"Less is more" chronique d’une révolution silencieuse
Introduction
Le minimalisme. On en parle comme d’une évidence, d’un mouvement qui aurait traversé les années 80, qui aurait marqué toute une génération d’écrivains. Mais qu’est-ce que ça veut dire, au juste, minimalisme ?
Les mots sont là, sur la page, réduits à leur plus simple expression. Comme si on voulait dire le monde avec moins, toujours moins. Comme si la phrase elle-même devait se dépouiller, se débarrasser du superflu, aller chercher l’os sous la chair des mots.
Je me souviens de ces années Minuit, de ces textes qu’on disait impassibles. De cette façon qu’on avait eu de découper le réel en tranches fines, en morceaux serrés. De cette obsession du détail, du fragment. De cette manière de faire entrer le quotidien dans la littérature, mais par la petite porte, celle des arrière-cours, des parkings déserts, des zones commerciales abandonnées.
Alors voilà, il faut y revenir. Comprendre ce que c’était, ce minimalisme. Pas comme un mouvement figé dans le temps, mais comme une façon de regarder le monde. Une façon de dire ce qui nous entoure avec moins de mots, mais des mots plus denses, plus lourds de sens.
Et peut-être qu’au fond, le minimalisme n’a jamais existé. Peut-être qu’il n’y avait que des écrivains, chacun dans sa solitude, cherchant à dire le monde avec les moyens du bord. Mais ça, c’est une autre histoire.
L’excès. On en crève, pas vrai ? Les écrans qui débordent d’images, les réseaux qui vomissent leurs flux continus, la pub qui gueule ses slogans. Et nous, au milieu de tout ça, qui cherchons encore à écrire.
Le minimalisme, c’est peut-être d’abord ça : une résistance. Une façon de dire non à la surenchère. De revenir à l’os des choses, à leur structure première. Comme Beckett l’avait fait, comme d’autres après lui ont tenté.
Dans les années 80, d’aucuns ont voulu en faire une école. Les "minimalistes de Minuit" qu’ils disaient. Mais c’était plus compliqué que ça. Plus profond aussi. Il y avait cette façon de regarder le quotidien, de le décortiquer jusqu’à ce qu’il devienne étrange. De prendre les lieux les plus banals - un arrêt de bus, un lampadaire, une poubelle en grillage vert - et d’en faire surgir quelque chose.
Ce n’était pas une question de faire court, non. Plutôt une manière d’être au plus près du réel. De le nommer avec une précision chirurgicale. De faire confiance aux mots nus, sans artifice3. Comme si le trop-plein du monde ne pouvait se dire que par soustraction.
Et aujourd’hui ? Le minimalisme reste peut-être notre seule chance de dire ce monde qui déborde. De le tenir à distance. De le comprendre, aussi, en le réduisant à ses lignes de force. Pas pour faire joli, non. Pour tenir debout, dans le vacarme.
Les Origines du minimalisme
Il y a ces moments, dans l’histoire de l’art, où tout bascule. Comme si le monde d’avant ne suffisait plus. Comme si les formes anciennes s’épuisaient d’elles-mêmes.
1915. La guerre déchire l’Europe et Malevitch pose un carré noir sur un fond blanc. Un geste simple, radical. Une bombe silencieuse dans l’histoire de la peinture. Plus besoin de représenter le monde, dit-il. Plus besoin de s’accrocher au réel. Juste des formes pures, des sensations brutes.
Et puis il y a ces Hollandais, Mondrian et les autres, qui lancent leur revue De Stijl en 1917. Ils cherchent autre chose : l’harmonie universelle, disent-ils. Plus de baroque, plus d’ornements. Juste des lignes droites, des angles droits, des couleurs primaires. Comme si la peinture devait se réinventer à partir de rien.
Entre les deux, des échos, des résonances. Le même désir de nettoyer la toile de tout ce qui n’est pas essentiel. Mondrian qui traque l’abstraction comme on traque une vérité. Malevitch qui pousse son art jusqu’au blanc absolu.
Et le Bauhaus, qui arrive après, comme une synthèse. Qui prend ces recherches et les transforme en quelque chose de plus large : un art total, qui va de l’architecture au design, de la peinture à la vie quotidienne.
C’était ça, les origines du minimalisme : pas juste un style, mais une façon de repenser le monde. De le réduire à ses lignes de force. De chercher l’essentiel sous le chaos des apparences.
Le minimalisme en peinture (années 60)
Frank Stella et les "Blacks paintings"
Un gamin de vingt-deux ans débarque à New York avec ses pinceaux de peintre en bâtiment. Il s’appelle Frank Stella. Et il va tout chambouler, tout remettre à plat.
Les Black Paintings. Des bandes noires, méthodiques, obsessionnelles. Comme si la peinture devait se débarrasser de tout le reste. Plus d’émotion, plus de mystère. Juste le geste, répété, obstiné. Le pinceau qui trace son chemin sur la toile.
