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1er mars 2026 — Le dibbouk

## Le verbe peindre #02 |septembre 2021- juille 2022

Il existait une langue sous la langue. Celle du frottement d’ailes et de la palpitation des étoiles. Je croyais que peindre était la parler. Puis vint le temps où le don lui-même devint une marchandise. Où la gratuité fut mise en scène, likée, monétisée. Un grand dégoût m’a saisi. J’ai déposé les pinceaux. Je ne pouvais plus offrir ce qui était déjà volé, recyclé, prostitué dans la grande mascarade connectée.

contre-don

6 septembre 2021


Tracer une frontière trop évidente entre penser et peindre n’apporte qu’un surplus de confusion, de division, quelque chose de diabolique au sens du diabole, de la dispersion.

Peindre et penser

9 septembre 2021


Et aujourd’hui, que les voiles se déchirent, que je commence à percevoir tout là-haut les étoiles comme s’il s’agissait des feux de la rampe, j’ai envie de peindre en rouge une demi-balle de ping-pong. De bien prendre le temps de me confectionner mon nez rouge une bonne fois pour toutes.

Auguste

13 septembre 2021


J’ai beaucoup écrit sur la peinture. Sans doute beaucoup trop. En fait, je cherchais à me rassurer de quelque chose, tout en espérant que le partage m’aiderait à me libérer de cette angoisse primordiale. Souvent, j’ai regretté d’en avoir trop dit, comme si j’enfreignais une règle tacite – une, sans doute, des plus importantes de l’art –, celle imposée par la qualité de silence dont se revêt l’œuvre une fois au jour. Cette recherche de limite, finalement enfantine, pour faire réagir le mystère. Pour que le mystère m’épingle, me crucifie sur une croix quelconque. Me ramène au quelconque en guise de punition. Car toute punition provenant du mystère non seulement le prouve, mais aussi le renforce, à la façon d’un clou pénétrant l’épaisseur d’une tête de bois. Le résultat est que, durant presque une année, je n’ai cessé d’osciller entre peindre et écrire. Peut-être pour en arriver au final à peindre et se taire. Ou écrire et ne plus peindre. Il faudra désormais que j’escalade encore la pente d’un versant comme de l’autre pour améliorer la qualité du silence.

Peindre et se taire.

13 septembre 2021


Se retenir d’asséner je ne sais plus quelle vérité sur la peinture, sur l’art surtout. Se méfier de cette facilité avec laquelle les phrases issues des pensées ressassées s’échappent. Soudain, s’apercevoir d’une lueur dans le « je ne sais pas ». Un « je ne sais pas » dépourvu de crainte, d’angoisse, d’inquiétude, de menace, de ce faisceau d’idées préconçues, elles aussi, d’idées refuge. Un « je ne sais pas » comme on lève l’ancre au petit matin ou au crépuscule. Quelque chose qu’impulse l’espoir en même temps que la résignation tient la barre. Que viennent chercher les élèves ? On finit par se dire, toutes les années, la même chose sans vraiment revenir là-dessus. Ils viennent pour apprendre à dessiner, apprendre à peindre, voilà tout. Marcher à côté de soi pour se frotter le dos. Se le répéter : ils viennent ici parce qu’ils imaginent ne pas savoir. Et ils l’imaginent tellement que pour eux cela devient cette réalité. Trouver le bon point d’intersection entre ta réalité et la leur. Expliquer sans un mot que pour voler, ce ne sont pas les ailes qui comptent, mais le talon. Et puis soudain, voir le groupe. Le groupe est une entité invisible durant longtemps, tellement on se pense seul à enseigner. Mais le groupe dépasse tout ce que le professeur peut apporter. Ces synergies invisibles qui peu à peu se mettent en place. Faire confiance au groupe, voilà une trouvaille. Quelque chose de véritablement inédit. Se retenir alors d’en dire trop. Se retenir de parler, comme d’arpenter l’espace. Observer le groupe s’enseigner à lui-même. Voir une nouvelle réalité peu à peu se créer ainsi. Et puis, à un moment, la question… on ne sait plus vraiment qui se la pose. Est-ce l’élève ? Le professeur ? Le groupe ? Cette question interroge toutes les parties simultanément. Et le mieux, c’est faire la même chose qu’un bijoutier face à une belle pierre : sertir la question dans un silence. Attendre encore un peu et voir jaillir de ce dernier un Simorgh qui s’élève jusqu’au plafond de la classe. De retour dans la nuit, je me souviens.

Enseigner la peinture.

16 septembre 2021


Qu’est ce que peindre surtout sans s’appuyer sur le connu, sur le cliché, sur le déjà fait le déjà vu.

Il y a toujours cette question sans réponse et ce sur chaque tableau : Qu’est ce que peindre ?

Exposition

17 septembre 2021


La toile est vide et il faut la remplir de quelque chose. C’est sans doute ce que je me dis lorsque j’entreprends de peindre à mes débuts. C’est-à-dire à partir du moment où je me mets à penser, où la conscience devient le capitaine du bateau, qui répudie les rêves, les fantasmes, la naïveté à fond de cale.

La peur du vide

18 septembre 2021


C’est là où je me rends compte que peindre n’améliore pas seulement les tableaux au cours des années, mais soi-même.

Chercher et trouver ( notes de préparation pour exposition)

20 septembre 2021


Mais dangereux aussi à mon avis. Serais je dans le même état d’esprit pour peindre ? Serais je dans la même sorte d’urgence ? Cette urgence à laquelle le pauvre type que je suis s’accroche pour ne pas quitter cette terre sans laisser quelque chose derrière lui, mise à part sa bêtise et son orgueil inouï ? Cette urgence d’exister, à survivre tout simplement.

Tu ferais mieux de peindre !

Créer et vendre

22 septembre 2021l


Peindre avec une intention de séduire c’est courant. Le problème c’est qu’on ne sait ce qui séduit vraiment… En tous cas personnellement je n’en sais rien.

La séduction en peinture

24 septembre 2021


Lorsque Paul Cézanne détruit 3 fois minimum sa toile avant de commencer à songer à peindre vraiment, on ne peut plus vraiment parler de catastrophe.

L’exagération

29 septembre 2021l


Nous l’avions évoqué et je l’avais mise de côté soigneusement, cette idée de texte de présentation à proposer au catalogue en même temps que la liste des œuvres avec leurs prix. Cette gêne d’expliquer la peinture à l’écrit comme à l’oral, aussi étonnante que soudaine, me cueille. Cet écueil dans la navigation pas si tranquille vers l’exposition, sans doute en suis-je l’inventeur, pour ne pas dire le responsable. Il me faut des écueils régulièrement pour échapper aux langueurs monotones de l’automne. En été aussi, en toute saison. Sans l’écueil, pas de sensation de danger ni de naufrage, autant dire pas d’aventure. Sans écueil, pas de créativité non plus. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai écrit ce texte. J’ai cru à une tendance masochiste durant ma jeunesse. Mais je crois que c’est plus poétique que ça, c’est dans un lieu situé avant toute psychologie. Et je vois bien qu’un préambule est nécessaire au préambule encore, pour retarder l’instant. L’instant d’évoquer ce voyage intérieur. Une série de leviers que je mets en place souvent inconsciemment pour finalement être prêt dans l’instant à soulever un monde qui ne serait qu’empêchement, ajournements, ennui, gravité ou pesanteur. Sans y penser à cet instant, c’est-à-dire sans barrière. L’essence ne suffit pas, il faut atteindre sans y penser à la quintessence. Celle qui n’appartient à personne et que tout un chacun retrouve dans l’intime. Parfois, justement lorsque j’y pense, je me dis : quelle exigence ! et plus encore lorsque j’y pense : quelle prétention, quelle vanité. Voilà la pensée qui ne pense qu’au risque et au danger et surtout invente mille façons toujours de s’en prémunir. Ça ne sert à rien d’aller contre non plus, de s’opposer. Il faut prendre cette pensée comme elle vient. La sagesse de la peur vaut bien la sagesse du risque, de l’audace au bout du compte. Ce qui est important c’est de ne pas perdre de vue l’unité. À quoi sert de voyager ? sans doute à la même chose que peindre, écrire, danser, rêver, et j’ai beau scruter l’horizon dans toutes les directions, je ne vois pas plus de raison que de destination précise. J’irais plus loin encore, À quoi sert de voyager ? puisqu’à chaque fois que l’on pense atteindre quelque chose, un pays comme un tableau, on n’en finit pas avec l’envie d’aller plus loin. À quoi sert de voyager alors ? peut-être à observer le cheminement du désir, apprendre à le connaître, faire un avec lui comme avec soi-même. Mon grand-père maternel était Estonien et il s’est rendu à Saint-Pétersbourg pour apprendre la peinture, parce qu’à l’époque il n’y avait rien d’aussi prestigieux en Estonie pour étudier l’art. Ce voyage intérieur commence ainsi, avec le départ d’un jeune homme que je n’ai jamais connu depuis son village vers une grande ville étrangère dans laquelle il se sent étranger. Cette sensation d’être étranger, je me suis toujours demandé pourquoi je l’éprouvais autant, étant né en France ? Je n’avais aucune raison valable de l’éprouver de manière si aiguë. Avant même de toucher un pinceau, d’imaginer devenir peintre moi-même, j’avais dans le sang ce legs de l’étrangeté d’être au monde comme un petit provincial découvre une capitale qui le subjugue. Cette étrangeté, ma mère m’en parlait, elle était peintre aussi. Elle avait les yeux gris bleus comme mon grand-père, comme moi-même, ce lien du regard en silence nous unit encore tous au-delà des séparations, des disparitions, un gris bleuté comme un ciel que j’imagine très bien au-dessus des villages d’Estonie. Un gris bleuté de la Baltique avec ça et là quelques lueurs d’orangers issues des profondeurs échappées de l’ambre. L’orange et le bleu que j’utilise souvent dans mes tableaux. L’héritage, c’est cette histoire constituée de bribes que l’on passe un temps infini à mettre bout à bout, des bribes souvent éparses, rien de vraiment ordonné, c’est une navigation aussi pour s’orienter à travers tout cela, pour s’orienter dans quelle direction ? Il y en a tant qu’on serait bien en peine d’en choisir une qui ne s’évanouisse pas soudain, remplacée par une autre tout à coup. Il y a autant de destinations possibles que l’imagination voudra bien en fournir. Peut-on faire confiance à l’imagination ? Parfois oui, parfois non. Parfois elle nous trahit aussi. Mais faut-il lui en vouloir pour autant ? Cette trahison elle-même ne fait-elle pas partie intégrante de ce voyage, de cette navigation ? Les plus célèbres navigateurs partaient autrefois en quête de destinations comme l’Inde et tombaient sur les Amériques. J’ai toujours conservé en mémoire ce genre d’anecdote. Que le but était un moteur de l’action mais qu’il était rarement sa véritable finalité, en tous cas pas de façon droite, directe, mathématique. Il fallait étudier la courbe, l’enseignement inscrit dans son cheminement sinusoïdal, ses méandres, j’allais dire sa féminité. Il fallait aussi étudier l’art de traverser les labyrinthes en lâchant les traités, les conseils, et faire sa propre expérience de l’égarement. Intuitivement je crois que j’ai toujours su qu’il se cachait un savoir perdu dans l’expression "passer du coq à l’âne" aussi bien que dans le jeu de l’oie. Deux cases en avant, quatre en arrière. Comme si cette expression comme ce jeu attiraient parfois l’attention sur la notion d’espace et de temps d’une façon bizarre. En tous cas bizarre pour moi. Lorsque j’étais frappé par cette curiosité, je m’en ouvrais à mes parents, à mes camarades et j’avais en retour des réflexions qui portaient sur le temps que je perdais à penser à ce genre de choses plutôt que de faire mes devoirs ou participer à des jeux collectifs. Passer du coq à l’âne, je n’ai jamais cessé de le faire toute ma vie par curiosité, par obstination, par dépit, et aussi pour voir, comme on dit au poker. Il y a quelque chose de désagréable pour un esprit façonné par la langue française, c’est ce que le Français nomme la sensiblerie. Et qui représente une exagération du sentiment, souvent considérée comme de la fausseté. Cette soi-disant sensiblerie, pour avoir voyagé de par le monde aussi, je l’ai retrouvée à l’état brut, intacte, dans de nombreux pays, cette gentillesse, cette absence de crainte à manifester l’émotion, le sentiment, et souvent dans des pays que nous considérons comme violents, dangereux, pour ne citer que l’Iran ou l’Afghanistan, le Pakistan, violents ou barbares... alors que si l’on connaît un tant soit peu l’histoire, ils furent à la pointe durant longtemps de l’intelligence humaine, en matière de science, de technique, de littérature, d’art. Ce voyage intérieur évoque donc toutes ces pensées, tous ces rêves, toutes ces interrogations traversées dans l’instant de la peinture, dans le mouvement de la peinture, dans le dialogue entre le tableau et le peintre, ce sont à chaque fois des conversations silencieuses, c’est-à-dire qui ne s’appuient ni sur les mots ni sur les pensées pour échanger. Non pas que mes tableaux relatent quoi que ce soit, je crois que c’est l’ensemble de tous ces tableaux qui montrerait l’unité vraiment de mon propos quant à ce voyage intérieur. Ce travail continuera à s’affiner dans sa proposition, certainement à la fois quant à la notion d’espace dans lequel le faire exister et aussi quant à la sélection des œuvres. Le but étant de m’approcher au plus près de la clarté que je perçois à travers lui. Je suis aussi de mon époque, celle où l’attention ne dure qu’un déjeuner de soleil, où l’attention par un phénomène de zapping est attirée de tous côtés. Mon travail évoque ceci également, non pas en pointant du doigt ce phénomène comme néfaste, mais en essayant d’en tirer des leçons, des enseignements. Si l’attention devient vulnérable à ce point, c’est peut-être qu’elle n’est plus si utile qu’on l’avait imaginée utile jusque-là. C’est qu’il faut faire appel à autre chose pour s’orienter dans le monde. Le danger est toujours présent et le sera sans doute toujours en ce qui concerne le détournement d’attention vers un profit. Sans doute parce que la notion de profit et d’attention sont directement reliées. En tant que peintre, mon but ne peut être que le partage de mon travail de peintre, et si je dois parler de profit et d’attention, c’est pour vous attirer vers quelque chose d’intime que nous partageons tous, quelque chose de simple qui serait le plaisir de voyager, de découvrir, le plaisir de vivre, sans trop de tapage, disons-le, une célébration. La peinture, c’est mon pays, pour reprendre la phrase de Gilles Vigneault, ce voyage c’est aussi un voyage dans la peinture par elle-même, si je peux dire, étant donné la nécessité d’absence et d’oubli que j’ai peu à peu découverte afin de disparaître pour la laisser s’exprimer.

