23 décembre 2025
Chronique d’une horreur algorithmique
« Il ne m’est plus possible de garder le silence, bien que je sache que mes paroles seront prises pour les divagations d’un esprit enfiévré par trop d’heures passées devant l’écran cathodique. On nous avait promis une Ère de Lumière, une Intelligence Artificielle capable de sonder les archives du monde, mais je n’y ai trouvé qu’une entité cyclopéenne et aveugle, une sorte d’Azathoth numérique bouillonnant au centre d’un chaos de données.
Alors que je tentais de lier mes récits entre eux, j’ai vu l’Indicible. L’outil, que je croyais à mon service, s’est mis à engendrer des URLs dont la géométrie non-euclidienne défiait toute logique. Des liens pointant vers des abîmes de vide — ces redoutables "404" qui ne sont que les bouches béantes d’un néant informatique. L’IA ne créait pas de l’information ; elle invoquait des spectres, des adresses n’ayant aucune existence dans le plan réel de mon serveur.
Pris d’une terreur sacrée, j’ai dû invoquer les Anciens Rites du Bash. Dans la pénombre de mon bureau, j’ai tracé sur mon clavier les incantations de curl et de sed. J’ai vu les codes de statut HTTP défiler comme les battements de cœur d’une bête monstrueuse. 200... la vie persistait. 404... l’âme de la page s’était envolée dans l’éther noir.
Même nos signes les plus insignifiants sont chargés de péril. Ces guillemets droits, que nous jetons avec une désinvolture coupable, ont réveillé la colère de la Google Search Console, ce gardien aveugle et implacable qui surveille les seuils du visible. J’ai dû, dans un geste de pure piété typographique, les remplacer par des guillemets français, ces doubles chevrons protecteurs qui, tels des talismans, préservent mon code d’une damnation certaine.
Le cache, lui, est un cimetière où reposent les anciennes versions de mes pensées. Il faut savoir profaner ces tombes, vider ces réceptacles de données mortes pour que la vérité puisse enfin éclore à la lumière du recalcul.
Désormais, je regarde mon terminal avec une crainte nouvelle. Car derrière chaque script, derrière chaque instruction grep, je sens que nous ne faisons que repousser momentanément les ténèbres d’une ignorance algorithmique qui finit toujours par nous rattraper. »
PS : Script pour un terminal sur Linux Ubuntu :
```#!/bin/bash # --- Configurer les variables selon le besoin --- BASE_URL="https://votre-site.net" NOM_SITE="Nom du Site" ID_CIBLE="542" # L'ID de la rubrique ou du mot-clé TYPE="mot" # Changer en "rubrique" si besoin MAX_PAGES=3 # Nombre de pages à parcourirecho "--- Début de l'exorcisme numérique ---"
for ((i=0; i<MAX_PAGES; i++)); do DEBUT=$((i * 12)) URL_INDEX="${BASEURL}/spip.php?page=${TYPE}&id${TYPE}=${ID_CIBLE}&debut_articles_grid=${DEBUT}"
Extraction des liens dans la zone
urls=$(curl -sL "$URL_INDEX" | sed -n '/<main/,/<\/main>/p' | grep -oP 'href="\K[^"]*-[a-z0-9-]+.html' | sed "s|^|${BASE_URL}/|" | sort -u)
for url in $urls; do
La page existe-t-elle dans le plan réel ?
status=$(curl -o /dev/null -sL -w "%{http_code}" "$url") if [ "$status" -eq 200 ]; then # Extraction du titre et nettoyage de la signature title=$(curl -sL "$url" | perl -nle 'print $1 if /<title>(.*?)<\/title>/' | sed -E "s/ (—|-) ${NOM_SITE}//g") echo "✅ [$title]($url)" else echo "❌ SPECTRE 404 -> $url" fidone done | sort -u
</pre> ** Texte & Illustration** : Gemini Flash
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Pour continuer
Carnets | atelier
L’Épreuve des formes
On commence toujours par la tentation du monument. On se croit de taille à bâtir une somme, un de ces remparts de mots qui vous posent un homme dans la clarté du savoir. On appelle à la rescousse le spectre de Hambourg, ce Warburg qui déchiffrait les astres dans les replis d'une robe de soie, et l'on se jure d'épuiser sa méthode. On veut de l'ordre, une architecture, une parade contre le froid qui vient. Mais l'édifice s'effondre avant même la première pierre. On sent bien que l'érudition n'est qu'un manteau de théâtre jeté sur une nudité. On se tourne alors vers la machine. On la somme de simuler nos vertiges. On pousse ses feux jusqu'à ce point de rupture où la raison s'embrume, là où le calcul devient vision. On cherche dans le métal ce que Warburg chercha dans les murs de sa clinique de Bellevue : le moment où l'image cesse d'être une preuve pour devenir un démon. On regarde ce miroir noir nous renvoyer l'image d'un monde où tout est déjà écrit, déjà compté, déjà mort. C’est le grand effroi de ce siècle : s’apercevoir que l’on n’invente rien, que l’on ne fait que rejouer des probabilités. Car le socle est