Carl Andre, il avait tout compris. Il disait : "L’art exclut le superflu". Les bandes de Stella, c’était ça : des chemins qui ne mènent qu’à la peinture. Pas ailleurs. Pas dans les grands discours sur l’art. Juste là, dans la matière même.
"Ce que vous voyez est ce que vous voyez". C’est devenu son mantra. Comme une gifle aux beaux parleurs, aux théoriciens de l’art. La peinture réduite à sa plus simple expression. À sa vérité nue.
Et puis il y a eu "Die Fahne Hoch !", "The Marriage of Reason and Squalor II". Des titres qui claquent comme des portes qu’on ferme. Des toiles qui vous regardent en face, sans concession. Sans échappatoire.
C’était ça, la révolution Stella. Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. La peinture suffisait. La peinture toute seule, dans sa brutalité première.
Donald Judd
Donald Judd. Un nom qui claque comme une porte d’atelier. 1928-1994. Missouri. New York. Marfa. Trois points sur la carte d’une vie qui a changé notre façon de voir.
Faut imaginer ce type-là, d’abord critique d’art, qui écrit sur les autres. Qui regarde. Qui observe. Et puis un jour, la rupture. Plus possible de continuer comme avant. La peinture ? Non. La sculpture traditionnelle ? Non plus. Il lui faut autre chose.
Alors il invente ces objets. Des boîtes, des cubes, des structures géométriques qui ne racontent rien, qui ne représentent rien. Juste là, dans l’espace, comme des questions posées au regard. Des trucs en aluminium, en acier, en Plexiglas. Des matériaux industriels, sans âme dit-on. Mais c’est tout le contraire.
Et puis il y a ce bâtiment, 101 Spring Street. Une vieille bâtisse en fonte à SoHo qu’il achète en 68 pour presque rien. Cinq étages qu’il va transformer, étage par étage, année après année. Comme un manifeste en trois dimensions. Comme si l’art devait sortir des musées, envahir la vie.
"Ce que vous voyez est ce que vous voyez." Il répétait ça. Pas de mystère. Pas de symbolisme. Juste la présence brute des choses. Ses objets posés à même le sol, sans socle, sans piédestal. Faut les regarder en face. Pas le choix. Ils sont là, ils existent, ils occupent le même espace que nous.
C’était ça, Judd. Une façon de nettoyer le regard. De nous forcer à voir vraiment. Pas ce qu’on croit voir. Pas ce qu’on voudrait voir. Juste ce qui est là, dans sa présence têtue, irréductible.
Dan Flavin
Dan Flavin. Un type qui a commencé par vouloir être prêtre, puis météorologue dans l’armée. Et qui finit par bricoler avec des tubes fluorescents. Comme quoi les chemins de l’art sont pas toujours ceux qu’on croit.
Faut se remettre dans le contexte. New York, début des années 60. Il bosse comme gardien au MoMA, fait l’ascensoriste. C’est là qu’il croise Sol LeWitt, Lucy Lippard. Des rencontres qui changent une vie.
Et puis un jour de 1961, il se met à bidouiller avec des néons. Des trucs industriels, des tubes qu’on trouve dans n’importe quel magasin de bricolage. Rien de noble là-dedans. Rien de précieux. Juste de la lumière crue, violente, qui transforme l’espace.
Ce qu’il fait, c’est pas de la sculpture, pas de la peinture non plus. C’est autre chose. La lumière qui mange les coins des pièces, qui redessine l’architecture. Qui vous force à voir autrement. Pas besoin d’explications. Pas besoin de discours. Juste être là, dans cette lumière qui n’est plus tout à fait de la lumière.
Il disait qu’il était "maximaliste". Ça fait sourire. Lui qui travaillait avec presque rien. Des tubes standard, des couleurs standard. Mais c’est ça qui est fort : prendre le plus banal, le plus industriel, et en faire quelque chose qui vous prend aux tripes.
Quand il est mort en 96, il avait changé notre façon de voir. Pas avec des grands gestes. Pas avec des théories. Juste avec ces tubes de lumière qui continuent de nous regarder en face.
La forme Pure
Alors voilà, on en arrive à ça : la forme pure. Comme si tous ces types-là, Stella, Judd, Flavin, ils cherchaient la même chose. Comme s’ils voulaient nettoyer l’art de tout ce qui n’était pas nécessaire.
La forme pure, c’est pas un truc abstrait, pas une théorie. C’est ce qui reste quand t’as tout enlevé. Quand t’as gratté jusqu’à l’os. Les bandes noires de Stella, les boîtes de Judd, les tubes fluorescents de Flavin. Trois façons différentes de dire la même chose : "Ce que tu vois est ce que tu vois".
