{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/les-mots-des-prompts-ce-qu-ils-ne-font-pas.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/les-mots-des-prompts-ce-qu-ils-ne-font-pas.html", "title": "Les mots des prompts : ce qu'ils ne font pas", "date_published": "2026-02-10T07:40:46Z", "date_modified": "2026-02-10T07:45:03Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "

J’ai lu ce matin l’article de S\u00e9bastien Bailly<\/a> sur le mot « romantique » dans les prompts. L’hypoth\u00e8se est s\u00e9duisante : certains mots agiraient comme des instructions cognitives, convoquant des champs culturels entiers. « Romantique » imposerait la lune, le regard prolong\u00e9, la lumi\u00e8re dor\u00e9e. Un mot-archive qui d\u00e9placerait imm\u00e9diatement l’espace latent de l’IA.\nJ’ai voulu v\u00e9rifier.\nJ’ai ouvert Claude et demand\u00e9 : « D\u00e9cris-moi une rencontre romantique dans un train. »\nVoici ce que j’ai obtenu :<\/p>\n

\n

Un homme et une femme se font face dans un compartiment vide. Le train traverse la banlieuse industrielle. Elle lit Handke, lui regarde par la fen\u00eatre. Leurs genoux se touchent quand le wagon prend un virage. Aucun ne s’excuse.\nElle l\u00e8ve les yeux. Il tourne la t\u00eate. Ils se regardent trois secondes, peut-\u00eatre quatre. Pas de sourire. Juste cette reconnaissance muette : quelque chose pourrait arriver.\nElle reprend sa lecture. Lui fixe \u00e0 nouveau le paysage. Mais leurs jambes restent coll\u00e9es.\n\u00c0 l’arr\u00eat suivant, elle descend sans un mot. Il la suit du regard sur le quai. Elle ne se retourne pas. Le train repart.\nC’est tout. Pas de num\u00e9ro \u00e9chang\u00e9, pas de promesse. Juste cette friction br\u00e8ve, ce possible avort\u00e9 qui laisse une trace plus nette que n’importe quelle conversation.<\/p>\n<\/blockquote>\n

