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13 mars 2026 — Le dibbouk

13 mars 2026

Le roman noir va vers un but. Le flux de conscience ne va nulle part ailleurs que dans sa propre durée. Mon conflit se résume à cela : but contre durée.

Ces derniers jours, j’ai écrit plusieurs chapitres d’un roman noir. Un prétexte, sans doute, pour m’efforcer d’économiser ce que j’imagine être un capital. Pourtant, j’ai le sentiment de le dilapider en vain.

Les guerres, les crises, les difficultés économiques : je n’en suis pas indemne. Elles impactent mes choix. Est-ce que je résiste au mouvement de l’histoire ou est-ce que j’accepte qu’il m’impose sa loi ? Soyons honnête jusqu’à l’os : j’accepte. Cette oscillation entre la crudité du réel et l’évasion dans l’imaginaire témoigne de mes résistances, ou de ma façon de vouloir les éluder. Courage ou lâcheté, pulsion de vie ou pulsion de mort.

Dans le roman noir, il faut une fin. Le résultat de cette économie forcée est la prison : le meurtrier finit derrière les barreaux ou il est tué. L’auteur se tue par procuration. Dans le flux de conscience, l’auteur se tue tout autant, mais dans la dispersion. La finalité est la même.

L’idée d’une zone intermédiaire fait intervenir la tiédeur. Elle brouille le contrat normalement tacite entre le lecteur et l’auteur. Normalement tacite : j’ai d’emblée envie de fouler ce contrat, d’en faire des confettis.

Je vois le mail, je clique. Puis je lis la première phrase et j’ai envie de refermer la fenêtre. J’agis de la même façon avec J.O. qu’avec C., dont le style est à l’opposé. La cause n’est pas en eux, elle est en moi. C’est une difficulté physique. J’hésite entre l’économie de mots et le gaspillage.

Le contraire de l’économie, c’est le gaspillage. Un bas de laine qu’on a peiné à amasser et qu’on refuse de dilapider « pour rien ». Sauf si ce « pour rien » est la quête dissimulée derrière la façade du « quelque-chose ». Vouloir rien ou vouloir quelque chose. Économie ou dilapidation pour aboutir à une zone grise : le ni l’un ni l’autre.

Il est trois heures du matin. Je devrais dormir. Au lieu de cela, j’éprouve une sorte de joie à disposer de ce temps. L’insomnie est un capital détourné. Je m’interroge sur la différence entre exigence et prétention. Ce n’est pas une petite affaire.

L’insomnie n’est pas un choix, c’est une fuite. Le temps s’écoule sans produire de but. C’est dans cette hémorragie que le flux devient inévitable. On ne choisit pas de dilapider ; on constate qu’on se vide. Ensuite, trouver cela joyeux est une posture qui en vaut une autre. La posture reste neutre.

S’inventer des problèmes me poursuit depuis toujours. L’art de couper les cheveux en quatre. Force est d’accepter qu’après tant d’années, je ne suis doué ni dans l’un ni dans l’autre. Je pourrais tomber dans le constat d’un étonnement houellebecquien louvoyant encore dans une fausse apathie, mais non, il vaut mieux dire que c’est ainsi.

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