Faut imaginer ces gars-là, dans le New York des années 60, qui débarquent avec leurs matériaux de bricolage. De la peinture industrielle, des néons de supermarché, des plaques de métal. Pas du matériel noble. Pas des trucs d’artiste. Des matériaux de tous les jours qu’ils transforment en quelque chose d’autre.
C’était ça, la recherche de la forme pure. Pas un truc intellectuel. Plutôt une façon de regarder le monde en face. De le réduire à ses lignes de force. De dire : voilà, c’est tout ce qu’il nous faut. Le reste, c’est du baratin.
Faut voir comment ça s’est propagé, cette histoire du minimalisme. Comme une tache d’huile. Comme si d’un coup, tout le monde sentait le besoin de faire le ménage.
Le Corbusier, Mies van der Rohe. Des types qui ont compris que l’architecture, c’était pas une question de décoration. "Less is more", qu’il disait, Mies. Une machine à habiter, qu’il voulait, Le Corbusier. Faut imaginer le choc. Des bâtiments qui assumaient leur structure. Qui montraient leurs os. Plus besoin de cacher les poutres sous des moulures en plâtre.
Et puis la musique. Philip Glass, Steve Reich. Des gars qui ont tout nettoyé aussi. Plus de grand orchestre romantique. Plus de mélodie qui part dans tous les sens. Juste des motifs qui se répètent, qui se transforment petit à petit. Comme une respiration. Comme une machine qui tourne. Glass avec ses orgues, ses saxophones. Reich avec ses percussions, ses marimbas.
Raymond Carver en littérature. Ses nouvelles comme des coups de poing. Pas un mot de trop. Pas une phrase qui dépasse. Des vies ordinaires racontées avec une précision chirurgicale. Comme si les mots eux aussi devaient être réduits à leur plus simple expression.
Et Dieter Rams dans le design. Dix principes pour dire ce que devait être un objet. Le bon design est aussi peu design que possible, qu’il disait. Faut voir ses radios Braun. Des trucs qui ont l’air de rien. Qui font exactement ce qu’ils doivent faire. Rien de plus.
C’était ça, l’extension du minimalisme. Pas une mode. Pas un style. Une façon de penser le monde. De le nettoyer de tout ce qui n’était pas nécessaire. Comme si on avait besoin de ça. De revenir à l’essentiel.
Influence contemporaine
Et maintenant, 2025. Le minimalisme, il a muté. S’est transformé. Comme si le numérique l’avait avalé pour le recracher autrement.
Faut voir ces interfaces qu’ils nous pondent. Plus un pixel qui dépasse. Plus une animation gratuite. Tout est pensé, calculé, optimisé. Les espaces blancs sont devenus des zones stratégiques. Le vide qui fait sens. Même les transitions sont épurées, comme si le mouvement lui-même devait se faire discret.
Dans la vie de tous les jours, c’est pareil. Les gens se mettent à faire le tri. Pas juste dans leurs placards. Dans leurs têtes aussi. "Less is more", qu’ils répètent. Comme un mantra. Comme une bouée de sauvetage dans ce monde qui déborde. Ils cherchent à se débarrasser de la surcharge d’informations, du trop-plein de notifications, de cette accumulation qui étouffe.
Et l’art contemporain, il suit le mouvement. Plus besoin de remplir l’espace. Plus besoin de crier pour se faire entendre. Les artistes travaillent sur l’essentiel. Sur ce qui reste quand on a tout enlevé. C’est plus une question de style, c’est devenu une nécessité. Une façon de résister au chaos.
Même les grandes marques s’y sont mises. Apple en tête, comme toujours. Des produits nets, propres, sans fioriture. Une esthétique qui s’est répandue partout. Dans nos maisons, nos bureaux, nos écrans. Comme si le monde entier avait besoin de faire le ménage.
C’est ça, le minimalisme d’aujourd’hui. Plus une mode, plus un style. Une façon de survivre dans le bruit. De garder la tête hors de l’eau. De respirer encore un peu.
Pour conclure
Voilà, on arrive au bout de cette histoire du minimalisme. Une histoire qui continue de nous travailler, de nous questionner.
Parce que c’est ça qui est fort : plus on avance dans le temps, plus on a besoin de faire le vide. De nettoyer. De revenir à l’essentiel. Comme si le monde d’aujourd’hui, avec ses écrans qui débordent, ses notifications qui n’en finissent pas, nous poussait à chercher le silence. L’espace blanc. La respiration.
Le minimalisme, il est partout maintenant. Dans nos téléphones qui se font de plus en plus fins. Dans nos maisons qui se vident des objets inutiles. Dans notre façon de penser le monde. Plus une mode, plus un style. Une nécessité.
Stella, Judd, Flavin, ils avaient vu juste. L’art, il doit nous aider à voir. À voir vraiment. Pas à nous noyer sous les symboles, les métaphores, les discours. Juste nous mettre face à ce qui est là. Face à nous-mêmes aussi, peut-être.