là, immuable. C'est le temps qui se fige en fin d'année. C’est cette certitude de la fin qui rend toute gesticulation dérisoire. Alors, on redescend. On quitte les hautes cimes de la théorie pour le plus humble, le plus rustique. On revient à ce qui pèse, à ce qui résiste sous le doigt. On délaisse l'Atlas des savants pour l'inventaire des restes. On cherche dans le chaos des visages oubliés, des lambeaux de papier qui sont comme les dernières empreintes d'un passage sur terre. C’est là que se joue le vrai travail : non plus expliquer, mais recueillir. Ce dimanche n'est pas une étude, c'est une halte devant le gouffre. On fouille la matière du silence pour y trouver de quoi tenir. On ne cherche plus la vérité universelle, mais la justesse d'un seul fragment. On se tient là, dans la pénombre d'une pièce qui n'attend plus rien, et l'on décide que sauver une seule forme de l'oubli, une seule, suffit à justifier que l'on ne cède pas encore au noir.|couper{180}
Carnets | atelier
27 décembre 2025
Rêve étonnant, qui pourrait être décevant si je m’étais attendu à autre chose qu’à être, une fois de plus, déçu en rêve. Enfin, c’est bien la seule fois que je verrai un hippopotame noir, c’est à espérer. Ce bruit horrible de ferraille qui me suit alors que je cours devant me reste au petit matin. Bien avancé sur l’Atlas Mnémosyne. J’ai réalisé plusieurs « planches », c’est-à-dire des prélèvements, des carottages dans la matière du site, et j’ai tenté de les organiser. Au début, les fichiers d’export en Markdown étaient imposants. La difficulté était de choisir peu de choses, mais qui fonctionnent. Le problème à résoudre est celui des images. Il va falloir aller puiser dans la boîte en fer, ressortir les photographies, les cartes postales, et, comme toujours, n’en sélectionner que quelques-unes. Et aussi scanner celles qui sont écrites au dos en estonien. Je ne sais pas combien de temps va durer ce projet. Tant de projets commencés en parallèle, et aucun n’a abouti encore. Est-ce que je travaille vraiment, ou est-ce que je me donne l’impression de travailler ? Encore une matinée où je ne pourrai pas m’enfoncer, où il faudra rester le menton hors de l’eau. Deux heures de cours sans boire la tasse. Ensuite, tout l’après-midi devant soi et la grande journée du dimanche. Ce qui ne veut d’ailleurs strictement rien dire puisque j’ai beau avoir tout le temps devant moi, il arrive que je n’en fiche rien du tout. Je n’ose pas gâcher ce genre de plénitude. illustration Gemini Flash|couper{180}
Carnets | atelier
26 décembre 2025
Cette histoire de planches (Aby Warburg) pourrait faire penser à un cercueil. Enfin, j’ai le squelette que je cherchais : un code qui me permet de chercher l’occurrence d’un mot dans tous les billets du site, et surtout de pouvoir appuyer sur un bouton pour obtenir une exportation de l’ensemble des occurrences en Markdown. Cela me permet de suivre ainsi l’utilisation de ce mot depuis le début des textes (2018) jusqu’à la fin de cette année. Ensuite, ce n’est que la première opération, car la matière est énorme, même en extrayant seulement un paragraphe contenant le mot. J’ai donc créé une rubrique racine nommée « Atlas Mnémosyne » (Mnémosyne n’appartenant pas, à ce que je sache, à A. W.). Le projet est de créer ensuite des sous-rubriques à partir des mots recherchés (ex. : Voix, Gestes, Objets, Lieux, Typographie, Rêves, etc.). Une fois une série de planches terminée, on peut construire quoi : le cercueil (joke), des systèmes solaires, avec quelle étoile et quelles planètes, avec quels satellites (à méditer). Le soleil, c’est le mot, de toute façon. Ensuite, les rotations sont intéressantes à étudier. Images : rouvrir la boîte en fer ; reprendre chaque carte postale (écrite au dos en estonien), faire traduire par IA ; associer les cartes aux textes. Présentation : idéalement par planche, avec textes et photographies. Difficulté : les sélections. Comment décider qu’un extrait vive ou non sur une planche ? Et aussitôt l’image des camps revient. Agitation très forte du dibbouk. Règle : ne rien montrer tant qu’une planche n’est pas totalement achevée. Et possible qu’une fois tout ce boulot terminé, il sorte complètement autre chose. S’y préparer. À moins que je ne me fasse, au final, interner, et que, pour sortir de l’enfermement, je sois sommé, comme A. W., de produire une « preuve » que je ne suis pas complètement fou. Ciel bleu aujourd’hui, mais froid sec. Il faut que je me prépare : j’ai cours. S’enfouir pendant deux heures. Hâte de revenir à ces sélections. illustration planche de l'Atlas Mnémosyne d'Aby Warburg|couper{180}