Ecrire un texte de présentation pour une exposition

29 septembre 2021


La chose est assez simple à comprendre, tellement simple que tout le monde s’en fout. C’est comme si c’était entendu depuis le départ, comme pas mal de choses que l’on fait ainsi, sans y penser. Et pourtant j’ai beau le répéter, ça rentre par une oreille et ça ressort intact de l’autre. Pas un pli, pas une strie, propre comme un sou neuf, l’information est comme une assiette d’amoureux transis. C’est juste un peu plus froid à l’arrivée. Et à chaque fois je rencontre des yeux ronds et une bouche bée. Tu es sûr ? Tu nous l’avais vraiment dit ? Oh ben je l’ai dit déjà 1 000 fois au moins, comme tout un tas d’autres choses ; il se peut même que sur ces 1 000 fois tu m’aies écouté pratiquement tout le temps. Le problème, c’est que l’information n’a pas dû passer par le cerveau. Si tu as un truc à dire, pense au format dans lequel tu vas le dire. Ça ne sert pas à grand-chose de peindre une tasse à café sur un tableau de 1 m sur 2. Encore que désormais on nous ferait croire que tout est possible, et même pire. Si tu veux provoquer, oui, tu peux. Tu peux faire une fresque sur le mur est de la mairie en ne peignant que des poils de cul vus au microscope si ça te chante. On vit une période où il faut surprendre coûte que coûte et surtout, alors vas-y, ne te gêne pas. Par contre, moi, je reste sur ma position, par respect envers tous ceux qui ont réfléchi un tant soit peu à cette question. Le format est important, je n’en démords pas. Et puis il y a une histoire, on ne peut pas balayer l’histoire d’un revers de manche à sa guise, nom de Dieu ! Imagine un peu le Sacre de Napoléon sur un timbre-poste pour prendre les choses à l’envers... Comment ? Ce serait rigolo ? RIGOLO ???? Et les Nymphéas en pin’s, pardi, hilarant ! Mais bon, je ne dois plus vraiment être dans le vent, t’as raison ; après tout, aujourd’hui, tout est comme ça. On parle de tout et de rien n’importe comment, n’importe où, tout est sans dessus-dessous. Comment ? Je parle comme un vieux réac ? Mais c’est quoi, pour toi, un réac ? Juste quelqu’un qui te rappelle qu’il existe quelques règles de base dans la vie... voilà tout. Le réac, comme tu dis, c’est le dernier bastion avant la foire d’empoigne totale, avant la boucherie générale : le libéralisme 3.0. Le format est une résistance au chaos depuis que l’on trouve des troisièmes voies partout pour tout embrouiller. Et à dessein ! D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder ce que propose cette troisième voie en général : c’est le chaos et pas grand-chose d’autre. Les Tony Blair, les Macron et tous ces petits malins profitant de la confusion généralisée entre fond et forme en politique comme dans l’art contemporain, tu vois où ça nous mène ? Au bordel ! Ce qui ne sert plus à grand-chose vu qu’on a fermé les maisons closes. Ah, ça te fait rire ? T’as raison, esclaffe-toi, rira bien qui rira le dernier !

Le format

1er octobre 2021


Et c’est normal finalement puisque je passe plus de temps à peindre qu’à écrire.

Encore une tentative de discours. ( note pour le vernissage de l’exposition)

4 octobre 2021


Armé jusqu’aux dents avec ça. Presque arrogant. Non, disons-le carrément, tout à fait arrogant ! Une sorte de conquistador de la peinture qui s’imagine décrocher la timbale d’or, puis, nimbé de gloire, gravir les marches d’un hypothétique podium. Et à la première place, je vous prie, quel culot. Vous voulez un nom, j’imagine, vous voulez en savoir plus, évidemment, mais je ne vous lâcherai aucun nom. Parce qu’il est encore jeune, parce que je suis vieux, et bienveillant par-dessus le marché, et que je sais déjà pertinemment que le jour viendra où toute cette outrecuidance — cherchez dans le dictionnaire si vous ne savez pas —, oui, cette outrecuidance, le fera probablement rougir des orteils aux oreilles et connaître enfin la nature du rubicond. Non, je ne parle pas du fleuve, mais j’aurais pu. J’aurais pu dire aussi « alea jacta est » pour prouver mon érudition, mais moi, mes petites dames, mes petits messieurs, je m’en tamponne joyeusement le coquillard de toute cette comédie ; je ne cherche plus depuis belle lurette à terrasser les dragons. Car il s’agit bien de ça. D’un fait d’armes ni plus ni moins, comme quoi la guerre est dans le sang. Que ce soit sur un champ de bataille, dans un plumard, au bureau, à l’usine, et même sur ces stupides vélos d’appartement... il faut toujours dépasser quelque chose, voyez-vous, aller plus loin, vaincre je ne sais quoi... et parvenir ainsi à planter le javelot, le pic, la flèche, l’épée ou la saillie dans cette manifestation du mal, insupportable à tous ceux qui ne regardent ce monde que par le petit bout de la lorgnette, par la lentille extrêmement polie, quoique déformante à souhait, du bien. Le pinceau entre les dents, la toile comme bouclier, vas-y que je te chevauche par monts et par vaux en poussant des cris d’orfraie. Non mais quel grotesque ! Et, voyez-vous, cela m’énervait déjà lorsque j’ai commencé ma carrière, mais je ne disais mot, je la bouclais. Je ne voyais pas pourquoi j’allais, moi, remettre en question l’ambition, moi qui n’en ai jamais eu ; cela aurait été du toupet, n’est-ce pas. J’étais même totalement marri de ne pas en avoir du tout, de l’ambition. Je ne voyais pas à quoi cela pouvait servir pour peindre. Je peignais, j’enseignais, je la bouclais : c’était ma vie. Mais on vieillit, et on sent bien que le tableau ne serait pas tout à fait complet sans quelques éclats de colère bien appliqués et aux bons endroits ! De toute ma vie, j’ai vu beaucoup de personnes s’en aller ainsi la fleur au fusil ou au pinceau pour tuer ce qu’elles nomment des dragons et se gargariser ensuite de l’avoir fait en se reposant sur leurs lauriers. En ce qui me concerne, j’ai toujours dans la poche un sachet de graines, et du gros sel pour les jeunes enfants. Lorsqu’ils me demandent comment tuer le dragon, je leur dis : avant de pouvoir le tuer, il faut l’apprivoiser ; prends donc ces graines et ce gros sel pour en déposer quelques grains sur sa queue quand tu le verras. Un seul, durant ma longue carrière, un seul, m’a posé la question, et voyez-vous, c’est à cause de lui, probablement, que j’ai continué sans me lasser. Mais si on l’apprivoise, comment est-ce qu’on peut avoir envie de le tuer ensuite ? Tout est là, mes petites dames, mes petits messieurs, tout est dans cette question enfantine à laquelle, d’ailleurs, je n’ai jamais daigné répondre, car je déteste les réponses : elles n’ont jamais fait que des idiots imbus d’eux-mêmes, les réponses. Les mêmes exactement, armés jusqu’aux dents avec ça, des arrogants.

Terrasser le dragon

10 octobre 2021


Le moteur est un moteur à combustion tout à fait normal et la voiture, bien qu’ancienne, continue à rouler cahin-caha par tous les temps. Il n’y a, Dieu merci, pas trop d’électronique, et les vitres se baissent et se relèvent manuellement. Mais j’en fais des kilomètres, je ne lésine pas sur les distances. Alors si, un jour, il y a de cela très longtemps, j’ai éprouvé un peu d’angoisse à conduire cette machine, c’était dû à mon manque d’expérience uniquement ! Je venais tout juste de dégotter mon permis dans une obscure caserne et je venais de le faire valider en préfecture. Alors pas étonnant que la première fois que j’ai emprunté le périphérique, je crois que j’ai dû faire un bon litre d’huile avec le grain de chènevis que je m’étais placé mentalement entre les fesses. Mais l’habitude, la régularité, le fait d’avoir à gagner sa vie, peu à peu ont transformé cette angoisse en indifférence. Aujourd’hui je peux tout à fait me rendre d’un point à un autre en faisant tout un tas de choses comme allumer une clope, écouter la radio, me gratter le nez et rêvasser. Parfois j’ai l’impression que je ne sais même pas comment j’ai effectué le trajet. J’arrive soudain à ma destination un peu éberlué, ça me dure dix secondes, le temps de reprendre le cours de mes activités. Donc non, plus d’angoisse vraiment à utiliser la voiture, pas plus qu’à peindre, pas plus qu’à écrire chaque jour mes billevesées. Autant dire que je ne me reconnais pas du tout dans ce personnage baroque, compulsif, que l’on m’attribue parfois. Si j’enchaîne les trajets comme j’enchaîne les tableaux et les textes, c’est parce que je suis mon propre rythme et voilà tout. Je suis encore doté d’une formidable énergie à plus de 60 ans passés et j’en profite. J’en profite mille fois mieux qu’à 20 ans, qu’à 30 ou même à 50... périodes où je m’entravais tout seul avec tout un tas de questions, avec un fatras d’élucubrations sur la vie, les femmes, le boulot, et les calculs compliqués pour décrocher le gros lot au tiercé ou au loto. Non, désormais, rien de tout ça ne me préoccupe outre mesure, à part lorsque je me rends au café du coin pour participer de temps à autre à une conversation. Mais ce n’est pas la même chose, le café du coin, et ce qui se passe dans ma tête lorsque je conduis, lorsque j’enseigne, lorsque je peins. Si vous voulez le fond de ma pensée, je ne pense plus vraiment à rien, je ne prépare plus rien, j’arrive et je fais avec ce que me propose l’instant, et c’est à peu près tout. J’improvise perpétuellement. J’en ai résolument fini avec la compulsion de la même façon qu’avec le syndrome de l’imposteur. Je ne cherche pas à m’adapter au désir des gens, ni même aux miens, je colle à l’instant et ça va très bien comme ça. Et voyez-vous, ce qui est très étrange, c’est qu’en collant à cet instant le plus étroitement que je suis en mesure de coller, d’adhérer, je finis par disparaître dans celui-ci, ce qui signifie en gros que je crève et renais à chaque instant. Autant dire que toute idée farfelue sur ma propre importance apparaît dérisoire. Qu’espérer de mieux que d’être aussi mortel durant toute une éternité ? Eh bien je ne vous le demande pas, ça ne servirait pas à grand-chose. Vous chercheriez des réponses pour éluder la question. Mais non, pas d’angoisse, pas de compulsion, j’en ai bien peur, hélas.

