18 mars 2026
Hier fut une étonnante journée : je reçus deux textos pour me souhaiter ma fête, j’écrivis deux nouvelles et enfin, vers la fin de l’après-midi, je décidai une bonne fois pour toutes de ne plus répondre aux commentaires par e-mail, quels qu’ils soient. Surtout ceux que m’envoient les femmes. Que ce soit clair : je ne suis pas en train de me plaindre de recevoir des commentaires, je me lamente surtout de ne jamais savoir sur quel pied danser pour y répondre. Ceci n’est pas nouveau, ce handicap remonte désormais à loin, mais force est de constater qu’avec le temps, il sera devenu aussi affligeant qu’insupportable.
Il y a toujours dans ces messages une teneur proche, je l’imagine, de celle que durent contenir en leur temps les oracles à Delphes, où des vieillards ingambes, rendus hagards par la solennité des lieux, le postérieur des vestales ou l’énigme du nombril, se pressaient, pauvres hères, en vain. L’abscons en ces temps très reculés valait-il le déplacement plus que de nos jours ? Je n’en sais rien. Le fait est qu’hier l’évidence m’a sauté au visage ; je m’en suis senti mortifié une fois encore, et ce fut la fois de trop.
Ce ne sont pas de ces actes de bravoure qu’on clame sur les toits. Aucune gloire, aucun laurier, aucune victoire. Juste le constat, une fois encore, d’un nouvel abandon, d’une nouvelle résignation, d’un choix et de son cortège de renoncements. Il paraît que c’est très Verseau. Une fois le tout pesé, soupesé, et ce bien plus d’une fois, le Verseau tourne les talons et on ne le revoit plus. C’est tout moi. Ou plutôt cette définition astrologique me convient-elle mieux que celles, souvent injustifiées, ponctuées de petits noms d’oiseaux.
Le fait est, c’est certain, que je n’ai jamais senti ma force ou n’ai jamais voulu m’y intéresser vraiment ; ou peut-être ai-je toujours été effaré par ces missives que je leur rétorque, à ces femmes — qui, elles, très certainement, m’écrivent sous couvert d’une spontanéité, d’un "naturel" qu’elles ne se soucient jamais de trouver louche. Face à l’expression d’une telle candeur, que je ne suis jamais loin de considérer comme obscène, il y a de fortes chances que j’y trouve la mienne reflétée ; et, au-delà d’être troublant, c’est très consternant.
Au point où j’en suis, je ne suis peut-être rien de plus, rien de moins qu’un vieil homo refoulé, me dira-t-on. Vouloir nier à ce point la nébuleuse féminité, son illogisme, sa déraison, comme s’il s’agissait d’un effroyable reflet seulement projeté par ma psyché. La belle affaire. Ou bien machiste, ce qui est la même chose ; peu importent les cases, les catégories au final, puisqu’elles atterriront toutes dans les choux. C’est-à-dire que je les nierai toutes, sauf une, celle qui en ce moment semble m’aller comme un gant : assassin, meurtrier. Celle-là oui, j’opine du chef, plutôt deux fois qu’une.