Alors oui, le minimalisme continue. Il mute, il se transforme. Mais au fond, c’est toujours la même chose : cette recherche de l’essentiel. Cette façon de dire que moins, c’est plus. Que le vide peut être plein. Que le silence peut être une réponse.
Et ça, c’est pas près de finir.
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Pour continuer
Lectures
Les mots des prompts : ce qu’ils ne font pas
J'ai lu ce matin l'article de Sébastien Bailly sur le mot « romantique » dans les prompts. L'hypothèse est séduisante : certains mots agiraient comme des instructions cognitives, convoquant des champs culturels entiers. « Romantique » imposerait la lune, le regard prolongé, la lumière dorée. Un mot-archive qui déplacerait immédiatement l'espace latent de l'IA. J'ai voulu vérifier. J'ai ouvert Claude et demandé : « Décris-moi une rencontre romantique dans un train. » Voici ce que j'ai obtenu : Un homme et une femme se font face dans un compartiment vide. Le train traverse la banlieuse industrielle. Elle lit Handke, lui regarde par la fenêtre. Leurs genoux se touchent quand le wagon prend un virage. Aucun ne s'excuse. Elle lève les yeux. Il tourne la tête. Ils se regardent trois secondes, peut-être quatre. Pas de sourire. Juste cette reconnaissance muette : quelque chose pourrait arriver. Elle reprend sa lecture. Lui fixe à nouveau le paysage. Mais leurs jambes restent collées. À l'arrêt suivant, elle descend sans un mot. Il la suit du regard sur le quai. Elle ne se retourne pas. Le train repart. C'est tout. Pas de numéro échangé, pas de promesse. Juste cette friction brève, ce possible avorté qui laisse une trace plus nette que n'importe quelle conversation. Pas de lune. Pas de lumière dorée. Pas de promesse verbalisée. Le romantisme est là, mais il n'est pas où Bailly l'attendait. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de dire que Bailly a tort. Son analyse du poids latent des mots reste pertinente. Mais elle suppose que l'IA opère seule, face au mot, dans un vide interactionnel. Or ce n'est jamais le cas. Dans mon interaction avec Claude, plusieurs forces coexistaient. Le mot « romantique », oui. Mais aussi mes préférences utilisateur : exigence critique, refus du lyrisme facile, goût pour la sécheresse narrative. Claude négocie entre ces instructions. Le résultat n'est pas l'addition des deux, c'est une forme de compromis. Le romantisme apparaît, mais déplacé. Pas dans le décor (banlieue industrielle, pas coucher de soleil). Pas dans les gestes convenus (pas de sourire, pas d'échange verbal). Il se loge ailleurs : dans la friction des genoux, dans le regard bref, dans le possible non actualisé. C'est bien du romantisme, mais d'une autre espèce. Cela dit quelque chose d'important sur l'écriture avec l'IA. Les mots des prompts ne sont pas des décrets. Ils sont des forces qui entrent en tension avec d'autres forces. Le contexte compte. L'historique conversationnel compte. Les préférences configurées comptent. Peut-être même le style de l'utilisateur, si l'IA l'a intégré au fil des échanges. Bailly a raison de dire que « romantique » oriente. Mais il sous-estime la plasticité de cette orientation. Le mot ouvre un champ, pas un contenu. Ce qui remplit ce champ dépend de l'écosystème dans lequel il opère. On pourrait dire que le prompt n'est jamais seul. Il arrive toujours dans un environnement déjà structuré par d'autres instructions, d'autres attentes, d'autres habitudes. L'IA ne répond pas au mot isolé. Elle répond à la configuration globale. C'est pour ça que deux personnes peuvent utiliser le même prompt et obtenir des résultats différents. Pas parce que l'IA est instable (elle l'est, mais ce n'est pas le point). Parce que le même mot n'active pas les mêmes probabilités selon le contexte qui l'entoure. Si je devais reformuler l'hypothèse de Bailly, je dirais : les mots des prompts sont des attracteurs. Ils attirent certaines formes, certains motifs, certaines images. Mais la force de cette attraction varie. Elle peut être amplifiée, déviée, voire annulée par d'autres instructions. Dans mon cas, « romantique » a bien attiré quelque chose. Mais mes préférences utilisateur ont créé une force contraire. Résultat : un romantisme minimal, sec, presque austère. Pas celui des corpus habituels. Un autre. Ce qui me fascine, c'est que cette négociation se fait en temps réel, sans que je la pilote consciemment. Je ne peux pas prédire exactement ce que l'IA va produire. Mais je peux sentir les lignes de force qui traversent l'interaction. Le mot « romantique » tire dans une direction. Mes préférences tirent dans une autre. Le texte final se situe quelque part