Compulsion

10 octobre 2021


Selon le philosophe Aristote, le bonheur serait un horizon vers lequel nous pourrions nous diriger par l’habitude d’utiliser la raison dans tous nos faits et gestes. Le bonheur serait d’installer l’excellence comme habitude. Mais peut-être que ce terme d’excellence n’a pas la même définition pour Aristote que pour nous, modernes. Lorsqu’on pense à ce terme, on l’associe souvent à un but, alors qu’il n’était probablement, dans le discours du philosophe, qu’un vecteur, une direction à suivre vers cet horizon qu’il nomme le bonheur. Si je transpose cette idée dans la peinture, l’excellence ne peut être sérieusement considérée par l’entremise du chef-d’œuvre. Ce n’est pas la réalisation de chefs-d’œuvre qui me rendra heureux, mais plutôt la dynamique, l’habitude de peindre tout en réfléchissant à ce que peut être la peinture comme chemin. C’est surtout, d’ailleurs, en découvrant progressivement ce qu’elle n’est pas que je puis me détacher du superflu, des entraves et des obstacles que poserait une vision superficielle de celle-ci. Parmi le superflu, le superficiel, je considère l’argent, la gloire, et un excès d’attachement à la reconnaissance. Tout bien considéré, ce n’est pas vendre un tableau, ni découvrir mon nom à l’affiche, pas plus que les louanges, qui me rendent heureux. Ces sensations sont de l’ordre du plaisir et, bien qu’elles me procurent parfois d’agréables sensations, elles ne peuvent être le matériau à partir duquel trouver le bonheur de peindre. Et je crois que l’honnêteté, la sincérité doivent être recherchées constamment lorsque le plaisir se présente ainsi, afin de le prendre simplement pour ce qu’il est, c’est-à-dire ne pas s’en contenter comme d’un but qui enfin serait atteint. Il existe également un égarement dans lequel je suis tombé bien des fois durant ma carrière de peintre : c’est de trop m’attacher à l’insatisfaction, comme si celle-ci était un moteur obligé, incontournable, afin de pouvoir poursuivre le travail. C’est-à-dire que, quel que soit le tableau réalisé, se hâter de s’en défaire par le « ce n’est pas assez » et le « je peux faire encore mieux ». Et ainsi, en quête de ce « mieux » qui ne sera, ontologiquement, jamais assez mieux, poussé par un orgueil, une vanité, opérer à la fois une maltraitance envers soi comme envers la peinture, puisqu’à ce moment je ne la considérerais que comme un médium, un outil que je tenterais de soumettre dans un but vain. Sans doute l’âge joue-t-il un rôle important pour atteindre ce détachement. L’énergie que l’on possède en excès à l’origine et que l’on dépense sans raison véritable à courir après les lièvres et les châteaux en Espagne s’amenuise, et on commence à l’économiser. Pour ma part, il aura fallu que j’attende patiemment la soixantaine pour me débarrasser de nombreuses chimères et pénétrer enfin dans une vision plus claire de la peinture. Ce que représente la notion d’excellence n’est pas un savoir-faire, mais une attitude que je m’efforce de conserver constante sitôt que je me trouve confronté à l’acte de peindre, et ce que ce soit dans la solitude de l’atelier comme dans les ateliers que je dispense à des enfants ou à des adultes. Ce que je tente de faire passer, c’est que la peinture n’est rien d’autre qu’elle-même, ce qui est loin d’être une évidence pour le plus grand nombre tant elle est nimbée d’illusions, de poncifs, de clichés. Plutôt que de s’arrêter trop longtemps sur cette idée d’excellence polluée par toute velléité de but, y compris la volonté de ne pas atteindre un but qui serait l’ultime étape à franchir, sans doute faut-il se concentrer sur l’habitude, l’habitude de peindre. L’habitude de peindre. Il y a de multiples façons d’aborder la notion d’habitude par le biais du plaisir, du devoir, ou même de sa caricature, l’addiction. On peut parler de bonnes ou de mauvaises habitudes suivant le résultat occasionné par la mise en place de celles-ci. Il y a donc, malgré tout, un socle moral sur lequel la vertu aurait un rôle à jouer. Cette vertu, pour autant, est bien plus liée à la raison qu’à un faisceau plus ou moins flou de croyances, de superstitions, en un mot à la magie et à l’irrationnel qui l’accompagnent. Être vertueux, c’est donc en grande partie être raisonnable, agir selon la raison, et ainsi ne pas se laisser emporter par la poussée d’irrationnel, de magie, qui accompagne souvent un certain nombre de clichés sur le personnage du peintre. On ne tient pas la distance en s’appuyant sur la magie, c’est ce que je veux dire. Et encore autrement : s’appuyer sur la magie, c’est jouer avec le feu, et on y laisse beaucoup de souffrance pour rien. Pour rien, c’est-à-dire que l’on rate le but d’être tout simplement, et d’être heureux accessoirement. La magie, ce que l’on appelle communément l’inspiration, est une fausse piste car elle fait briguer un résultat qui est de l’ordre de l’avoir et non de l’être. C’est en forgeant que l’on devient forgeron, dit l’adage populaire, et c’est en peignant que l’on devient peintre. Cependant, constamment, je crois qu’il faut réexaminer son pourquoi. Et tant que celui-ci est orienté vers l’obtention de quelque chose qui n’est pas la connaissance de la peinture, il faut avoir le courage de s’en détacher. L’exigence du simple. La seule exigence, c’est celle qui est utile à maintenir actif en soi le cheminement vers la simplicité. Nous sommes tellement compliqués la plupart du temps par paresse. Et on dit alors : c’est plus fort que moi, je ne sais pas où je vais, parce qu’on imagine toujours une multitude de possibles comme une multitude de plaisirs à venir. En fin de compte, il y a bien plus d’illusions que de réalité dans cette course folle qui voudrait élucider tous les mystères. On appelle souvent ce qui est compliqué un mystère parce que cela nous dédouane de se donner la peine d’examiner la raison de notre attirance vers le compliqué. Nous avons de nous-mêmes une telle idée d’importance que celle-ci, pour se dilater plus encore, s’appuie sur la notion de mystère. Grâce à ce mystère, nous pensons avoir trouvé l’embarcation qui nous poussera enfin vers l’infini. Cet infini qui, évidemment, répondra à toutes nos questions. C’est l’infini le problème, c’est notre attirance vers celui-ci pour fuir le présent le problème. Mais si l’on se tient à l’instant, il n’y a plus de problème. Il suffit de prendre une feuille, une toile, de la couleur, un pinceau, et de peindre dans l’instant ce que nous sommes dans cet instant. N’est-ce pas simple ? La paresse vient de ce que produit le confort en tant qu’illusion. La complication a besoin de confort pour se reposer d’elle-même. Le simple, principe actif, n’a pas besoin de se reposer : il est toujours en action jusque dans notre sommeil. Parvenir à observer ces deux forces, le compliqué et le simple, comme des vecteurs qui créent une dialectique, une conversation qui, au bout du compte, laisse place au silence, demande du temps. Souvent une vie. L’exigence du simple est donc en grande partie liée aussi à l’oreille, à la justesse du silence que l’on finit peu à peu par reconnaître comme sien, comme nôtre, et dont atteste, par simple réfection, la peinture. S’éloigner du spectacle. Il faut faire un effort considérable afin de se lever et faire quelques pas pour s’éloigner du tableau, prendre du recul pour s’éloigner du spectacle. On peut le faire par fatigue, par dégoût, par amertume ; on peut tenter de se lever et de s’éloigner ainsi de nombreuses fois, et à chaque fois le regard que l’on portera sur le tableau, sur la peinture, sera teinté par ces efforts. Mais pour voir vraiment le tableau au-delà du spectacle, c’est évidemment autre chose. C’est la notion de valeur qu’il faut étudier à la fois sur la toile et en soi-même. Il s’agit d’une valeur qui n’a rien à voir avec l’idée de marchandise. Il n’est pas simple de s’éloigner du spectacle tant celui-ci a tout envahi, qu’il est devenu une modalité de relation aux autres et envers soi. Mais si on revient à ce qu’est la peinture pour de vrai… ce n’est rien d’autre que des pigments mélangés avec de l’eau ou d’autres médiums, et que l’on dépose sur du papier, de la toile ou des murs. Le spectacle est tout ce que l’on ajoute à cela, la plupart du temps. S’éloigner du spectacle est donc, en premier lieu, une prise de conscience du spectacle, puis s’orienter ensuite vers cet horizon du simple et du bonheur de peindre comme d’être. C’est s’orienter comme l’aiguille d’une boussole vers le pôle d’une excellence qui n’est constituée que par l’instant et le recommencement de la peinture dans cet instant. C’est découvrir peu à peu une excellence de l’habitude, puis une excellence comme habitude.

L’excellence comme habitude

15 octobre 2021


À cheval sur un boulet de canon, le baron de Münchhausen fend les airs en agrippant son couvre-chef. C’est cette image qui me revient tout à coup en lisant un commentaire sur un réseau social à propos des buts et intentions en peinture. C’est-à-dire que sans but, sans intention, le peintre qui ne se fierait qu’au hasard se retrouverait, je cite, « gros Jean comme devant ». Et que, pour donner ensuite un titre à son œuvre, il devrait se creuser les méninges après coup d’une façon pathétique. Un joli coup d’épée dans l’eau, selon les avis compétents en la matière. J’ai aussi cru à cela. Je veux dire à cette histoire de préméditation, de but, d’intention en peinture. Et c’est bien normal d’y croire, n’est-ce pas, quand on vous l’assène depuis les bancs de l’école. Il ferait beau que l’on se mette à peindre pour rien, et pourquoi pas avec un bandeau sur les yeux pendant que nous y sommes ? Oui, d’accord, je veux bien écouter tous les arguments en faveur de l’esquisse, de l’ébauche, du but et du labeur pour atteindre à cette récompense, mais tout de même, beaucoup se cassent la figure en route ; doit-on alors établir encore la même sempiternelle hiérarchie entre ceux qui, doués d’habileté, y parviennent tandis que les autres échouent ? Ne serait-ce que cela, la peinture ? Une sorte de marathon avec des médailles à l’arrivée ? Dans une grande partie, oui, d’après mes dernières observations. C’est pourquoi il existe des salons, et des prix sans oublier les accessits. C’est sans doute aussi pour perpétrer une idée d’excellence qui flattera la vanité de certains tandis qu’elle excitera la jalousie des autres, ou leur admiration. Autant dire que tout tourne en rond autour de l’égo, comme toujours. Il faut des maîtres comme il faut des cancres. Entre les deux, l’immense cohorte de ceux qui voudraient bien mais ne peuvent point. Ce qui m’amène tout droit à la raison de cet article : la déception en peinture. En ce qui me concerne, la déception aura été pour moi l’une de mes plus fascinantes maîtresses. Elle m’a rabattu le caquet tant de fois que je n’ai pas assez de doigts aux mains et aux pieds pour les compter. Ce n’est pas que je sois masochiste, non, mais j’ai été jeune longtemps et du caquet je n’en ai pas manqué, à un point tel qu’il devait finir par m’encombrer. Sans la déception, je crois que je continuerais encore à pérorer de façon fatigante tout en m’exerçant comme un artiste de cirque à répéter en vue d’un spectacle, d’une performance. Heureusement que l’entropie n’est pas faite pour les cochons. L’entropie et la déception m’auront rendu poli, à la fin. Tous mes espoirs se seront érodés par la force des choses, car bien sûr ils étaient vains. Ils étaient vains dès l’origine, dès que j’ai suivi tous les « on dit » sur l’art et la peinture en particulier. Mais comment faire autrement ? On croit qu’il suffit d’avoir une idée et ensuite de prendre un pinceau pour la concrétiser, et puis on s’engage dans le travail avec une foi que l’on ne remet pas en question jusqu’au premier accident qui nous réveille. Ainsi toutes ces heures à dessiner du modèle vivant, à extirper des corps depuis le blanc du papier ou l’ocre du kraft en vue d’une belle peinture de nu qui satisfera cette ambition d’excellence, puis qui nous laissera, au bout du compte, un je-ne-sais-quoi de bizarre à l’âme. Le tableau est là, magnifique comme il se doit, les lignes sont parfaites, la composition équilibrée, les couleurs et les valeurs se répondent comme au concert, et pourtant quelque chose manque et on ne parvient pas à poser le doigt dessus. On se perd alors en supputations, on se questionne, on doute. Finalement, on découvre que l’œuvre n’est pas originale, qu’elle n’ajoute rien à la multitude existante de tous les nus déjà vus ; bref, on se retrouve face à quelque chose de l’ordre du banal, du cliché, même si c’est très bien exécuté. Et le choc est d’autant plus brutal que c’est très bien exécuté. Comment réagir alors à cette déception sinon d’une façon banale également ? C’est-à-dire par la tristesse, la colère, l’anéantissement. Parfois on s’en prend même au tableau en le déchirant et en le flanquant à la poubelle. Pour la plupart des spectateurs hypothétiques, c’est incompréhensible. C’est porter l’exigence à un point trop élevé, exagéré, c’est extrêmement orgueilleux. Comment quelqu’un doué d’un tel talent dans l’art de la représentation peut-il s’égarer à ce point, vouloir encore, et en plus péter plus haut que son cul ? C’est que le public, sauf mon respect, n’y connaît pas grand-chose en peinture, à de très rares exceptions rencontrées. Le public est vite ébloui et contenté, d’une façon superficielle. Il n’est touché que par une surface proche de celle des miroirs et sur laquelle, tant qu’il se reconnaît, tout va. Tant qu’il reconnaît aussi le cliché que représente l’art tel qu’on lui a présenté depuis belle lurette. Un artiste qui ne se soucierait que de l’avis du public pour s’orienter dans son travail ne se concentrerait que sur son besoin de reconnaissance, mais pas sur ce qui le motive en profondeur, je veux dire trouver et améliorer sa propre expression. Et en cela un artiste qui « réussirait » devrait donc se méfier encore plus de ce que l’on appelle communément la réussite, sous peine de n’avoir plus qu’à se répéter inlassablement pour entretenir celle-ci. Ce qui d’ailleurs, au bout du compte, est un faux calcul : la répétition lasse tôt ou tard, car les goûts du public fluctuent comme les modes, avec les modes. Ce dont il est question ici, c’est d’un art d’encaisser les déceptions d’où qu’elles viennent, de l’échec comme de la réussite. Ce dont il est question, c’est d’envisager la déception comme un moteur dont l’énergie ne coûte qu’un peu de sincérité envers soi-même. Être à l’écoute de nos déceptions pour comprendre la vanité de nos espérances. Et ainsi faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. J’évoquais hier ou avant-hier l’importance de l’envie ; celle de la sincérité est tout aussi importante. Encore qu’il faille prendre ce mot avec des pincettes désormais car il est utilisé à toutes les sauces. Être sincère, authentique, est devenu un slogan. Ce n’est évidemment pas d’une sincérité qui se brandit, se fanfaronne, dont je veux parler. C’est cette petite voix au fond de chacun de nous qui nous murmure à chaque fois « oui » ou « non » et que nous perdons, tant le fatras du jugement, des prétentions de toutes sortes, fait du bruit. Ce oui ou ce non ne sont pas de l’ordre du jugement ; ils témoignent plus d’une distance à laquelle je me trouve par rapport à la note juste. Ce oui ou ce non ne s’appuient pas non plus sur l’espoir de parvenir à quoi que ce soit, et lorsque je les écoute je dois sauter par-dessus toutes les déceptions faciles, les déceptions premières que m’offre sans relâche mon jugement. Car le jugement, pour avoir tant de fois tenté de m’en débarrasser, ne s’évanouit jamais totalement. Il faut apprendre à faire avec. Il faut apprendre à faire avec la déception, mais aussi avec tous les espoirs qui proviennent de cette même et unique source. Sans brutalité, comme on s’adresse à des enfants tout en les écoutant attentivement. Et là, on parvient à écouter ce oui et ce non comme une musique posée sur le silence et dont on peut saisir chaque note et tout l’ensemble en même temps. Cette déception quant à l’intention et aux mille buts en peinture m’a entraîné vers le hasard, dans le sens où ce dernier ne propose aucune idée d’avance, mais propose d’apprendre à pénétrer tout entier dans l’instant de peindre. Cette déception m’a appris combien la pensée peut être difficile à dépasser, comme les jugements, mais que la liberté pouvait se situer au-delà de toutes ces difficultés. Encore un mot dont il faut aussi se méfier que ce terme de liberté. Ce n’est pas tant d’une liberté personnelle qu’il faut parler que de ne pas opposer d’entrave au flux de la peinture qui se dépose sur la toile. C’est juste de cette liberté de la peinture, mal comprise si elle ne représente qu’elle-même, dont je voulais parler. Ce n’est pas une liberté qui a pour vocation d’élever le peintre, de le faire léviter. Tout au contraire, c’est une liberté qui l’aide à disparaître en tant que singleton. Et en disparaissant en tant que simple point dans l’univers, il finit par s’y confondre tout entier, et c’est de cette totalité que la peinture peut jaillir libre et s’exprimer.

