Le Dibbouk

Explorations Littéraires • Carnets • Fictions • Réflexions

"Explorations littéraires. Une lecture critique et créative de la littérature contemporaine."

L'Éditorial du moment

Edito de janvier 2026

Janvier 2026 s’est organisé autour d’une découverte simple, mais décisive : la notion d’accrochage. Elle a permis de désamorcer un conflit ancien — peindre ou écrire — en cessant de poser la question en termes de passage, de justification ou de continuité. Il ne s’agissait plus d’expliquer (…)

Fictions

The Margin Scribe

french version Sému dipped his reed pen in the ink of the Tagus. That was what they called the mixture of (…)

La fissure dans le formica-2-chapitre 2

### CHAPITRE 2 : La Mélancolie Bureaucratique **1. La Matinée Post-Fissure : Surveillance Accrue** Le réveil de (…)

Carnets

Janvier 2026 Synthèse du mois

## 1er janvier « Je ne sais pas très bien comment en parler sans donner l’impression d’en faire une théorie. Pourtant je le reconnais tout de suite : le silence qui arrive après une phrase de (…)

Septembre 2025

**[1er septembre](https://ledibbouk.net/1-septembre-2025.html)** — J’écris pour fabriquer un (…)

Art

16 janvier 2026

Avec le temps. Ce mot tant chéri. Jadis. *La terre est bleue comme une orange.* On pouvait écrire cela sans ironie, (…)

Planche 6-bis -Musique

Montage par accrochage. Les extraits dialoguent par tensions, échos, retournements. La **musique** n’est pas le (…)

Flux récent

Carnets | février 2026

19 février 2026

J'allais dire ce mot et presque aussitôt je me suis retenu. J'ai senti — ou plutôt les circonstances me l'ont fait sentir — qu'il fallait être plus courageux pour en parler. Pour ne pas faire comme le monde quand soudain il semble n'avoir plus rien à dire sinon ce mot : désordre. Nous voici submergés par le désordre. Comme c'est facile. Je me suis dit : sois concret. Écris sur ces choses qui t'entourent, sur ce plan de travail. Pas bureau — bureau ne veut rien dire ici, bureau efface. Bureau tu l'aurais dit pour t'enfuir. Comme tu le fais si souvent. Il y a un lien entre regarder un seul objet posé sur ce plan de travail et ne vouloir l'inscrire que dans un paragraphe accompagné d'une seule idée. La forme dit la même chose que le geste — ne pas laisser le désordre envahir la phrase. Il avait voulu joindre quelqu'un. Il ne sait plus qui. Il sait qu'il a imprimé les pages, qu'il a cherché dans les colonnes et que les numéros finissaient tous en x, masqués par une décision de Free dont il n'a jamais su le nom ni la raison. L'interlocuteur est resté de l'autre côté. Les pages sont restées de ce côté-ci, inutiles et précises, témoins d'une tentative que rien n'a close parce que rien n'a abouti. Il ne les a pas jetées. Les deux batteries étaient dans leur chargeur, le chargeur débranché du port usb depuis un mois au moins. Il avait voulu faire des photographies, s'en donner la discipline, sortir chaque jour vers les usines et le fleuve. Il n'est pas sorti. Les batteries ont attendu leur charge dans un chargeur qui n'a pas été branché et c'est ainsi que la chose s'est arrêtée — avant même de commencer. Le gros micro Yeti est un peu caché derrière l'écran. Depuis combien de temps attend-il d'être à nouveau activé. Des mois sans doute aussi. C'était un investissement coûteux tu t'en souviens. Tu l'avais acheté avec cette idée de créer des podcasts. Que s'est-il passé pour que tu abandonnes aussi cette idée ? Il y a aussi ce tome 2 traitant des genres, un ouvrage édité chez Bordas intitulé Approches littéraires. Tu as beau chercher tu ne te souviens pas d'avoir jamais acquis le tome 1. Tu l'as remonté de la bibliothèque il y a une semaine, et tu ne l'as même pas encore ouvert. C'est un exemple de ton expression favorite : on ne sait jamais.|couper{180}