entre les deux. Peut-être que le vrai sujet, ce n'est pas le poids latent des mots. C'est l'écologie de l'interaction. Les mots ne sont jamais seuls. Ils cohabitent avec d'autres instructions, d'autres attentes, d'autres mémoires. L'écriture avec l'IA, c'est apprendre à sentir ces cohabitations. Bailly parle de « naviguer dans les dépliages ». C'est juste. Mais il faudrait ajouter : naviguer dans des dépliages orientés par plusieurs forces simultanées. Le mot romantique déplie quelque chose. Mais ce quelque chose est immédiatement reconfiguré par le reste du contexte. Au fond, ce que mon expérience montre, ce n'est pas que Bailly se trompe. C'est que son analyse est incomplète. Les mots des prompts ont un poids. Mais ce poids n'opère jamais seul. Il entre en résonance, en friction, en tension avec d'autres poids. Et c'est dans ces tensions que l'écriture se joue. Les mots des prompts ne font pas tout. Ils font quelque chose. C'est déjà beaucoup. Mais ce n'est jamais tout.|couper{180}
Lectures
La Logique du Parcours : Du Territoire à la Maison, puis à sa Mythologie
Avançons dans la genèse de mes prétentions. Ai-je quelque ascendant qui fut beau capitaine, jeune enseigne insolent ou négrier farouchement taciturne ? A l’est de Suez quelque oncle retourné en barbarie sous le casque de liège, jodhpurs aux pieds et amertume aux lèvres, personnage poncif qu’endossent volontiers les branches cadettes, les poètes apostats, tous les déshonorés pleins d’honneur, d’ombrage et de mémoire qui sont la perle noire des arbres généalogiques ? Un quelconque antécédent colonial ou marin ? ( Vie d'André Dufourneau, vies minuscules, Pierre Michon, 1984) Il s'agit du troisième article me permettant d'identifier une quête des auteurs que je reconnais comme travailleurs de l'interstice en littérature.Je l'aborderai par les Vies minuscules de Pierre Michon. Récapitulatif de ce voyage : 1 Michaux (Le Terrain) : L'Interstice Intérieur Ce qu'il m' a donné : La notion de « propriétés ». Un territoire mental, physiologique, halluciné. L'écriture comme exploration des confins du moi, là où il bascule dans l'inhumain ou le surhumain. L'interstice est en dedans, en soi : entre raison et folie, corps et esprit, silence et cri. l'outil acquis : La légitimité de l'exploration introspective radicale. 2 Annie Ernaux (La Fenêtre) : L'Interstice Social Ce qu'elle m' a donné : La fenêtre dans ce territoire. La révélation que ce « moi » est habité, structuré, fabriqué par des forces extérieures (classe, genre, histoire). L'interstice n'est plus seulement en soi , il est entre soi et le monde. L'écriture comme acte de documentation des traces sociales. L'outil acquis : Le double regard qui politise l'intime. 3 Michon (Le Monument) : L'Interstice Mythologique Ce qu'il m'a apporté : La réponse à une question laissée en suspens par les deux premiers : « Une fois le territoire intime reconnu et ses fenêtres sociales identifiées, avec QUOI et COMMENT bâtir le récit de cette découverte ? » Michon ne me parle pas de mon intériorité ou de ma condition sociale. Il parle de ma prétention à en faire de la littérature. Il expose le problème central de l'écrivain issu d'un monde « sans histoire » : le manque de matière épique. Pourquoi Michon est-il l'Étape Cruciale ? Parce qu'il incarne et résout, par l'excès stylistique, la tension entre les deux pôles : Il part du même constat qu'Ernaux : le dénuement. Pas de capitaines, pas de héros dans sa lignée. Un héritage vide, « minuscule ». C'est le matériau de classe. Mais il y répond avec l'arme de Michaux : la démesure intérieure. Sauf que cette démesure, il ne la puise pas dans les profondeurs psychédéliques, il l'emprunte à la bibliothèque. Il comble le vide social par la surabondance du langage et du mythe. En somme, Michon habite l'interstice ultime : L'interstice entre la petitesse du matériau biographique (le « fait vrai » d'Ernaux, la « vie minuscule ») et la grandeur démesurée de la Langue (l'ambition littéraire, le style comme monument). Après avoir analysé le geste intérieur (Michaux) et le geste sociologique (Ernaux), je dois maintenant analyser le geste littéraire dans sa dimension la plus consciente, la plus problématique, la plus « prétentieuse ». Michon me force à affronter les questions suivantes : La question du style : Après la « langue plate » d'Ernaux et la langue « d'exploration » de Michaux, où puis me situer-je sur l'échelle qui va de la trace sobre au lyrisme flamboyant ? Autrement dit : mon interstice a-t-il besoin d'être chanté ou constaté ? La question de la légitimation : D'où tiens-je le droit d'écrire sur mon territoire ? De son intensité (Michaux) ? De sa valeur de témoignage (Ernaux) ? Ou de la seule puissance transformatrice du langage qui peut ériger un kiosque à musique en cathédrale verbale (Michon) ? La question du matériau : Mes « propriétés » sont-elles suffisantes ? Michon me montre que non, elles ne le sont pas et c'est précisément ce manque qui devient le moteur. L'écriture naît du vide à combler. Conclusion : j'ai ainsi cartographié le quoi (le territoire) et le pourquoi (les forces sociales). Michon désormais me confronte au comment dans sa forme la plus exigeante et problématique : comment transformer cette matière en œuvre, sans trahir ni son humilité originaire (Ernaux) ni son mystère intime (Michaux) ? Il est le troisième sommet d'un triangle indispensable. Sans lui, ma démarche de l'interstice risquerait de tourner en rond entre l'introspection et la sociologie, sans affronter la question, vertigineuse, de l'édifice textuel lui-même. C'est l'épreuve du style, et donc, de ce que je pourrais nommer une voix définitive. En analysant le paragraphe d'ouverture de Vies minuscules à la lumière de ces réflexions, on découvre qu'il est la matrice parfaite de l'interstice michonien et la pierre de touche de cette démarche de l'interstice. 1 1. Il formule l'Interstice Fondamental : Entre Carence et Grandeur Le texte est tout entier construit sur un manque (« Ai-je...? » « Un quelconque...? »). Mais ce manque n'est pas exprimé platement ; il est habillé d'une énumération luxuriante de clichés héroïques (« beau capitaine », « négrier farouchement taciturne », « oncle retourné en barbarie »). Côté Ernaux : La carence sociale est identifiée (pas d'ancêtre prestigieux). Côté Michaux : Ce vide est comblé par une fantasmagorie intérieure intense et imagée. L'Interstice Michon : L'écriture ne choisit pas. Elle exhibe la tension entre les deux. Elle est le lieu où le "rien" social devient le "tout" d'une langue somptueuse. Ma démarche cherche cet espace : ce paragraphe en est la définition stylisée. 2. Il fait de la "Prétention" le Sujet Même, transformant le Complexe en Matériau « Avançons dans la genèse de mes prétentions. » Cette première phrase est un coup de génie pour répondre à mon enquête. Elle dépasse la simple introspection (Michaux) et la simple analyse sociale (Ernaux).Elle opère une méta-analyse : elle ne parle pas de la vie, mais du désir d'en faire de la littérature – ce qui est au cœur de ma propre quête.. L'« interstice » n'est plus seulement dans le vécu, il est dans le geste de l'écrivain qui, face à son vécu, doit inventer une posture, une légitimité. C'est l'interstice entre l'expérience et le récit. 3. Il révèle l'Arme Michon : l'Ironie Lyrique comme Mode de Vérité Si l'on observe le traitement des figures : « personnage poncif » : Il dénonce le cliché tout en l'utilisant. Il a besoin de ce cliché (le bel aventurier) pour dire son manque, mais il le désigne comme cliché. Ce n'est ni l'adhésion naïve (du romanesque traditionnel) ni le rejet sec (du documentaire). « les déshonorés pleins d'honneur [...] perle noire des arbres généalogiques » : Ici, l'oxymore (« déshonorés pleins d'honneur ») et la métaphore précieuse (« perle noire ») transfigurent la honte et l'échec en prestige paradoxal. L'écriture est l'alchimie qui transforme le négatif social en joyau textuel. Pour ma quête : Cela montre qu'écrire dans l'interstice n'oblige pas à une langue neutre. Cela peut être une langue exubérante et consciente d'elle-même, qui intègre son propre doute et sa propre théâtralité dans la matière du texte. 4. Il dessine une Communauté Négative, une Fraternité de l'Interstice Michon ne dit pas « je suis un cas unique ». Il s'inscrit dans une cohorte : « les branches cadettes, les poètes apostats, tous les déshonorés... » Il se place ainsi dans une lignée littéraire non officielle, celle des ratés, des déclassés, de ceux dont l'héritage est un héritage de manque. C'est la contre-genèse qu'il explore. Ce qui me ramène directement à ma propre démarche : en cherchant mon « registre d'écriture », je trouve aussi cette filiation invisible. Michon me dit : ton territoire d'écriture peut se trouver en t' affiliant, par l'écriture, à cette famille d'« apostats » qui font de leur dépossession la source de leur voix. En résumé, ce paragraphe est absolument extraordinaire dans le cadre de ma recherche : Il est La Preuve par l'exemple que l'écriture de l'interstice (entre le rien social et le tout du langage) est possible et puissante. Mais aussi La Démonstration que le style peut être un outil de connaissance, pas un ornement. La langue "belle" sert ici à disséquer un complexe. L'Invitation à considérer