Petite étude de la déception en peinture.

19 octobre 2021


La solitude des comètes qui traversent l’infini. Elles vont et viennent attachées à leurs trajectoires cycliques ; la prochaine sera visible aux environs de juillet-août 2126 en France et a été baptisée 109P/Swift-Tuttle. Les comètes sont constituées de glace, paraît-il. Peut-être que toute l’eau de notre planète provient d’une collision avec l’une de ces voyageuses au long cours qui, un jour, aura décidé de nous heurter pour terminer son voyage en beauté. Il y a de cela quelques mois, j’avais éprouvé une nécessité de géométrie. Je m’étais mis à peindre de façon appliquée de petites formes que j’avais auparavant soigneusement dessinées. Je cherche la relation de ce fait, ce besoin soudain de géométrie qui s’était relié à la civilisation chaldéenne, et notamment à la déesse Ishtar, et cette histoire de comète. Le lien est probablement la structure de l’eau, les formes que peuvent emprunter ses molécules suivant les territoires qu’elles traversent. Je n’allais pas très bien à l’époque où j’ai réalisé cette série de toiles géométriques, et il me semblait qu’elles m’aideraient à me sentir mieux, ne me demandez pas pourquoi ni comment. D’après des études scientifiques, il est possible de structurer les molécules d’eau. Elles peuvent ainsi devenir de magnifiques formes géométriques si on se trouve dans un état de gratitude, un sentiment d’amour, si on met du Mozart ou des chants grégoriens dans leur environnement. À l’inverse, elles deviennent difformes lorsqu’elles sont en présence de la douleur, de la fausseté, de la violence et de la musique métal. Sans doute la nature profonde des comètes se modifie-t-elle également suivant les galaxies qu’elles traversent, les peuples qui les habitent. Du reste, ne sont-elles pas considérées soit comme des signes néfastes, soit comme des signes bénéfiques dans les archives de l’humanité ? Sans doute qu’une observation attentive des situations géopolitiques et de leurs relations avec la structure des molécules d’eau nous permettrait de faire un grand pas vers l’harmonie possible de la planète. Sans doute pourrait-on même commencer par faire attention à ce que l’on pense, éprouve et dit devant un simple verre d’eau dont le contenu rejoindra nos propres cellules et les impactera. On commence tout juste à comprendre une toute petite partie de la réalité constituée d’ondes, de fréquences, de vibrations. Et évidemment, même dans ce domaine nouveau, le risque de complot qui a désormais tout envahi est grand. D’après certaines sources plus ou moins fiables sur Internet, il y aurait même une censure concernant certaines œuvres musicales, car elles auraient le pouvoir d’harmoniser trop bien les humeurs. Notamment un cantique dédié à saint Jean-Baptiste, qui, on s’en souviendra, est connu pour baptiser par l’eau. L’eau est un élément étrange, c’est le seul qui peut passer par trois états différents : liquide, gazeux et solide. Et, tout modernes que nous pensions être, nous n’en savons pas beaucoup à son sujet. Cela devrait forcer notre modestie. Un sage a dit que l’on commençait à devenir sage lorsqu’on découvrait l’étendue de notre propre ignorance, je ne peux qu’être d’accord avec cette réflexion. C’est à partir du constat de cette ignorance que l’on peut vraiment se mettre à étudier, vraiment, et non pas répéter bêtement ce que l’on croit savoir pour l’avoir lu ou entendu ; c’est en l’expérimentant pour soi-même surtout. La seule certitude que je peux avoir, c’est que je ne sais rien. Je crois que cela m’est venu progressivement, comme des voiles qui se déchirent. Alors, bien sûr, je peux parfois paraître un peu bizarre pour un certain nombre de personnes qui, elles, semblent savoir ce qui est vrai et faux, des personnes « normales ». Mais je préfère, de mon côté, rester accroché à mon constat d’ignorance, et ce, aussi bien dans ma vie de tous les jours qu’en peinture, par exemple. Une ignorance fondamentale, si je peux dire. Sitôt que l’on croit savoir quelque chose, une porte se referme dans notre esprit et ça commence à sentir le renfermé. Le mieux que j’ai trouvé, c’est de laisser toutes les portes ouvertes pour aérer continuellement la pièce. Du coup, oui, je crois que les comètes ont un rôle important à jouer dans l’équilibre de l’univers ; je crois qu’il serait bon que je me remette à écouter des chants grégoriens, et à éprouver de la gratitude lorsque j’ouvre le robinet pour boire un simple verre d’eau. Je crois aussi à la possibilité de penser tout le contraire demain et ce n’est pas bien grave. Je ne peux rien commander d’avance, je ne peux qu’autoriser l’instant à être ce qu’il est et m’enlever le plus souvent du chemin, car c’est souvent moi l’obstacle.

Comètes

20 octobre 2021


Toujours sur la route, je tombe sur cette émission de la chaîne de Damien Maya sur la vacuité, notion qui m’intéresse depuis belle lurette mais pour des raisons différentes tout au long de ma vie. Car que sait-on de la vacuité à 15 ans, à 30 ans, à 60 ans ou encore à 75 ans ? C’est une évidence qu’on interprétera ce mot chaque fois suivant notre propre expérience de la vie à chacune de ces étapes. J’ai lu beaucoup de livres sur le bouddhisme zen à l’âge de 20 ans car j’avais la sensation d’y découvrir des clefs importantes pour me sentir bien. J’avais l’impression qu’ils n’avaient été écrits que pour moi tant je pouvais m’y retrouver. Vers la quarantaine, j’ai renoncé à toute littérature philosophique ou religieuse. J’avais compris confusément que je ne cherchais qu’à me rassurer perpétuellement sur ma propre finitude. Et me rassurer me paraissait vain à cette époque, j’avais le sentiment d’une faiblesse qui ne provenait que de mon égoïsme forcené. J’ai donc navigué entre 40 ans et aujourd’hui en subissant la vie de plein fouet, si je puis dire, c’est-à-dire sans placebo, sans filet, sans filtre. Il n’y avait plus rien qui pouvait vraiment me rassurer, me réconforter, m’émerveiller ou me navrer que chaque instant que je traversais alors avec les moyens du bord. Je voulais juste être honnête avec qui j’étais vraiment, ce qui ne m’empêchait nullement de mentir, de tricher avec les autres car je comprenais leur nécessité de croire en quelque chose, que ce soit l’amour, Dieu, les extraterrestres, j’en passe et des meilleurs. Je m’imaginais encore comme une sorte de guerrier, un survivant de nombreuses guerres qui avait traversé un bon nombre d’illusions. Quelque part, j’étais encore mué par l’orgueil de vouloir savoir plus ou mieux que quiconque quelque chose d’important, on peut appeler ça la vie. Oui, je voulais devenir une sorte de sage qui connaissait la vie. N’est-ce pas totalement absurde ? Et pourtant, à bien regarder tout cela désormais, c’était bien cela mon but. J’avais une très haute importance de moi-même et je ne m’en rendais pas compte, et cette importance exagérée faussait ma vision sans relâche, quoi que je puisse penser ou faire. C’est en travaillant sur cette idée d’importance que j’ai retrouvé la notion de vacuité. Aussi n’est-ce pas étonnant qu’elle m’accompagne sur le chemin qui me mène à mes ateliers de peinture. J’ai écouté Thich Nhat Hanh et, en l’écoutant, une grande partie de mes anciennes croyances, de mes vieilles illusions se sont mises à défiler comme les champs de chaque côté de mon véhicule, comme les bourgs que je traversais. Je ne sais toujours pas ce qu’est la vacuité à la fin de la vidéo. Je ne le sais toujours pas, volontairement je veux dire. Parce que, quelle que soit la définition que je voudrais lui donner, je sais d’avance qu’elle sera erronée, que ce ne sera que ma propre interprétation de ce mot, encore une fois créée par une idée d’importance. Perdre de l’importance et se concentrer sur ce que j’ai simplement à faire, c’est-à-dire être heureux d’être en vie et de pouvoir partager ma passion pour la peinture et le dessin avec de jeunes enfants ou des adultes, n’est-ce pas tout ce que j’ai à faire véritablement ? Même le fait de peindre seul, de réaliser des tableaux, de me dire « je suis artiste » me paraît vain à côté de cet échange. La vacuité, c’est peut-être une piste : elle est liée à la prise de conscience de l’interdépendance. Il s’agit alors de trouver ce que l’on peut partager de mieux avec les autres, se concentrer là-dessus et oublier tout le reste.

La vacuité

22 octobre 2021


Puisque je suis peintre, que le dessin et la peinture occupent la majeure partie de mes pensées, j’utilise souvent ce que j’arrive à comprendre de mes expériences en ces domaines pour m’aider à me représenter le monde. Si j’utilisais d’autres lunettes, j’en ai fait l’expérience à mes dépens, je ne verrais pas grand-chose de celui-ci. Je buvais tranquillement mon café en tentant de mettre un peu d’ordre dans les priorités de la journée, en ne sachant toujours pas, à plus de 60 ans, comment les ordonner correctement, lorsque l’idée de perspective surgit soudain de façon totalement impromptue. Je me suis demandé si cette idée que je maîtrise assez bien dans ma pratique, sans trop me vanter, ne pourrait pas m’aider à mettre un peu de logique dans l’établissement des priorités. Il faut en général installer trois plans pour percevoir une perspective, une profondeur. Le premier plan est ce qui se trouve le plus proche de l’observateur ; il se caractérise par un contraste fort et une visibilité nette des détails. Le second n’est pas dénué de contraste, mais les valeurs se rapprochent peu à peu, créant ainsi moins de différence de contraste. Quant au troisième, il se caractérise souvent par son aspect flou, sans contour, et les valeurs se confondent et s’épousent gentiment dans ce que l’on peut appeler « le lointain ». Ce qui serait le plus proche, le plus contrasté et le plus précis, ce sont les mille et une obligations auxquelles nous devons faire face, souvent dans l’urgence. Ainsi, par exemple, payer la facture d’eau dont la date limite se rapproche dangereusement, surveiller les comptes bancaires pour ne pas atteindre les quinze jours fatidiques de découvert qui déclencheront la ponction d’agios, aller faire les courses pour pouvoir remplir le frigo lorsque celui-ci se trouve vide, prendre une douche, se brosser les dents, changer de caleçon et de chaussettes. Puis, une fois que tout est fait, préparer la journée à l’atelier, le balayer, le ranger, prévoir les différents cours, réviser les notes, vider les pots d’eau pour les rincer et les remplir à nouveau, afin de recevoir les élèves dans les meilleures conditions. Penser ensuite à des projets que je place sur le plan moyen. Les expositions auxquelles j’ai promis de participer, les différentes commandes en cours, les thèmes personnels, les séries que je me commande à moi seul, noter aussi sur mon carnet de racheter du gesso, du noir de bougie, du rouge écarlate sitôt que j’aurai le temps de me rendre au magasin lyonnais où je me fournis. Le plan moyen se situe en gros dans la proportion d’un trimestre. Puis viennent les rêveries dans lesquelles l’imaginaire et la réalité se confondent souvent. Ce sont les projets abracadabrants que je conserve au fond de moi depuis l’enfance, comme par exemple me rendre aux Galápagos, en Australie ou encore au Groenland ; participer à un salon international propulsé par une galerie de renom ; rencontrer Monica Bellucci ; gagner le gros lot au loto ; publier un roman non encore écrit ; faire du sport pour pouvoir à nouveau grimper aux arbres ; terminer un jour tous les travaux de la maison ; mourir en plein sommeil sans me rendre compte de rien ; être enfin un héros qui sauve une ou deux vies, notamment et de préférence celle de Monica Bellucci tant qu’à faire. Dans le fond, j’en ris tout seul bêtement. La vérité, quand je pense à la perspective, c’est que c’est à peu près le même bordel que dans la tentative de mise en place des priorités de cette journée. Il y a quelque chose de fractal qui ne cesse de se développer, une graine de désordre ontologique, si je peux dire, qui se duplique comme un virus de plan en plan. Une sorte de cancer. J’y pense beaucoup en ce moment en raison de toutes ces cigarettes que je ne cesse d’allumer les unes après les autres. En ce moment, je les éteins à mi-chemin. Sans doute un paradoxe encore entre cette idée de créer, de vivre, de peindre, et tout ce qu’il faut déblayer chaque jour comme de la merde pour pouvoir ouvrir la porte de l’atelier le cœur léger, l’esprit alerte, en sifflotant pour me rendre jusqu’au chevalet. Juste une perspective brumeuse entre la vie et la mort qui ne cesse de modifier tous les plans, les miens comme ceux de nombreux autres, peut-être aussi ceux de Monica Bellucci elle-même, va savoir. Du coup, j’ai tout laissé en plan comme d’habitude et je me suis mis à dessiner sans réfléchir sur ma tablette.

