans son journal de deuil des phrases seules sur de grands espaces blancs. Dans l’une d’elles je relève la durée du deuil trouvée dans un Larousse : dix huit mois environ. Dans mon journal je parle souvent de mon père, rarement de ma mère.

Vouloir bien faire et faire une tâche. C’est une image qui me reste encore ce soir. Je me demande si c’est parce que vouloir bien faire je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment. Si c’est encore une fois vouloir se conformer à ce qu’entend une communauté dans l’idée du bien faire et qu’étant toujours rétif à cette idée de communauté même dans mes élans les plus simples les plus pragmatiques, bien faire revient à produire une fausse note. Je me demande même si produire une fausse note ne m’apporte pas une sorte de plaisir à ce moment là.

Rattrapé un peu de mon retard concernant le cycle « construire » de F.B que je continue dans mon coin. Si je n’avais pas relu en profondeur La préparation du Roman, si je n’avais pas pris ces notes sur l’Art de la fiction il me semble que je n’aurais pas pu comprendre ces deux propositions maintenant. La 08 a été particulièrement décisive car je l’ai vraiment creusée jusqu’au bout du bout jusqu’à tomber sur ... je ne peux pas le dire.