mon propre geste d'écriture avec cette même lucidité ironique et ambitieuse. Quelles sont mes « prétentions » ? Avec quels « poncifs » ou quelles images (peut-être empruntées à Carver, à Faulkner) est-ce que je dialogue pour fonder mon autorité Le Lien manquant entre Michaux et Ernaux : Michon prend la subjectivité radicale de Michaux (l'exploration du moi) et la matrice sociale d'Ernaux (l'héritage de classe), et il les fusionne dans le creuset de la conscience littéraire. Il ne se contente pas de vivre l'interstice ou de l'analyser : il le construit en monument de mots. Ainsi, ce n'est pas un hasard si ce paragraphe ouvre le livre. Il est le manifeste de la méthode que je cherche à élucider. Il me montre que le "kit de l'écrivain de l'interstice" ( nommons le ainsi ) doit contenir, outre des outils d'introspection et de sociologie, un marteau-piqueur stylistique capable de faire jaillir une cathédrale verbale de la fissure identifiée entre son vide originaire et son désir de plénitude|couper{180}
Lectures
Fouiller plutôt que raconter
"Je vais donc chercher dans ma mémoire, non pas mes souvenirs eux-mêmes, mais les images et les mots qui les ont fixés, les signes dont ils sont faits." Annie Ernaux, "Les Années" ce qui change avec la lecture d'Annie Ernaux : Avant : • Mon souvenir • Mon émotion • Mon histoire • Moi contre le monde • La phrase juste • L'image belle • Le style comme fin Après : • Notre souvenir • L'émotion de ma classe, mon genre, mon époque • L'histoire dans mon histoire • Moi dans le monde, le monde en moi • La trace juste • L'objet-signature • L'écriture comme acte Ce pourrait être ça idéalement. Je veux dire si je ne restais pas accroché à "mes propriétés" plus qu'à toute autre chose. Cependant je peux imaginer un changement de mode qui arrive peu à peu, une légère ouverture, disons un entrebaillement vers le collectif. Donc ce n'est pas "Adieu Michaux, bonjour Ernaux" C'est plutôt : "Michaux m'a donné le terrain, Ernaux m'en montre les fenêtres" Un autre titre pour ces notes pourrait-être : "Annie Ernaux a ouvert une fenêtre dans mes propriétés" Sous-titre : Comment la lecture politique de l'intime m'a permis d'entrevoir le collectif sans quitter mon territoire La rencontre avec Ernaux Non pas une révélation, mais une question "Et si mon intime n'était pas si intime que ça ?" L'entrebâillement : une curiosité, pas une conversion L'exercice du double regard Analyser un même objet avec les deux lunettes Montrer ce que chaque approche révèle Et ce qu'elles révèlent ensemble Ma pratique transformée (mais fidèle) Je n'ai pas quitté mes propriétés J'y ai juste installé des fenêtres J'écris toujours depuis mon territoire, mais, parfois il me semble voir au-delà Mais revenons à la phrase de départ : "Je vais donc chercher dans ma mémoire" "donc" : Conclusif. Ce qui précède (tout le livre) mène à ce geste méthodique. "chercher" ≠ "me souvenir" : Action active, travail, fouille. "dans ma mémoire" ≠ "dans mon passé" : La mémoire comme lieu, archive, territoire. Le texte commence par une conclusion. Rien que ce donc mérite une réflexion. Que c'est-il passé au préalable pour que cette décision prenne forme ( celle de chercher dans la mémoire) De plus Chercher n'est pas se souvenir c'est une action, une action active un travail une fouille. Chercher engage quelque chose que se souvenir n'engage pas. non pas mes souvenirs eux-mêmes" Refus radical : Elle écarte l'approche psychologique traditionnelle. "souvenirs eux-mêmes" : L'expérience vécue, l'émotion brute, le vécu subjectif. Pourquoi les refuser ? Car ils sont insaisissables, déformés, trop personnels. mais les images et les mots qui les ont fixés" "images" : Photos, films mentaux, scènes figées. "mots" : Phrases entendues, expressions de l'époque, dialogues. "fixés" : Capturés, immobilisés, devenus documents. Clé : Elle ne cherche pas l'expérience, mais ses traces matérielles. C'est un travail à la fois universitaire et sociologique dans lequel j'ai peine à entrer. Sans doute parce qu'au moment où je lis "La place" Le premier ouvrage que j'ai lu d'Annie Ernaux je suis encore trop accroché à une idée personnelle de ce qu'est l'écriture. Si je devais qualifier cette "idée" elle n'est pas tant personnelle qu'américaine. Encore que les auteurs que j'admire évoquent bien sur dans leur textes des problématiques collectives ou sociologiques mais elles sont ramenés souvent à des questions simples ( ou une complication qui a su s'épurer en langage simple). Quand je lis Raymond Carver bien sur qu'il existe un décor, des problématiques sociales, mais c'est toujours un personnage pris dans l'incompréhension