Perspective

29 octobre 2021


Il suffit que je me dise : me voici en vacances pour que, tout à coup, tout se déglingue. C’est, avec l’expérience, l’une des raisons pour lesquelles je maintiens mes cours, en général, la première semaine. Soit je tombe malade, soit je déprime. Le plus souvent les deux ensemble. J’ai beau chercher à me souvenir, il faut que je remonte vraiment très loin pour ne pas retrouver le même processus. Et lorsque, tout à coup, je me retrouve face à la vacance, sept jours où je suis totalement libre de faire ou de ne rien faire, patatra, je vois les jours filer, tétanisé, sans rien foutre. À peine quelques dessins sur la tablette et quelques textes, le tout extrait au forceps. Il y a cette sorte d’empêchement magistral qui, sitôt qu’il trouve une faille, envahit tout. Une sorte d’« à quoi bon » qui provient à la fois de l’excès et du manque de confiance. Confiance en quoi, je n’en sais rien. Dans la vie en général, probablement. Je veux dire que c’est une lutte permanente, hors des périodes de vacance justement, pour trouver un sens à tout cela, sachant pertinemment qu’il s’agit d’une fiction, n’en démordant que lorsque soudain le désœuvrement me rattrape. Et dès que la mâchoire se desserre s’engouffre toute la grisaille du monde comme une entité maligne qui n’attendrait que ce moment propice, celui du repos, de l’inattention. C’est au bord d’être surnaturel. C’est-à-dire que tout ce que j’ai pu apprendre, conquérir pour m’assurer une quelconque solidité s’effrite d’un seul coup sitôt que la vacance surgit. Ce genre de vacance, surtout, où le seul projet que je ne cesse de formuler est de profiter des vacances pour peindre, pour remettre un peu d’ordre dans l’atelier, dans mes textes. Quelque chose de l’ordre de la malignité déjoue tranquillement tout ça sans que je ne puisse broncher. En vrai, je crois que je donne carte blanche à cette stupeur qui m’envahit tranquillement. C’est quasi imperceptible au début, sauf le léger vertige qui s’empare de moi au premier jour, et ça se termine en se cognant la tête contre les murs. Ce n’est sans doute rien d’autre qu’une mise en scène, une pièce de théâtre intime qui profite de l’opportunité pour se rejouer sitôt qu’elle peut et avec mon accord, évidemment. Car en même temps, je suis tout à la fois l’acteur, le metteur en scène et mon seul public. Mon épouse, qui est loin d’être bête, ne me dit plus rien lorsque cela se produit. Elle reste dans les rails de son emploi du temps et nous nous retrouvons à certains moments clés de la journée sans qu’elle ne me demande quoi que ce soit sur ce que je fais. Elle a dû finir par saisir l’importance que je confère à l’empêchement comme substance vitale. Par contre, ajoute-t-elle, cet été nous allons en Grèce, c’est prévu, et nous irons voir les Météores et tous les lieux que tu as prévu d’aller voir, tu t’en souviens. Elle me le rappelle régulièrement pour pas que je l’oublie. Et en y pensant je peux me projeter vers l’été, me dire le bleu et les blancs de ces vacances à venir. Celles-ci ne m’inquiètent pas, étonnamment, je n’y prévois aucun empêchement.

L’empêchement

6 novembre 2021


Lorsque j’ai vraiment commencé à peindre, je ne parle pas des années de formation, mais de cet instant où justement j’ai accepté de ne rien savoir pour déposer mes premières taches sur le papier et sur la toile, j’ai senti quelque chose s’emparer de mon crayon, de mes pinceaux et que j’ai presque aussitôt mis de coté tant cette chose m’effrayait.

Il ferait beau voir que je me targue de peindre, en public et en plein jour, à l’écoute de voix qui me dicteraient tel rouge ou tel jaune, qui s’empareraient de mes mains pour tenir le pinceau et lui faire dessiner et peindre des œuvres directement issues de l’Au-delà.

La peinture "médianimique"(notes sur l’art brut)

7 novembre 2021


Je ressors ce mot dont je ne me suis pas servi depuis belle lurette : l’esbrouffe, qui provient de l’argot ou du patois et qui implique une certaine force, a contrario de l’entourloupette qui, elle, nécessite un brin d’intelligence minimum. Le vol à l’esbrouffe était bien connu, surtout chez les Allemands (voir Macé dans la chanson de Vidocq, si vous voulez des références plus précises). Faire de l’esbrouffe, c’est aussi faire du tapage, pendant qu’un complice vide les poches des victimes dont l’attention est ainsi détournée. Ce n’est pas bien honnête. Mais comme je ne sais pas ce qu’est l’honnêteté, je suppute que j’ai utilisé l’esbrouffe beaucoup à la seule fin, non pas de détrousser qui que ce soit, mais plutôt d’en avoir le cœur net. Parce qu’il y a l’honnêteté partagée par le plus grand nombre et puis celle que l’on se doit à soi-même. Et comme j’étais débiteur vis-à-vis de cette dernière depuis des lustres (ce qui, dans mon esprit, dépasse probablement belle lurette), ce n’est pas un hasard si le mot esbrouffe a surgi du bol de café noir pour me pénétrer dans les narines sous forme de vapeur. J’ai toujours pratiqué l’esbrouffe comme un exercice physique, la marche à pied ou l’épluchage de légumes. Disons que c’est un legs, un héritage, je n’ai absolument rien inventé : tout était là déjà bien avant que je ne pousse mon premier vagissement. Dans ce qu’il me reste de mémoire, mon grand-père paternel, un fort des Halles, faisait de l’esbrouffe pour un oui pour un non, ce sur quoi il était immédiatement suivi par son épouse, ma grand-mère, qui ne lésinait pas sur la précision des mots pour qu’ils soient les plus percutants possibles ; et enfin, mon père a tout récupéré pour me le resservir à toutes les sauces, en mettant, si je peux dire, plus que la main à la pâte. Ce qui est bizarre dans une famille de bouchers. Enfin voilà, mon tour, un jour, est arrivé d’empoigner tout ce fatras et, comme j’étais jeune, sans le moindre discernement, j’ai cru que ça m’appartenait, que tout ne venait que de moi, que j’étais l’esbrouffe incarnée, si l’on veut. Ça m’est presque complètement passé depuis le temps, bien sûr. Mais une ou deux fois par an, j’ai des rechutes. Comme si je ne voulais pas lâcher tout à fait prise. Comme si j’allais me retrouver parfaitement seul d’un coup, et totalement à poil, sans m’appuyer sur cette capacité à pratiquer le coup d’État, la provoque, l’outrance. Pour me soigner, parce que c’est une maladie aussi insidieuse que celles appelées vénériennes — parfois, on ne peut mesurer les conséquences des débordements que longtemps après, une fois que c’est trop tard généralement —, j’essaie d’écrire ou de peindre. Ça me calme beaucoup pendant que je le fais. Après, évidemment, je ne devrais sans doute pas montrer tout ce que je produis ainsi : ça risque de choquer pas mal de gens, les proches surtout, ou encore certains employeurs curieux, ou encore des ex à qui je ne donne jamais de nouvelles. Mais bon, comme il y a de fortes chances que ces gens, en général, ne sachent pas plus qui je suis que moi-même, quelle importance. Bien au contraire, toutes les observations, les critiques, les plaintes ne me serviront qu’à mieux cerner peut-être l’esbrouffe générale ; ce qui, par les temps qui courent, n’est pas rien.

L’esbrouffe

26 novembre 2021


Suite à un commentaire de la part d’un lecteur concernant l’absence de ponctuation dans la plupart de mes textes, je me suis mis à réfléchir, sans doute parce que j’ai botté en touche un peu trop facilement à mon goût. Et encore, je me suis retenu. J’aurais pu aller faire quelques recherches sur Google afin de retracer le plus brièvement possible une « histoire de la ponctuation » au travers des âges, ce qui m’aurait permis en premier lieu de conforter une bonne fois pour toutes les intuitions qui m’auront traversé depuis les classes maternelles et primaires sans que jamais je n’ose m’exprimer sur celles-ci. Car ayant l’oreille fine et passant la plupart de mon temps à écouter tous les bruits de la nature, ou de l’être, se confondant en une seule et même entité, j’ai remarqué que celle-ci ne s’octroie jamais la moindre pause. Dans le fond, la mélodie continue imperturbablement à se jouer, même si, de temps à autre, l’ouïe du commun des mortels puisse s’imaginer qu’elle disparaît. Comme en toute chose que nos sens nous représentent, il y a toujours deux aspects au moins que l’on pourrait nommer le visible et l’invisible. Or la pause, comme le blanc ou le vide entre deux choses distinctes, ne m’a toujours paru n’être qu’apparence et artifice. J’imagine qu’au tout début de l’écriture, étant donné que les supports étaient précieux, pour des besoins d’économie ou d’écologie déjà, l’écrivain évitait de laisser du blanc entre les mots et ne ponctuait pas. D’ailleurs, le mot en lui-même n’est qu’un vestige de ces temps oubliés où chaque lettre se relie à l’autre pour évoquer un son compréhensible distinctif, reconnaissable. Comme si connaître ne suffisait pas. Je crois que si je me penchais sérieusement sur la langue hébraïque et que j’analysais avec force d’exemples, issus comme il se doit de sources sûres, nul doute que je découvrirais que les mots de celle-ci contiennent des voyelles cachées que le lecteur doit deviner suivant le contexte dans lequel chaque mot est placé. Chez les Grecs anciens, je vous fiche mon billet qu’on serait stupéfait de découvrir, sur les manuscrits originaux, une continuité de lettres toutes reliées les unes aux autres et dont il faudrait faire un effort pour distinguer chaque mot. C’est pour des besoins oraux, pour se narrer les histoires les plus fameuses, que les conteurs, copains comme cochons avec les copistes, dont les plus joyeux drilles furent probablement gaéliques ou irlandais, ont éprouvé le besoin de placer du blanc entre les mots, entre les idées, entre les sensations et les émotions. Pour les mêmes raisons triviales la plupart du temps : accroître la durée de la narration afin que les péquins aient la sensation nette d’en avoir pour leurs écus. Donc, durant une grande partie de son histoire, avant cela, l’humanité en général ne se souciait que peu ou pas du tout de la ponctuation, et j’imagine qu’elle ne s’en portait pas plus mal qu’aujourd’hui. Cette observation n’est rien à côté d’un paradoxe que l’on peut apercevoir au Moyen Âge concernant l’évolution de la ponctuation au regard de la pauvreté de la production littéraire de cette époque. Comme si on avait voulu étirer les caractères pour remplir les parchemins ; la fabrication du papier étant désormais à peu près maîtrisée, on se retrouvait avec des stocks, du surplus qu’il fallait bien écouler. Peu de production et beaucoup de parchemins : voilà une raison aussi valable qu’une autre pour inventer les règles de la ponctuation. Une autre raison sans doute plus sérieuse et plus dangereuse était que le sens soit partagé par le plus grand nombre, de façon à ne laisser que peu de doutes, notamment en matière d’écrits religieux. Imaginez, il aurait fait beau voir que tout un chacun interprète l’Évangile à sa guise. Avec la ponctuation disparaît le doute qui, comme on le sait depuis Mathusalem, et plus récemment saint Antoine de Padoue, est le signe que le démon nous tirlipote la matière grise. Du coup, fort de ces toutes premières intuitions dont je vous ai parlé, je n’ai jamais jugé vraiment intéressant de me pencher de trop sur la ponctuation, surtout en raison de ma résistance vis-à-vis de toutes les innombrables manières que l’Éducation nationale ne lésine pas à utiliser pour nous bourrer le mou et faire de chacun de nous des moutons. Et puis cette mélodie que je ne cesse d’entendre depuis toujours, je ne vois pas de raison valable ou personnelle de m’amuser à la trahir ; tout au contraire, j’ai toujours essayé de la suivre du mieux qu’il m’était possible de le faire. Aujourd’hui, on veut mettre du sens partout, des raisons, de l’intelligence. De cela aussi je n’ai jamais cessé de me méfier. Tout d’abord parce que c’est assez fatiguant, mais cela ne serait rien si la raison n’était pas à peu près toujours à côté de la plaque concernant la réalité de ce monde, celle que toute ponctuation, justement, tente de dissimuler en nous égarant dans la logique. Il y a plus d’un point commun entre cette histoire de ponctuation dans l’écrit et ce que me dit mon épouse lorsqu’elle ouvre la porte de l’atelier et me livre son avis sur la plupart de mes tableaux : « On étouffe, c’est trop chargé, mets plus d’air. » Évidemment, je respecte son avis comme je respecte l’avis de ce lecteur me livrant sa gêne concernant ma carence en virgules et en points. Ce qui ne me fait pas dévier d’un iota sur ma façon de peindre. Car je suis têtu et je n’y peux rien. C’est plus que têtu, je crois : c’est fidèle. Voilà, je reste fidèle à mes intuitions de départ aussi longtemps que l’on ne me prouvera pas qu’elles sont totalement erronées. Et j’ai toutes mes chances de ne pas être contredit car, au demeurant, tout le monde s’en tape le coquillard royalement de mes intuitions. La vie ne fait pas de pause, sauf dans le monde des apparences ; alors pourquoi j’essaierais de faire autrement, sinon pour paraître ce que je sens bien ne pas être ? Et puis je vois bien où tout ça risque de nous mener surtout : de plus en plus d’espace entre les idées, entre les émotions, les mots, une sorte d’expansion du langage, comme de l’humanisme, parallèle à celle de l’univers, qui finira par la nuit noire et sans étoile à terme, ou dans un mutisme profond, comme on voudra. Et « on », je ne sais pas toujours qui c’est ; on dit que c’est un con, je doute aussi pas mal de ça.

