28 janvier 2026
Tout et son contraire. De façon continue, en simultané. Ce martèlement qui martèle et martèle et remartèle encore. Je me bouche les oreilles avec la paume des mains, je relâche, je recommence. Du son, du silence, du son, du silence. Voilà par quoi je suis occupé et exposé. Tout ce qui vient de l’extérieur : tout et son contraire.
Mais si je reste assis, le cul bien calé sur ma chaise, et que je ferme les yeux, je peux former quelque chose qui dévorera cet extérieur, c’est certain. Une sorte de virus. D’aimables pensées compatissantes pour l’immense connerie humaine... même pas. Rien du tout de ça. Penses-tu. Pas plus que de haine ni rien.
Et si je parviens à ne penser à rien, mais vraiment à rien, à que dalle, à nib et moins que moins que nib, moins que nib et peau de balle, ce rien jaillit de ma tête comme Athéna de la cervelle d’un dieu. La justice enfin. Plusieurs fois déjà j’ai vaincu le tout exactement ainsi.
(Ça paraît un peu grandiloquent vu comme ça, mais bon, si tu n’as pas d’autre moyen que la caricature, vas-y.)
Hier, alors que j’étais assis sur la cuvette des toilettes, j’ai été frappé par la vision de ma jambe et de mon pied nus posés à plat sur le sol. Ce n’était plus vraiment ma jambe et mon pied. C’était la jambe et le pied d’un dieu ou d’un archétype — c’est-à-dire rien à voir avec moi, en fait.
Je suis resté un petit moment pour en profiter quand même. Ce n’est pas tous les jours que l’on est un dieu. Puis pffuittt, cela est parti comme c’est venu.
Des scientifiques disent maintenant que la distance est une putain de vue de l’esprit. Que l’intrication quantique est désormais la base de tout un nouveau pan de la physique abolissant les distances, et tout ce que l’on a pu savoir jusqu’alors sur le proche et le lointain, l’infiniment grand et le ridiculement petit.
Tout cela pour aboutir dans peu de temps à une simulation, c’est quasiment couru. D’un seul coup, je vais me réveiller dans le vaisseau naviguant dans les égouts d’une mégalopole extraterrestre, on me déconnectera pour me rebrancher sur un autre niveau : voyons voir comment tu te débrouilleras en phoque, en mygale, en musaraigne ou en bonobo. Des expériences. Rien que des expériences et rien d’autre.
Sale coup pour le moral, celui de se réveiller en bas de l’échelle alimentaire. Mais il y a toujours un bien pour un mal. Ou vice versa. Il paraît que les bonobos baisent comme des dératés, ça leur sert de lubrifiant social (quelle horreur !).
Tout ça est à méditer et surtout, après avoir fait un nouveau tour de piste, à se reposer la même sempiternelle question :
Kestuveu ?
Je cherche, je cherche, je cherche.
Rien. Rien du tout — c’est ce qui me vient désormais de manière automatique. Je ne crois pas que ce soit tout à fait normal. Je ne suis même pas loin de penser que ça fait partie d’un plan plus vaste. Je ne suis peut-être pas le seul à ne plus rien vouloir du tout. Un plan de lobotomie croisé avec un plan de vasectomie général.
« Vous n’aurez rien et vous serez heureux. »
Et si tu n’es pas heureux, ce sera entièrement de ta faute à toi et on enverra des armoires à glace qui éructent au lieu de parler pour t’apprendre à être heureux.