Narration et Expérimentation

Carnets | février 2026

18 février 2026

On ne sait pas qui l'a fabriqué. Dans quelle ville de l'Est, dans quelle usine froide où des mains que l'on n'imagine pas ont coulé cette pâte blanche dans un moule, ont attendu la cuisson, ont sorti de la fournaise ce chien minuscule et l'ont posé sur une table parmi d'autres chiens identiques, une armée de chiens sans nom destinés aux buffets et aux étagères de ceux qui n'ont pas les moyens d'autre chose. Il a transité. Il a été emballé dans du papier journal, vendu peut-être sur un marché, offert à quelqu'un qui en voulait ou qui n'en voulait pas, et il est arrivé ici, dans cette pièce fermée, où il a attendu sous sa gangue de temps que quelqu'un daigne faire attention à lui. Je me suis mis à genoux devant lui. C'est la posture qui convient, même si ce n'est pas celle que j'aurais choisie. J'avais les mains noires de la javel et de la crasse des angles morts, j'avais le dos brisé par une heure à plat ventre sur le lino, et c'est dans cet état d'abaissement que je l'ai pris. Il était lourd. Les objets de rien sont toujours plus lourds qu'on ne croit. Sous le chiffon, la taupe de cendre a cédé. Le blanc est apparu, brutal, ce blanc d'usine qui n'a jamais prétendu à la grâce et qui pourtant, dans la lumière sale de la pièce, avait quelque chose d'intolérable — la nudité de ce qui a été fait sans amour et qui dure quand même, qui résiste à l'oubli par la seule vertu de la matière. J'ai nettoyé le creux des oreilles, la commissure des pattes. C'était un travail de sacristain ou d'embaumeur. Quand c'était fini, il brillait sur l'étagère avec l'indécence des choses qui n'ont aucune raison de briller. Je ne l'ai pas remis à sa place tout de suite. Je l'ai regardé. On regarde comme ça les objets qui nous ont résisté — avec une rancune qui ressemble à du respect. Il avait été fait par des mains que je n'aurais jamais connues, dans une ville dont j'ignorais le nom, et il serait là longtemps après que j'aurais cessé d'écrire dans cette pièce. C'est peut-être ce qu'on appelle survivre. Ceci pour dire que parfois. Pourquoi d'ailleurs le dire. Et au bout du compte y renoncer. Ce matin j'ai pensé qu'il faudrait trouver un moyen pour tracer la courbe de mes espoirs et de mes désespérances. Un électrocardiogramme de mes envies et dégoûts. Notamment celui de devoir partager tous les jours un texte sur les réseaux pour tenter d'exister ou plutôt de faire exister ce site. Cela demanderait un code journalier, une note associée à une échelle comme dans les sondages. Et vous diriez que vous avez de vous mêmes une trés bonne opinion bonne opinion moyenne pas terrible franchement pas terrible du tout nsp Désolé que des réponses fermées. Ensuite à quoi cela me servirait-il d'avoir ma feuille de température devant le nez. Bonne question. Probablement à ne pas succomber à je ne sais quelle panique et à vouloir étudier les rythmes, essayer de saisir s'il n'y a pas là un phénomène proche de celui des marées. produit d'une collision de plusieurs mots : le caractère avec les humeurs et celles-ci à la lune certainement. Des falaises s'écroulent, des maisons juchées au somment de celles-ci itou. Vision d'inondation à perte de vue qui rappelle je ne sais quelle catastrophe ancienne au Bangladesh voire même encore plus ancienne La Conférence mondiale sur la réduction des catastrophes qui s’est tenue en janvier 2005 a reconnu que les sinistres occasionnés par les catastrophes sont en augmentation, avec de graves conséquences sur les conditions de survie, la dignité et la subsistance des populations, particulièrement les plus défavorisées ». Ils remettent ainsi en question les acquis des politiques de développement. L’intérêt général est plus que jamais menacé par le risque de catastrophe si l’on considère que ses conséquences et les actions menées dans une région peuvent avoir des répercussions dans les autres. Il a aussi été admis que le changement climatique est l’un des facteurs clés favorisant les catastrophes naturelles dans le monde. Lorsque celles-ci se produisent dans des environnements physiquement, socialement et économiquement vulnérables, les risques de sinistre et leurs conséquences peuvent être sévères [Nations unies, 2005]. Les populations défavorisées ont été, et seront toujours, les premières victimes des conséquences néfastes du changement climatique. ( lu ici Devenir confidentiel comme un pli sous la rainure d'une porte. Je ne saurais dire pourquoi j'ai lu la première page de "ces choses-là" et aussitôt l'agacement est remonté comme une acidité. Je ne voyais pas du tout ce que l'escalier de Bénouville avait comme fonction dès la toute première phrase sinon poser déjà une sorte de guichet d'entrée. Tu connais Proust ou pas ?. Non, t'as rien à faire là, dégage. En gros. --Cette haine, contre quoi précisément saurais-tu le dire ? --contre toute une époque révolue, contre celle à présent, contre tout ce qui peut encore advenir. Le constat d'une manipulation permanente —politique, et qui s'insinue dans ce que l'on t'aura proposé de lire de ne pas lire, de choisir de lire ou de ne pas. Et ton fameux libre-arbitre n'est rien d'autre que de la rigolade. Plus que de la haine c'est un sentiment de misère. La haine tente de s'en extraire, en vain. Et, bien sur il ne faut pas oublier la jalousie commune à tous et qui parfois est salutaire. Le lien entre la jalousie et la mémoire chez Proust qui en parle ? Quant au temps d'aujourd'hui je ne peux pas dire qu'il fasse beau je ne peux pas dire qu'il fasse mauvais temps non plus. Bien se tenir entre tout ce qu'on ne peut pas dire aide t'il à dire ce qu'on veut dire, aucune certitude.|couper{180}