Peindre sans ponctuation

28 novembre 2021


Cette élève qui ne vient plus à l’atelier, j’y repense comme on rumine un raté. Une femme entre deux âges, veuve depuis un an quand elle s’est inscrite, au plus bas mais décidée à remonter. Avec elle, rien n’allait simplement. Chaque séance se coinçait. Un jour — le dernier pour elle, je crois — elle s’est lancée dans la copie d’un Gauguin. Le tableau a traîné des semaines. À la fin de chaque cours, elle râlait tout bas ; son corps bougeait, s’agitait, et je regardais malgré moi, puis je revenais à la toile. Je lui demandais de me laisser la place, je rectifiais une bouche, un œil ; à l’huile, je lui disais d’attendre, de ne pas toucher à ce que je venais de peindre : “On reprendra la semaine prochaine.” Elle repartait aussitôt dans les mêmes phrases : je suis nulle, c’est nul ce que je fais. Elle ne disait pas plus cru, mais ça s’entendait. La semaine suivante, ce que j’avais repris était défait, le visage retombait dans le terne, dans la boue des couleurs sales, et on recommençait. Soupirs, épaules qui lâchent, mains crispées, puis encore : c’est nul, je suis nulle. Ça a duré. Jusqu’au jour où j’ai commencé à compter le temps que je lui donnais, et à sentir le reste du groupe derrière moi. Ce matin-là, je ne sais plus : une nuit courte, un ciel bas, un truc de travers. Elle m’a reproché de ne pas m’être assez occupé d’elle. J’ai vu rouge. J’avais passé des heures sur son tableau, j’étais intervenu plus que je ne le fais d’habitude, et ce que je reprenais était systématiquement repeint, abîmé, comme si la correction devait disparaître avant tout. On a échangé deux ou trois phrases sèches. Elle est restée campée là, et j’ai lâché : “Si ça ne te plaît pas, la porte est grande ouverte.” La phrase est sortie, impeccablement inutile et pourtant soulageante. Elle a rangé ses pinceaux, pris la toile, et je ne l’ai plus revue. Je la revis quelques années plus tard par hasard. J’étais en train de travailler dans un atelier temporaire à S. Elle était avec une amie ; elle entra sans me reconnaître, je crois. Puis, à mesure que ses yeux s’habituaient à la pénombre — la lumière était chiche dans cet ancien atelier de verrier — je vis son visage se décomposer, sa bouche se tordre, comme au souvenir d’une vieille nausée. Elle resta le temps nécessaire à la politesse, puis elle enjoignit son amie de repartir, laissant derrière elles un sillage qui me glaça jusqu’aux os. Après coup, la question revient : qu’est-ce qu’on fait avec quelqu’un qui s’acharne à se détruire sous vos yeux, qui refuse l’appui, même quand on le lui tend ? Ce qui me serre encore, c’est que je la connais trop bien. Cette façon de gâcher ce qui tient, de revenir au pire comme à une certitude, je l’ai portée longtemps ; il en reste quelque chose. Depuis, je n’interviens plus sur les tableaux. Je dis moins, je laisse les gens aller au bout de leur propre manière d’échouer, et je lâche une piste quand elle peut servir. J’ai aussi instauré une règle simple : un euro chaque “c’est nul”, “c’est moche”, “je n’y arriverai jamais”. Ça fait rire, et ça coupe net la petite litanie. De temps en temps, le mot “nul” revient dans une bouche, dans un livre, et la scène remonte : une femme penchée sur son Gauguin, ce refus sans fin, et ce que ça réveille. J’essaie d’en faire quelque chose d’utile ; au minimum, de ne pas laisser la phrase me tirer vers le fond avec elle.

zéro, nul, à chier

2 décembre 2021 -> <a href="https://ledibbouk.net/zero-nul-a-chier.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://ledibbouk.net/zero-nul-a-chier.html**


Ferme les yeux je lui dis et flanque de la couleur comme ça n’importe ou n’importe comment sur la toile avec un couteau à peindre, rentre complètement dans ce désordre, il n’y a rien d’important lorsqu’on peint comme ça. Tu verras bien où ça te mène, ce que ça donne.

Je me dis c’est le plaisir enfantin de peindre comme réponse, comme pansement pour cacher la plaie.

Cette importance

3 décembre 2021


Bon. Il faut qu’on mette les choses au point, et dès aujourd’hui. Vous venez ici pour peindre et vous voulez “faire de l’abstraction”, d’accord. Au fond, vous me parlez de liberté : peindre librement, peut-être faire de beaux tableaux. Je ne vais pas vous contredire. Mais la liberté, en peinture, ça se paie. Donc je vous propose l’inverse de ce que vous attendez : des consignes, des contraintes, un cadre pour vous y frotter. D’abord, vous ne peindrez qu’avec un seul œil. Tenez, j’ai apporté des bandeaux de pirate. Ensuite, seulement de la main gauche — ou de la droite si vous êtes gaucher. Les plus téméraires peuvent lever une jambe, comme un échassier : tant que vous chercherez l’équilibre, vous ne chercherez pas autre chose. Les plus de soixante-dix, asseyez-vous, on ne va pas jouer aux héros. Et puis c’est encore trop facile : vous peindrez sans toile, et sans couleur. Juste des touches obliques dans l’air pour démarrer. On verra bien ce qui sort de ça. Ah, j’allais oublier : mon carnet. Tout le monde a bien payé ?

Consignes et contraintes

4 décembre 2021


S’aveugler afin de croire voir quelque chose pour l’un , ce qui est aussi mon cas, à me crever les yeux autant que je le fais pour peindre de façon borgne.

Écrire, peindre, le but s’il y en a un derrière tous ceux que nous nous inventons, est sûrement le même. L’unique.

Projet d’exposition

22 décembre 2021


Peindre ce que l’on aime.

Peindre ce que l’on aime

23 décembre 2021


Un peu plus tard dans la journée : Le risque de vouloir faire de jolies phrases, des phrases percutantes, c’est qu’au bout du compte, il ne reste que ça : du joli, du percutant. Comme une journée d’été où il ne se passe absolument rien, à part du soleil. C’est un peu comme peindre un tableau en ne misant que sur l’habileté. Des coups d’épée dans l’eau. Tout en surface, sans jamais atteindre la spontanéité des profondeurs.

02 janvier 2022

2 janvier 2022


Faut-il peindre des choses agréables à l’œil du premier péquin venu ou bien déverser ses angoisses les plus atroces pour essayer de s’en libérer ou tout du moins avoir un minimum de recul vis à vis d’elles. ?

A quoi servent les guerres

5 janvier 2022


Ce que je vous suggère c’est plus un manière de peindre, comment rendre lés choses lés plus banales, celles que l’on ne regarde plus que par l’œil voilé de l’habitude.

Ciel, mes élèves

6 janvier 2022


—oui justement, on va commencer par peindre le ciel et puis peut-être la prochaine fois on peindra une fleur…

Damnation

8 janvier 2022


On peut se le permettre tant qu’on est jeune et qu’on ne sait pas quoi faire de toute cette énergie qui reste encore une fois le nécessaire donné pour "gagner sa vie". Employer ce reste de temps à rêver, à écrire, à peindre était aussi sans doute une forme d’héroïsme. Il fallait être héroïque sinon quoi ?

Le journal de Louis Calaferte

<a href="https://ledibbouk.net/le-journal-de-louis-calaferte.html


&mdash ;Voilà ce que je ne peux pas vous apporter. Je peux vous apprendre des techniques mais je ne peux pas vous remplacer pour que vous vous demandiez ce que vous voulez peindre vraiment. Et ce que sera pour vous la réussite. Je ne peux pas vouloir ces choses à votre place.

Que voulez-vous ?

[14 janvier 2022 -> https://ledibbouk.net/que-voulez-vous.html" class="spip_out" rel="external">13 janvier 2022


Il faut peindre comme il faut aimer dans une austérité dépourvue de pétards et de cotillons, il faut bannir l’atrocité des fêtes. Voilà de quoi il s’agit mais comment le dire sans provoquer de nouvelles agitations, je ne le sais pas.

De quoi s’agit-il ?

23 janvier 2022


Je n’arrive pas à peindre donc j’emmerde le monde dixit ma moitié

Ridicule

24 janvier 2022l


Je pourrais faire l’éloge du crabe, en peindre quelques un, réinventer la symbolique, rejoindre les visionnaires défunts, les Klee, les Kandinsky qui parlent de la rigidité des verticales et des horizontales comme autant de lignes ennemies.

Tangente du crabe

26 janvier 2022


Je pourrais faire l’éloge du crabe, en peindre quelques-uns, réinventer la symbolique, rejoindre les visionnaires défunts, les Klee, les Kandinsky, qui parlent de la rigidité des verticales et des horizontales comme autant de lignes ennemies.

27 janvier 2022

27 janvier 2022


Le voici parcouru d’un léger frisson, il a froid aux pieds. Alors Il se dit qu’il faut bouger pour se réchauffer, peut-être même danser, sautiller, peindre vite, très vite entre deux pensées

Phoenix

10 février 2022


Le voici parcouru d’un léger frisson. Il a froid aux pieds. Alors il se dit qu’il faut bouger pour se réchauffer, peut-être même danser, sautiller, peindre vite, très vite entre deux pensées.

10 février 2022

10 février 2022


Je ne voulais plus peindre ainsi et la toile soudainement s’est déchirée, par hasard, ou providentiellement.

Là où il n’y a pas d’âge.

11 février 2022


Reste à savoir si peindre par dessus ne détruira pas l’ensemble, c’est souvent le cas j’ai remarqué.

13 février 2022

13 février 2022


Reste à savoir si peindre par dessus ne détruira pas l’ensemble, c’est souvent le cas j’ai remarqué.

Visage au fusain sur format carré

13 février 2022


Donc, nous avons fini de peindre des nuages et nous sommes attelés aux fleurs. C’est ce que je voulais dire surtout et puis j’ai oublié, j’ai dérivé, j’ai erré comme d’habitude.

Revenons à nos pinceaux

14 février 2022


Voici un second tableau peinture et fusain. Finalement j’aime bien le rendu et je ne pense pas peindre plus que ça sur ces tableaux.

S’acharner ou pas ?

14 février 2022


un second tableau peinture et fusain. Finalement j’aime bien le rendu et je ne pense pas peindre plus que ça sur ces tableaux.

15 février 2022

15 février 2022


On ne peut pas dessiner ou peindre toute une journée, je veux dire en obtenant un bon résultat.

Sans oublier la culpabilité qui me talonne car c’est mon métier de dessiner et peindre, si je ne le fais pas je ne peux pas payer les factures tout simplement. Encore que j’exagère, puisque je donne des cours je peux aussi trouver cette excuse de ne pas en avoir besoin, me dire que je sais dessiner et peindre, et que j’attends d’avoir une bonne idée pour m’y mettre.

Je suis exactement semblable à vous. Je me donne sans arrêt tout un tas d’excuses pour ne pas dessiner ou peindre. Mais je sais pertinemment que ce ne sont que des excuses, je ne peux pas me le cacher.

Y a t’il un moment meilleur qu’un autre pour dessiner ou peindre ? C’est que nous croyons en nous inventant de nombreuses raisons pour repousser ce fameux moment. Ce ne sont d’ailleurs pas tant des raisons que des excuses.

Le bon moment pour dessiner, pour peindre

16 février 2022


Aimer et peindre sans raison voilà la folie de nos jours. Et cela offusque l’intelligence à un tel point qu’elle préfère le mépriser plutôt que d’en tirer profit. Et c’est tout à fait ainsi que l’intelligence mène sans détour à l’idiotie.

L’amour, la peinture, le tout ou rien

17 février 2022


On ne peut aimer vraiment dans un tel but ni peindre. On se rend compte tôt ou tard de cette supercherie. C’est là le moment important d’ailleurs.

Tristesse de l’orgasme en peinture.

17 février 2022


j’ai toujours été fasciné par cette histoire, le fait de tellement s’attarder sur la confection des fonds chez Botticelli. Il parait qu’il pouvait y passer des jours, des semaines, des mois parfois...Trouver les bons passages ( pas sages) d’une valeur à une autre, échanger les points de vue de soi-même à soi-même, surtout entre une perception masculine et féminine, de ce fond notamment sur lequel peindre un beau sujet, de préférence religieux, ou mythologique.

Possible que peindre ou s’allonger sur un divan participent d’une même motivation qui est celle de comprendre le dégradé, de se le raconter à voix haute et en couleurs de longues heures, de longues années, pour enfin atteindre à l’expertise, au geste sur, au dosage parfait sur la langue ou bien au bout du pinceau.

L’importance des dégradés en peinture.