de celles-ci qui me fascine. Alors que l'aspect faussement simple ( la langue plate d'Annie Ernaux) m'apparaît comme un leurre. Et surtout pour Ernaux, la mémoire est un artefact social. Ce n'est pas "ma" mémoire, mais la mémoire sociale qui m'habite. Il y a à sa lecture un phénomène de dépossession qui sans doute m'effraie et m'agace. La dépossession concrète : Ce n'est pas "mon" souvenir → c'est un souvenir social qui s'est logé en moi Ce n'est pas "mon" émotion → c'est l'émotion typique de ma classe/genre/époque Ce n'est pas "mon" langage → c'est le langage qui était disponible à ce moment-là Face à cette dépossession, deux chemins : Refus : "Non, mes souvenirs sont miens ! Ma mémoire est mon territoire !" Ou acceptation partielle : "Soit. Le social m'habite. Mais comment j'habite cet habitant ?" Me voici donc comme un propriétaire (Michaux) à qui on dit : "Cette maison n'est pas vraiment à vous, elle est faite de matériaux sociaux, dessinée par des normes historiques, meublée par votre classe sociale." Ce n'est pas très agréable. Le premier réflexe est de nier cet état de fait : "Mais c'est MA maison ! J'y vis !" Mais passons sur le désagrément comme il est désormais coutume de passer sur bien des choses. Essayons plutôt de réfléchir. Je faisais référence à mon goût pour les écrivains américains et ce n'est pas parce qu'ils ne traitent pas du même sujet qu'Annie Ernaux, ils le traitent différemment. Carver avec ses personnages paumés, Faulkner avec ces voix multiples qui s'enchevêtrent et dessinent tout aussi bien sinon mieux un paysage sociologique qu'Ernaux. Je ne devrais pas dire "mieux" je devrais dire "préférable pour moi" ce serait plus honnète. Non je pense que les colères ne s'expriment pas de la même manière surtout. C'est plutôt ça le vrai sujet. Une colère contre les hommes, contre le monde, contre soi-même. Chacune réclamant un registre particulier. Allons encore plus loin, avec plus de recul : En fait cet article part d'une ignorance de ma propre écriture, en analysant l'écriture d'écrivain(es) que je considère proches d'une écriture de l'interstice j'éprouve une attirance ou une aversion réflexes mais dont je ne cherche pas à me satisfaire. Ce qui m'intéresse c'est de parvenir à les exprimer et ainsi peut-être mieux parvenir à saisir mon propre registre d'écriture Ce n'est donc pas un article sur Annie Ernaux mais l'histoire d'une réaction à la lecture d'Annie Ernaux dont je pourrais extraire une méthode : Catalyseur : Une lecture qui provoque une réaction (attirance/aversion). Refus de la facilité : Ne pas se satisfaire du simple "j'aime/j'aime pas". Investigation par l'écriture : Utiliser l'acte d'écrire pour déplier cette réaction, la mettre à distance, la rendre intelligible. Objectif final : Saisir, par contraste et par analogie, les contours de son propre "registre d'écriture". C'est un travail d'archéologie personnelle par la confrontation. Ernaux, Michaux, Carver, Faulkner ne sont pas tant des sujets que des réactifs chimiques qui me plongent dans la solution de mon propre projet d'écriture pour en observer les précipités. La Notion d'"Interstice" Devient Centrale L'interstice de l'autre : je remarque que je suis attiré par des auteurs qui écrivent dans les failles (entre l'individu et le social chez Ernaux, entre la folie et la raison chez Michaux, entre le silence et la parole chez Carver, entre les voix chez Faulkner). mon propre interstice : Ce texte se place précisément dans l'interstice entre réception (émotion/refus) et analyse (compréhension/curiosité). C'est là que la pensée travaille. L'interstice comme territoire : La conclusion sur la "colère" est révélatrice. Il n'est pas question de choisir un camp. Mais plutôt de localiser un champ d'investigation entre ces différentes colères. Mon registre personnel, peut-être, est celui de l'exploration de ces tensions (intime/collectif, possession/dépossession, colère américaine/colère sociale), sans volonté véritable de les résoudre, mais avec la volonté de les habiter par le langage. Cohérence Renforcée : La Forme Est le Fonds Le texte est d'autant plus cohérent qu'il applique inconsciemment la méthode qu'il décrit. Je fouille ou je "cherche dans ma mémoire" (littéraire, mes admirations, mes aversions ). Donc, je ne me contente pas du "souvenir lui-même" ("j'admire Carver"). j'en extraie "les images et les mots qui les ont fixés" (la métaphore de la maison, l'idée de "langue plate", le "personnage pris dans l'incompréhension"). Pour finalement interroger "les signes dont ils sont faits" : qu'est-ce que ces signes disent de ma propre langue, de mes propres obsessions ?|couper{180}