Autofiction et Introspection

Carnets | Phrases

Phrases-Février 2026

4 février 2026 Parfois, quand j’ai le temps, j’observe, retenant ma respiration ; à l’affût ; et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la tête, car c’est le plus souvent une tête, rentre dans le marais ; je puise vivement, c’est de la boue, de la boue tout à fait ordinaire ou du sable, du sable…Ca ne s’ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu’il n’y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courbé comme dans un tunnel bas. Henri Michaux , Mes propriétés Extraits de L’espace du dedans [mot-clés : écriture de l'interstice] THE ancient fable of two antagonistic spirits imprisoned in one body, equally powerful and having the complete mastery by turns — of one man, that is to say, inhabited by both a devil and an angel — seems to have been realized, if all we hear is true, in the character of the extraordinary man whose name we have written above. Willis Death Of Edgar A. Poe. By N. P. Willis. Nathaniel Parker Willis, “Death of Edgar Poe,” Home Journal (New York), October 20, 1849. [mots-clés : traduire, trahir, adapter] 5 février 2026 Et puis, entre les deux cours, au printemps 1979 (du 15 avril au 3 juin), c’est l’écriture du livre sur la photographie, La Chambre claire, qui est probablement le roman de Barthes, un roman inouï, totalement novateur, une fiction de la résurrection de l’être aimé dont les rayons qui émanaient de son corps et son visage au moment de la pose rebondissent sur les halogénures d’argent pour venir toucher celui qui regarde l’image. Bernard comment Dans Préparation du Roman ( Barthes) Août 2015 {mot-clés : regard] 11 février 2026 « On ne sait pas ce qu’est le Paradis,à moins de venir d’ailleurs. » Joyce Carol Oates, Hantises : histoires grotesques [mot clé : ailleurs ] 12 février 2026 « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». Guy Debord La société du spectacle. Lu dans Diacritik de ce jour 14 février 2026 « L'une des plus grandes ironies de notre situation actuelle est que les modes de communication qui permettent aujourd'hui aux autoritaires d'exercer leur pouvoir ont d'abord été imaginés pour les vaincre » Fred Turner politique des machines [mot-clé : next, boomerang] 15 février 2026 « Plus un film est japonais, plus il est universel. » Akira Kurosawa ( Lu dans Comment écrire de la Fiction de Lionel Davoust) [mots-clés : authentique, singulier] 16 février 2026 « Elles disent qu’elles ont appris à compter sur leurs propres forces. Elles disent qu’elles savent ce qu’ensemble elles signifient. Elles disent, que celles qui revendiquent un langage nouveau apprennent d’abord la violence. Elles disent, que celles qui veulent transformer le monde s’emparent avant tout des fusils. Elles disent qu’elles partent de zéro. Elles disent que c’est un monde nouveau qui commence. » Les Guérillères, Monique Wittig (Lu dans Nos Armes de Marion Brunet) [mots-clés : référence, chaland(e)s] 17 février 2026 La première chose à observer à propos du monde de dix-sept cent quatre-vingt, je pensais prendre l’époque d’un peu plus haut, dix-sept cent trente ou cinquante, mais soit, en route pour la révolution industrielle, l’élan, le décollage ou take-off de l’économie désormais lancée en plein ciel, cette économie du coton soulevée comme un planeur par l’élan du commerce colonial, tout s’ébranle, une révolution capitale venue de Grande-Bretagne mais les idées naissent en France, l’état le plus puissant, le plus peuplé, un Européen sur cinq était français, l’idée de liberté, cette idée terrible et bouleversante d’échapper à l’oppression, Cahiers de doléances, États généraux, tout un peuple séditieux derrière les députés du Tiers et des masses parisiennes affamées, soupçonneuses, enfiévrées, rien n’a plus de force que la chute des symboles, la prise de la Bastille saluée dans le monde entier même par Kant dont le passage donnait l’heure aux habitants de Königsberg, oui, le philosophe lui-même a différé sa promenade à cette nouvelle, un événement mondial, un mouvement irrésistible, enthousiaste, œcuménique pour libérer l’humanité, un élan qui vaut bien le take-off de l’économie cotonnière, nous planons en plein ciel. Marianne Alphant Ces choses-là [mots-clés : construire, geste, angles morts]|couper{180}