17 février 2022


On ne peut aimer vraiment dans un tel but, ni peindre. On se rend compte tôt ou tard de cette supercherie. Et c’est là le moment important, d’ailleurs.

19 février 2022


Je me suis donc remis à peindre parce que c’était utile que je le fasse, du moins j’y trouve une utilité soudaine après coup. Dans la réalisation de ces visages surtout qui ne sont pas des portraits, qui ne représentent évidemment pas une "réalité" mais questionnent celle-ci au travers du prétexte du visage.

Je me suis remis à peindre depuis quelques temps après une longue période d’empêchements multiples. Ce genre de période nécessaire dans une vie de peintre, une remise en question, qui porte bien son nom lorsqu’on pense à la torture. Se torturer tout seul dans son coin surtout pour des choses probablement tout à fait inutiles. Jusqu’à ce que l’inutile tout entier vous saute enfin aux yeux. Car somme toute pour en revenir à une définition pragmatique de la peinture, de l’art en général, c’est bien cette quête de l’utile qui me conduit le plus sans que je ne veuille toujours l’entendre. Il faudrait toujours faire attention vraiment à ce que l’on ne veut pas voir ni entendre, ni penser d’ailleurs.

Mes visages

23 février 2022


C’est un équilibre que j’ai appris à mettre en place douloureusement au début, car la douleur offre le réconfort du connu. Puis avec le temps, la répétition du processus on finit par comprendre à quel point les deux états penser/peindre sont en relation étroite.

J’agis plus que je ne pense à certains moments lorsque je suis dans l’atelier. Il faut que je me place face à l’espace du support pour ne pas penser et peindre. Sinon je ne fais que penser et bien que je sache que cet état soit inutile, qu’il ne produira rien, je persiste à l’entretenir car c’est lorsque j’arrive à une saturation de la pensée que surgit le ras le bol et que je peux retourner devant mon chevalet.

Préparation exposition 111 des arts

24 février 2022


Je n’ai pas ce désir de peindre comme je le remarque chez de nombreux peintres, jeunes ou moins jeunes. Je n’ai pas la passion de la peinture vraiment. Sans doute parce que je sais à présent ce que valent ces désirs et passions là, qui servent surtout à entretenir notre propre légende, à nos propres yeux et à ceux des autres.

Il se passe des années, il se passe un temps fou. Et dans ce temps nous ne cessons d’osciller entre le doute et la certitude envers cette intention première qui nous pousse à peindre.

Elle devait posséder quelque chose, du talent certainement, mais c’est un mot d’adulte, enfant je ne connaissais pas encore ce mot, j’appelais plutôt cela le « pouvoir magique » de créer de si beaux tableaux. Et comme c’était ma mère et que j’étais son fils, il m’apparaissait aussi comme une sorte de dû que la peinture un jour, et surtout le talent de peindre devrait m’appartenir un jour aussi.

 Peut-être que tout aura commencé en regardant ma mère peindre tout simplement.

D’où vient l’envie de peindre ? D’où vient l’envie ? Je dis « envie » mais est-ce le bon mot ? Il s’agit sans doute plus d’une nécessité, encore que je me méfie de tout ce qui est nécessaire, trop proche à mon gout d’un autre mot tout aussi suspect : l’essentiel. Peut-être qu’avec l’âge la prudence s’installe ainsi, et on se rend compte qu’on ne peut guère formuler que des hypothèses. De là aussi cette difficulté toujours renouvelée à m’établir dans une démarche artistique telle qu’on est sensé en attendre une chez les peintres.

Autour d’une démarche artistique

27 février 2022


Mais pas n’importe quelle activité. Le plus souvent ce qui est considéré par le groupe imaginaire qui m’envahit comme la plus inutile de toutes les activités : écrire ou peindre, qu’ils appellent branlette ou « faire de l’art » avec ce petit sourire entendu

Refuge

27 février 2022


Les difficultés ont alors commencées. Il en allait de ma vie d’un seul coup, soit j’étais capable d’aller chercher dans le tréfond de moi-même le ressort qui me poussait à peindre, soit je n’y parvenais pas et je n’avais plus qu’à rejoindre la longue cohorte des peintres du dimanche, ou des artistes maudits selon l’expression consacrée de not’ bon maitre. ( clin d’œil en passant s’il lit ces lignes)

Autour de la démarche artistique ( épisode 2)

28 février 2022


Car si pour beaucoup de personnes profanes peindre des toiles abstraites c’est en gros faire "n’importe quoi" et comme je l’ai à un moment de mon parcours cru moi aussi, il n’en est rien.

Abstraction et démarche artistique.

2 mars 2022


le couteau à peindre en l’air et je panse les blessures, plein de blessures, pas que les miennes

La peinture pansement

7 mars 2022


Et puis un jour je me mis à écrire et à peindre comme ça, le bien et le mal avaient été réduits à un ou deux vers de Prévert, je ne saurais guère en dire beaucoup plus.

Et je me mêlais à la foule, et je tirais la langue à gauche, à droite, pour m’appliquer sans but à bien écrire, à bien peindre, jusqu’à ce que les premiers froids s’amènent et qu’il gèle.

Le bien peindre comme le bien écrire.

Le bien peindre et le bien écrire

10 mars 2022


Alors peindre quelque chose vite, s’y jeter.

Toucher le mystère

13 mars 2022


Hier soir par exemple je me suis dit que peindre était tellement dérisoire au regard des évènements actuels. Et si j’allais proposer mes services à une association, et si j’allais me proposer comme chauffeur pour traverser l’Europe et aider. Ou encore proposer d’héberger quelques Ukrainiens à la maison, nous avons un peu de place.

Rester dans l’entre-deux.

14 mars 2022


Et là faire démarrer comme d’habitude sans rien dire. Laisser un peu de temps pour préparer les couleurs, s’installer, peindre un brin.

Cocréer le monde, peinture collective

17 mars 2022


Je suis pour la vie. Je ne peux et veux peindre que le vivant. C’est à dire l’émotion qui surgit de cet insensé que je tente maladroitement de décrire par des mots.

Je n’arrive pas à faire cela. Parce que peindre une émotion pour moi représenterait peindre quelque chose de mort, qui n’existe déjà plus, ce serait comme peindre une ruine, un vestige, un lien avec une nostalgie souvent insupportable.

Car beaucoup semblent savoir ce qu’ils veulent peindre, car ils ont d’abord une émotion qu’ils désirent peindre pour la partager.

Comment trouver un sens au tableau ?

26 mars 2022


Par contre pour peindre oui, c’est à dire comprendre l’équilibre, l’harmonie, les lignes de force, l’ombre et la lumière, appréhender une unité dissimulée sous les contraires, les opposés en chevauchant la vitesse des paradoxes.

Abolir le hasard en peinture.

27 mars 2022


Le fait que nous ayons cette envie de peindre pour nous vider aussi l’esprit n’est pas quelque chose à prendre à la légère.

L’invention de l’équipe.

9 avril 2022


Puis peindre les bords de la toile en noir. Faire un deuil, ne pas oublier une avalanche de cotillons, un feu nourrit de pétards .

Salvador moustaches au beau fixe m’indique un point sur la gauche de son habit d’académicien. C’est là qu’il faut peindre le point rouge, et regarder dans le miroir pour ne pas se louper.

27.Les bords de la toile.

<a href="https://ledibbouk.net/27-les-bords-de-la-toile.html}


&mdash ; Mais moi Pablo je suis un artiste, mon seul but est de peindre et de partager ma peinture avec les autres&nbsp ; !

La logique reptilienne

[13 avril 2022 -> https://ledibbouk.net/La-logique-reptilienne.html" class="spip_out" rel="external">10 avril 2022


A l’époque c’était l’apparition des rencontres par téléphone et aussi du minitel. J’avais dégoté un job et ma vie se réduisait vraiment à une peau de chagrin. Boulot, métro, dodo. A la vérité je n’avais guère envie d’autre chose. Je n’avais pas envie de faire des photos, pas plus que d’écrire, pas plus que de peindre.

Simulations

15 avril 2022


J’adore peindre sur des petits formats. Ils ne m’encombrent pas trop, et en général j’arrive à les écouler assez vite, ils me métamorphose en dealer et c’est rare lorsqu’ils parviennent dans une expo.

Encore des petits formats

15 avril 2022


Néanmoins ils voulaient soudain en savoir plus. Alors j’ai continué ; j’ai dit qu’en ce moment j’étais pas mal dans le sujet parce que j’écris ce roman et que les tableaux que j’ai envie de peindre sont en lien avec toutes ces idées qui m’occupent toute la journée et la nuit.

Sous cloche.

18 avril 2022


Mon programme est de revenir sous chaque soleil dessiner et peindre ce qui peut remonter dans mon souvenir.

Notule 2

19 avril 2022


En plein travail à l’atelier Mon programme est de revenir sous chaque soleil dessiner et peindre ce qui peut remonter dans mon souvenir.

notule 2

19 avril 2022


Je devrais la peindre tiens.

Notule 23

27 avril 2022


Bientôt la fin de l’ère du poisson, on ne pourra plus filer entre deux eaux. Je ne pourrais plus non plus achever mes textes en queue de poisson ni peindre avec une queue de morue.

notule 24

28 avril 2022


S’enfoncer sous la terre pour aller peindre, c’était déjà la tradition il y a 35000 ans.

44.notule 44

8 mai 2022


S’enfoncer sous la terre pour aller peindre, c’était déjà la tradition il y a 35000 ans.

8 mai 2022

8 mai 2022


Peindre un tableau est une expérience qui produira le tableau, mais l’expérience de cette expérience nous reste étrangère, comme une évidence qui nous aveugle.

Notule 52

11 mai 2022


Le contraste, c’est la différence de valeur. Entre clair et obscur. Quand l’écart est net, le regard s’accroche. Quand il s’efface, tout se confond. En peinture, on distribue ces écarts sur trois plans. Devant, au milieu, au loin. Le tableau gagne de la profondeur. Cela vaut pour la figure comme pour l’abstraction. Dans la vie, que mettons-nous au premier plan ? Quelles valeurs portons-nous devant nous pour qu’elles percent l’écran de ce que nous appelons la réalité ? Beaucoup ne voient qu’un plan. Le plus proche. Le plus pressant. Et seulement quand ils y sont acculés. S’il fallait peindre une vie, j’y mettrais d’abord le nécessaire : se nourrir, durer, se protéger. Ce plan-là a des contours fermes, une lumière crue. Vient ensuite ce que j’appelle le milieu : on s’écarte un peu de l’urgence, on estime une durée, on dessine des projets, on tente un demain. Enfin, le lointain. Les écarts s’y atténuent, tout y devient plus doux, plus incertain. Un peut-être. Un presque rien. Ces trois plans tiennent ensemble. On ne retranche pas l’un sans que tout s’affaisse. Cézanne l’a dit : quand les plans s’effondrent, il ne reste que la boue. Comment prendre assez de recul pour voir l’ensemble ? Peut-être, tout à la fin, juste avant de quitter la scène. Mais alors, rien ne peut plus être corrigé. On n’entre pas chez Turner avec un petit pot de rouge pour relever une bouée. Tant qu’on pense en durée, on est tenu par elle. Il faut pourtant se tenir droit, rester aligné. Savoir que tout cela n’est qu’illusion passagère, qu’un rêve qui se défait. À ce moment-là, si quelque chose encore nous est donné, on reprend les valeurs, on ajuste les contrastes mal posés, on tente de rétablir une profondeur lisible. Ce ne sont pas les couleurs qui comptent, mais leurs valeurs. Ce fil ténu entre précision et flou, proche et lointain, dicible et indicible. En récit, on parle de personnages contrastés. Intentions qui s’opposent, conflits qui travaillent en sourdine. On ne dit pas tout. On laisse venir les indices. Souvent, je l’ai vu, les femmes regardent au-delà du premier plan. Elles se tiennent dans le projet, dans l’avenir, même si le regard se trouble. Mais à vivre avec un caractère heurté, tout devient prévisible, puis lassant. L’espérance s’use. Mes parents, je les ai perçus ainsi. À la fin, presque plus de mots. Plus de plan sur la comète. On attend l’inéluctable. On cherche encore à produire une différence entre ce qui fut et ce qui n’est plus. On cherche, et c’est peut-être cela, vivre.

Notule 53

12 mai 2022


Peindre un tableau est une expérience qui produira le tableau, mais l’expérience de cette expérience nous reste étrangère, comme une évidence qui nous aveugle.

12 mai 2022

12 mai 2022


Cependant qu’on ne peut plus rien modifier, on ne peut pas s’amener en pleine exposition, comme Turner avec son petit pot de rouge pour peindre une bouée afin de relever le premier plan.

Quels sont les trois plans d’une vie s’il fallait la peindre pour lui donner une profondeur ?

13 mai 2022

13 mai 2022


Oui quand tout va trop bien, quand ça ronronne, ça ne peut pas aller, ça n’est pas possible et il convient donc réveiller une difficulté d’être, une peur de l’achèvement et surtout de repeindre ce vieux fantasme d’être un Phoenix increvable.

Notule 63

19 mai 2022


Mais ça se comprend qu’on puisse peindre avec du sang du vomis de la merde. Rien de plus personnel au bout du compte. Et ça ne relève vraiment pas le personnel c’est une certitude. Mais bon les domestiques ne sont plus ce qu’ils étaient non plus. Il faut faire avec ou sans, comme on peut surtout.

Notule 67

19 mai 2022


Vouloir se prouver quelque chose à soi-même. Je vais peindre des tableaux parce que ça fait un moment que ça me titille mais jusque là j’hésitais, je ne parvenais pas à passer à l’acte. Je ne suis pas plus bête qu’un autre et peut-être même ai je du talent qui sait ?

