1er avril 2026
Je respire. J’ai mangé du poisson pané et des haricots vert au déjeuner. Il ne fait pas froid dans la maison. J’ai de l’électricité pour pouvoir me servir de mon vieux Pavilion 23 et si je descend à la cuisine je n’ai qu’à tourner le robinet pour obtenir de l’eau fraîche. De quoi me plaindrais-je ? De la SATD reçue ce matin qui bouffe le solde de mon compte bancaire totalement en augmentant mon découvert de soixante euros peut-être ? Même pas. J’ai envoyé un message à mon conseiller lui rappelant qu’il existe des lois pour les précaires qui ne sont pas faites pour les chiens. Les chiens sont mieux lotis certes, mais tout de même. Puis j’ai envoyé un long mail à mon créancier obstiné qui un mois sur l’autre appuie sur le même bouton pour me faire bouh. Mais au bout de tous ces bouh c’est comme tout, comme la guerre, comme l’augmentation du prix du diesel, comme les scandales politico-médiatiques, comme le noyautage de l’information par les médias mainstream, comme les collusions, les corruptions, les fausses et vraies news, on s’y fait. C’est terrible à dire mais c’est ça : on prend des habitudes et on se souvient qu’on respire, qu’on a mangé du poisson pané au déjeuner, qu’on ne se pèle pas de froid, qu’on peut boire de l’eau et ma foi tout continue comme ça, cette dégringolade particulière comme générale vers une fin qui parait de plus en plus inéluctable. Depuis tous ces mois que je porte tout ça seul sur les épaules il faut que je m’y habitue, pas question de flancher. S. est trop faible en ce moment, plus que jamais, pour que je craque.