phrases

Carnets | Construire

## construire #06 | codicille domestique

On entre. C’est une chambre sourde, une pièce à vivre dont on a oublié l’usage. Le premier mot qui vient, c'est poudroiement. C’est un mot de spectateur. Il donne l’illusion que la saleté n’est qu’une question de lumière, quelque chose qui danse dans le seul rai traversant le volet clos. On regarde ces milliers de particules en suspension comme une nébuleuse. Tant que cela flotte, rien n'est grave. L'œil glisse sur les volumes, gomme les angles, et s'arrête un instant sur une forme imprécise, une bosse grise posée sur l’étagère du milieu. On ne sait pas encore ce que c’est — un chien, un chat, un vestige. On reste sur le pas de la porte. On tergiverse. On dresse un rempart de vocabulaire pour retarder l'assaut. On invoque les puissances anciennes, les noms de marques comme des incantations : O-Cedar, Pliz. On convoque l’image d’une domesticité disparue, celle qui se jetait à plat ventre pour faire briller les parquets jusqu’à l’obscène. On rêve de peau de chamois animale et de microfibres cliniques. Ce sont des mots-écrans. On cite Céleste Albaret ou les valets de Kant pour se convaincre que le ménage est une activité de l'esprit, alors que ce n’est qu’une fuite devant le seau de javel. Puis le regard tombe. Il quitte les surfaces éclairées pour les angles morts, là où le poudroiement s'est mué en bourre. Sous le radiateur en fonte, derrière le pied de la commode, la saleté a pris du poids. Ce sont des moutons massifs, des agrégats de cheveux, de fibres et de peaux mortes qui tremblent au moindre courant d'air. La bourre n'est plus une métaphore, c'est un sédiment organique. On réalise que la pièce a tricoté son propre oubli. Il va falloir cesser de nommer. Il va falloir se baisser. Le choc du seau contre le fond de l’évier est un bruit sec. L'eau coule, chaude, et l'odeur de la javel monte aussitôt, brutale, décapant la nostalgie. On plonge les mains. La peau se crispe sous l'attaque chimique. À plat ventre sur le lino, on subit la durée dans les vertèbres. On va chercher la bourre derrière les tuyaux, on ramène à soi des lambeaux humides. Le corps transpire. Une goutte de sueur pique la tempe, mais les mains sont noires, gantées de cette boue de nettoyage. On frotte, on rince, on essore. Le geste se répète jusqu'à l'engourdissement. On revient alors à la forme sur l’étagère. On s’en saisit. L’objet est lourd, encroûté dans sa gangue. On pose le pouce, on appuie, on tire. Sous la traction du chiffon, la taupe de cendre se déchire en un crissement léger. Le blanc surgit, violent, une porcelaine d'hôpital qui n'a plus l'habitude du jour. On entre dans les détails : le creux des oreilles, la commissure des pattes, la courbe de la queue — c’est un chien, finalement. On racle le millimètre de gris qui s’obstine dans les rainures. Sous le doigt, la surface devient lisse, froide, d’une nudité qui dérange. On a enlevé le voile. L'objet est rendu à sa matérialité de série. On se redresse. Les muscles tirent. Le silence de la pièce a changé : il n'est plus étouffé, il est tranchant. On regarde ses propres mains, la peau blanchie par le chlore, les ridules soulignées de noir. Le chiffon n'est plus qu'une loque saturée de gris. Sur l’étagère, le chien brille d’une lumière agressive. On ne bouge plus. On reste là, immobile, à écouter le bruit de l'eau qui finit de s'écouler dans les canalisations.|couper{180}

Ateliers d’écriture