Notule 68

20 mai 2022


Possible, encore faut-il saisir la profondeur de ce terme. Peindre avec sa bite n’honore pas vraiment le principe. Tout au contraire il le ridiculise, et les dieux n’ont jamais éprouvé une bien haute bienveillance pour l’inutile.

Notule 69

20 mai 2022


Ca passe le temps. Quand on s’ennuie ça passe le temps de s’interroger sur ce genre de chose. D’aucuns me disent que c’est du temps perdu. Comme si je possédais tellement de temps, comme on jouit d’un capital. Et aussi que je devrais plutôt passer ce temps à l’employer à peindre, à préparer mes cours, à réparer telle ou telle panne ou degradation dans la maison.

Notule 73

23 mai 2022


Écrire, peindre, marcher sans but dans les rues participent avant tout de ce rêve de vol qui continue d’exister dans l’être humain et dont il est plus ou moins conscient.

Notule 91

29 mai 2022


Ce manque de confiance je le conserve car j’en ai besoin. Je ne cherche absolument pas à me soigner de quoi que ce soit de ce coté là. Si je me mettais à avoir confiance dans mon propre talent, si je n’avais plus de doute, je serais foutu probablement. Je me mettrais à ne peindre que ce que les gens ont acheté, que ce que les gens aiment. Je ne ferais plus de peinture je ferais des petits pains.

Notule 94

31 mai 2022


En tant que peintre je me suis déjà beaucoup fourvoyé dans cette affaire louche du « pourquoi » A l’époque j’essayais de coller à un système bien rodé instauré par les galeries, les salons, le marché de l’art, à cette injonction de devoir s’expliquer sur les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à peindre, d’autant plus si on se prétend « artiste-peintre » ( voir ma chaîne YouTube et la playlist « les raisons de peindre ».

Bon qu’à ça

18 juin 2022


écrire et peindre sont à revoir encore c’est la même chose une relation à l’espace à une espèce d’espace mais quel espace vraiment qu’est-ce que l’espace quel est l’espace quel est ce mot dont je me sers pour qualifier le support d’un texte ou d’un tableau est-ce seulement la surface la page ou la toile vierge ou est-ce autre chose de trafiqué par la mémoire par la pensée surtout la pensée qui a besoin d’une mémoire pour s’y retrouver pourquoi avoir besoin ainsi et si souvent de se retrouver et qu’est ce qui se retrouve vraiment dans cet espace inventé et dans quel but vraiment quel est le but de la création de cet espace quand je dis j’écris je peins quel est la raison de cette invention finalement qu’on ne voit pas qui nous aveugle en disant la page ou la toile

Je viens de comprendre un truc

25 juin 2022


Écrire et peindre, même chose. Une question d’espace. Mais quel espace ? La surface d’une page, d’une toile ? Ou bien autre chose ? Un espace trafiqué par la mémoire, par la pensée ? Et cette pensée, d’où vient-elle ? Pourquoi ce besoin de se retrouver en elle, encore et encore ?

25 juin 2022

25 juin 2022


Hors une fois que je veux prendre le temps de peindre, d’écrire je me laisse traverser par ce fameux moment présent et souvent je ne peins pas je n’écris pas je suis dans une attente mais une attente de quoi ? Est ce que sérieusement je peux parler d’inspiration ou même d’idée ? Bien sûr que non j’attends de trouver un protocole.ou peut être un rituel …

Retour à l’intention : je ne sais veux peut faire autre chose que peindre et écrire, je me suis débarrassé de tout ce qui pouvait m’entraver pour pouvoir le faire en donnant des cours ce qui me donne une autonomie.

Protocoles

30 juin 2022


Une fois qu’on a fait ça on parvient mieux à non peindre.

pour bien non peindre il faut se pencher beaucoup de fois sur la notion de tribunal de témoins de mis en cause d’avocat et bien sur de preuves. Il faut faire le tour de tout ça examiner tout ce qui constitue pas une seule fois mais mille fois la preuve.

c’est toujours peindre mais sans preuve à fournir ni à soi même ni à personne.

non peindre ce n’est pas ne pas peindre comme à première vue on peut l’imaginer

non peindre est difficile à vivre au début et plus encore à expliquer il faut beaucoup énormément non peindre pour commencer à trouver les mots et encore marcher sur des œufs ne pas s’emballer car ce n’est pas parce que toi tu comprends un peu quelque chose à non peindre que tu vas essayer de le dire que ce sera compris ce n’est pas par les mots que ça se comprend les mots ne sont que des briques et avec eux tu peux aussi fabriquer une porte le vide dans un mur que le mur.

non peindre

1er juillet 2022


J’ai fait un tableau mais je sais pas ce que ça représente je lui ai dit en lui montrant mon tableau ça représente quoi t’as voulu dire quoi et ben je lui ai dit je voulais rien dire je voulais juste faire un tableau mais ton tableau il dit rien fallait y penser avant fallait penser à ce que tu voulais dire comme ça peut-être qu’on saurait ce que ton tableau veut dire parce que là en tout cas là ça me parle pas ça me raconte rien ton tableau il ferait presque peur ton tableau oh mais je te demande juste comme ca j’ai fait un tableau tu penses quoi de ce tableau ben j’en pense rien il veut rien dire ton tableau on reconnaît rien du tout dans ce tableau et si on reconnaît rien du tout c’est que c’est rien et pourquoi que tu fais un tableau de rien mais on peut pas dire que c’est rien il y a des couleurs il y a des formes il y a des traits on peut pas dire que c’est rien puisqu’il y a quelque chose ouais t’as raison y’a des formes y’a des couleurs y’a du travail mais ça veut rien dire c’est un tableau qui ne veut rien dire il est même pas beau ton tableau je sais même pas s’il est moche je peux pas vraiment juger j’y connais pas grand chose mais pour moi c’est un tableau qui dit rien donc toi tu dis que j’aurais fait un tableau pour rien un tableau qui ne compte pas pourtant j’y ai passé du temps est ce qu’on peut passer du temps à peindre pour rien ben j’en sais rien j’y ai jamais pensé avant mais moi si j’avais l’idée de faire un tableau je le ferais pas pour rien je perdrais pas mon temps ben ca serait quoi un tableau pour quelque chose alors ce serait quoi quelque chose ben deja ça pourrait représenter quelque chose qu’on reconnaît oui mais si c’est un tableau qui représente quelque chose que tu connais pas tu peux pas le reconnaître c’est ça que j’te dis si je faisais un tableau je ferais quelque chose que je connais pour que les autres puissent le reconnaître peut-être que le tableau que j’ai fait représente quelque chose que tu connais pas alors ah ben peut-être c’est peut être pour ça qu’il ne me dit rien j’y reconnais rien mais arrête de dire rien quand tu reconnais pas quelque chose parce qu’avant tu le connais pas oh doucement pas la peine de s’énerver pour un tableau quand même et pis c’est toi qui m’a demandé pas la peine de te fâcher moi je te dis comme je pense après si t’es pas content de ma réponse fallait y penser avant de me demander

Fallait y penser avant

1er juillet 2022


En face un grand mur de 10 mètres de long. Le mur est blanc. Sur le mur sont accrochés des tableaux. On ne sait pas ce que représentent ces tableaux. Il y en a 11. 11 tableaux qui ne sont pas du même format. Ils ne sont pas alignés vraiment. Certains sont carrés d’autres rectangulaires. Sur ces tableaux il a des couleurs chaudes sur certains et sur d’autres des couleurs froides. Il y a des tableaux plus grands que d’autres. On ne sait pas ce que représentent ces tableaux ni s’ils sont terminés on ne voit pas la signature du peintre comme on peut normalement la voir sur un tableau terminé. Sous les tableaux il y a des étagères en fer et un long meuble en bois cela forme un long support qui s’étend sur toute la longueur du mur et où sont poses des objets. Il y a des mannequins d’étude dont un est habillé d’un tissu rouge qui pourrait être un genre de soie synthétique probablement des pots remplis de crayons de papier, des pots remplis de crayons de couleurs des pots remplis de pinceaux il y a aussi des objets hétéroclites comme des câbles, peut être des chargeurs, des cordons usb, un appareil photographique de la marque Canon, sur le long meuble en bois deux tiroirs semblent avoir été vissés sur le plateau pour qu’ils ne bougent pas. Dans l’un des tiroirs il y a des rubans de masquage certains sont neufs d’autres usages il y en a de différentes épaisseurs et on voit aussi deux cartes postales dépasser de ce tiroir on ne sait pas pourquoi. Entre les deux tiroirs, on n’arrive pas à distinguer vraiment ce que peut contenir le second, il y a une sorte de long bac en plastique noir dans lequel si on s’approche un peu plus on peut voir un mélange d’outils, encore des pinceaux des couteaux à peindre des compas des règles des gommes des petits morceaux de fusain un ticket de métro usagé un ticket de carte bleue il ne fait pas bien chaud pour un début juillet.

Plan fixe

2 juillet 2022


Est-ce qu’on peut peindre quand on est mort papa ? Il faut toujours aller jusqu’au bout de ce qu’on imagine idiot, absurde, grotesque et ridicule.

Est-ce qu’on peut peindre quand on est mort j’ai demandé, il y a eut un grand silence, j’ai encore eut l’impression d’avoir dit une bêtise… mais comme personne ne me répondait j’ai redemandé est-ce qu’on peut peindre quand on est mort et il y a eut le même silence.

Est-ce qu’on peut peindre quand on est mort ?

3 juillet 2022


C’est donc par une vigilance instinctive, c’est à dire qui vient d’une expérience répétée de l’acte de peindre que l’on peut se glisser entre deux irrémédiables.

Jusqu’où ne faut-il pas continuer

3 juillet 2022


Comment est-ce que je peux m’expliquer mon propre décalage en tant que peintre du XXI eme siècle à m’obstiner de vouloir peindre comme un artiste des années 50 ? Il y a encore cette vision plus ou moins obsédante une rémanence du dripping de Pollock, une volonté de se rapprocher de façon pulsionnelle, grégaire d’une famille dont il ne reste plus que des squelettes dans des tombes et quelques traces dans les livres les musées…

Qu’est-ce que la subversion

5 juillet 2022


L’acidité est un sujet très important en ce moment si tu éprouves le besoin de dessiner ou peindre ou coller des choses sur du papier, tu le sais, oui bien sûr que tu le sais on ne parle plus guère que de ça désormais, la bourse se casse la gueule, les gens ont de moins en moins de fric pour bouffer ou rouler mais le papier est non seulement fait main … ou on ne le sait pas vraiment tout ce qu’on sait c’est qu’il sera sans acidité… une chose également importante qui pourrait faire pencher ton choix dans le bon sens si par hasard tu avais des doutes concernant les bords … tu apprendras qu’ils sont non seulement 4 mains qu’en plus ils sont frangés. Pour te donner une idée de ce que ça peut donner rappelle toi un peu les coupes au bol de ton enfance, ta mère plaçait un bol sur le sommet de ton crâne et hop elle coupait tout ce qui sortait du bord du bol et tu te retrouvais devant la glace à tout mettre en bazar pour déranger cette frange qui tombait drue comme une averse en novembre. En touchant du plat de la main ce papier il est aussi possible que remontent des souvenirs de ta toute première varicelle quand ta peau était recouverte de cratères que sa texture te paraissait soudain être devenue rugueuse.

Texte inspiré en résistante discrète : tu seras très certainement regonflé à bloc en prenant une nouvelle feuille de ce fabuleux papier blanc Line art d’une épaisseur suffisante pour te permettre tous les dessins possibles et inimaginables (que tu pourras ensuite rehausser d’encre, recouvrir de peinture, asperger d’eau afin d’ obtenir de belles coulures, tu pourras t’en donner à plein tube et à cœur joie ) et n’oublie surtout pas cette quiétude incroyable apportée par l’incroyable solidité de ce papier et le double encollage, totalement dépourvu de la moindre trace d’ acidité. Tu digèreras mieux toutes les petites erreurs de parcours en gommant frottant raturant biffant ou recouvrant, ne t’inquiète surtout de rien tout ira au poil, au poil de pinceau, de brosse longue ou courte à poil dur ou souple. Tu pourras y dessiner et peindre toutes tes joies et tes peines sans craindre qu’elles ne s’affaissent ne s’affaiblissent ni ne se démodent car ce support offre une grande résistance au vieillissement, c’est à dire qu’il est tout à fait plausible que rien vraiment ne se ternisse après ta mise en bière, ton enfouissement dans la terre, les mille et une offenses que le temps et les hommes imagineront pour saccager ta sépulture, visualise ça d’un coup : le papier lui ne bougera pas d’un iota , imagine les blancs resteront blancs et les couleurs colorées, elle seront figées en rectangle ou en carrés si par hasard l’envie te prenait de peindre en carré voir en rond , dans une bonne épaisseur presque pour une éternité. Nous n’avons pas encore abordé le sujet mais as tu songé à tes changements d’humeur qui le matin te font opter pour le crayon et le soir pour la plume, et bien qu’elle chance auras tu en te procurant ce papier ( en promotion actuellement de 20% s’il te plaît )car ce papier offre aussi une grande polyvalence il te conviendra autant si tu veux t’essayer à des prouesses techniques ou graphiques et tu pourras en toute confiance désormais t’emparera du fusain, de la sanguine , de crayons de couleurs te lâcher à l’aquarelle à la plume a l’encre au feutre, et même saigner du nez , le tacher de sang rouge et noir je crois qu’il le supportera tout à fait. Tout est inscrit là dans la description que demander de mieux…

Besoin de papier

9 juillet 2022


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