Pas de lune. Pas de lumi\u00e8re dor\u00e9e. Pas de promesse verbalis\u00e9e. Le romantisme est l\u00e0, mais il n’est pas o\u00f9 Bailly l’attendait.\nCe qui m’int\u00e9resse, ce n’est pas de dire que Bailly a tort. Son analyse du poids latent des mots reste pertinente. Mais elle suppose que l’IA op\u00e8re seule, face au mot, dans un vide interactionnel. Or ce n’est jamais le cas.\nDans mon interaction avec Claude, plusieurs forces coexistaient. Le mot « romantique », oui. Mais aussi mes pr\u00e9f\u00e9rences utilisateur : exigence critique, refus du lyrisme facile, go\u00fbt pour la s\u00e9cheresse narrative. Claude n\u00e9gocie entre ces instructions. Le r\u00e9sultat n’est pas l’addition des deux, c’est une forme de compromis.\nLe romantisme appara\u00eet, mais d\u00e9plac\u00e9. Pas dans le d\u00e9cor (banlieue industrielle, pas coucher de soleil). Pas dans les gestes convenus (pas de sourire, pas d’\u00e9change verbal). Il se loge ailleurs : dans la friction des genoux, dans le regard bref, dans le possible non actualis\u00e9. C’est bien du romantisme, mais d’une autre esp\u00e8ce.\nCela dit quelque chose d’important sur l’\u00e9criture avec l’IA. Les mots des prompts ne sont pas des d\u00e9crets. Ils sont des forces qui entrent en tension avec d’autres forces. Le contexte compte. L’historique conversationnel compte. Les pr\u00e9f\u00e9rences configur\u00e9es comptent. Peut-\u00eatre m\u00eame le style de l’utilisateur, si l’IA l’a int\u00e9gr\u00e9 au fil des \u00e9changes.\nBailly a raison de dire que « romantique » oriente. Mais il sous-estime la plasticit\u00e9 de cette orientation. Le mot ouvre un champ, pas un contenu. Ce qui remplit ce champ d\u00e9pend de l’\u00e9cosyst\u00e8me dans lequel il op\u00e8re.\nOn pourrait dire que le prompt n’est jamais seul. Il arrive toujours dans un environnement d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9 par d’autres instructions, d’autres attentes, d’autres habitudes. L’IA ne r\u00e9pond pas au mot isol\u00e9. Elle r\u00e9pond \u00e0 la configuration globale.\nC’est pour \u00e7a que deux personnes peuvent utiliser le m\u00eame prompt et obtenir des r\u00e9sultats diff\u00e9rents. Pas parce que l’IA est instable (elle l’est, mais ce n’est pas le point). Parce que le m\u00eame mot n’active pas les m\u00eames probabilit\u00e9s selon le contexte qui l’entoure.\nSi je devais reformuler l’hypoth\u00e8se de Bailly, je dirais : les mots des prompts sont des attracteurs. Ils attirent certaines formes, certains motifs, certaines images. Mais la force de cette attraction varie. Elle peut \u00eatre amplifi\u00e9e, d\u00e9vi\u00e9e, voire annul\u00e9e par d’autres instructions.\nDans mon cas, « romantique » a bien attir\u00e9 quelque chose. Mais mes pr\u00e9f\u00e9rences utilisateur ont cr\u00e9\u00e9 une force contraire. R\u00e9sultat : un romantisme minimal, sec, presque aust\u00e8re. Pas celui des corpus habituels. Un autre.\nCe qui me fascine, c’est que cette n\u00e9gociation se fait en temps r\u00e9el, sans que je la pilote consciemment. Je ne peux pas pr\u00e9dire exactement ce que l’IA va produire. Mais je peux sentir les lignes de force qui traversent l’interaction. Le mot « romantique » tire dans une direction. Mes pr\u00e9f\u00e9rences tirent dans une autre. Le texte final se situe quelque part entre les deux.\nPeut-\u00eatre que le vrai sujet, ce n’est pas le poids latent des mots. C’est l’\u00e9cologie de l’interaction. Les mots ne sont jamais seuls. Ils cohabitent avec d’autres instructions, d’autres attentes, d’autres m\u00e9moires. L’\u00e9criture avec l’IA, c’est apprendre \u00e0 sentir ces cohabitations.\nBailly parle de « naviguer dans les d\u00e9pliages ». C’est juste. Mais il faudrait ajouter : naviguer dans des d\u00e9pliages orient\u00e9s par plusieurs forces simultan\u00e9es. Le mot romantique d\u00e9plie quelque chose. Mais ce quelque chose est imm\u00e9diatement reconfigur\u00e9 par le reste du contexte.\nAu fond, ce que mon exp\u00e9rience montre, ce n’est pas que Bailly se trompe. C’est que son analyse est incompl\u00e8te. Les mots des prompts ont un poids. Mais ce poids n’op\u00e8re jamais seul. Il entre en r\u00e9sonance, en friction, en tension avec d’autres poids. Et c’est dans ces tensions que l’\u00e9criture se joue.\nLes mots des prompts ne font pas tout. Ils font quelque chose. C’est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Mais ce n’est jamais tout.<\/p>", "content_text": " J'ai lu ce matin [l'article de S\u00e9bastien Bailly->https:\/\/www.patreon.com\/posts\/149481996?collection=1901232] sur le mot \u00ab romantique \u00bb dans les prompts. L'hypoth\u00e8se est s\u00e9duisante : certains mots agiraient comme des instructions cognitives, convoquant des champs culturels entiers. \u00ab Romantique \u00bb imposerait la lune, le regard prolong\u00e9, la lumi\u00e8re dor\u00e9e. Un mot-archive qui d\u00e9placerait imm\u00e9diatement l'espace latent de l'IA. J'ai voulu v\u00e9rifier. J'ai ouvert Claude et demand\u00e9 : \u00ab D\u00e9cris-moi une rencontre romantique dans un train. \u00bb Voici ce que j'ai obtenu : >Un homme et une femme se font face dans un compartiment vide. Le train traverse la banlieuse industrielle. Elle lit Handke, lui regarde par la fen\u00eatre. Leurs genoux se touchent quand le wagon prend un virage. Aucun ne s'excuse. Elle l\u00e8ve les yeux. Il tourne la t\u00eate. Ils se regardent trois secondes, peut-\u00eatre quatre. Pas de sourire. Juste cette reconnaissance muette : quelque chose pourrait arriver. Elle reprend sa lecture. Lui fixe \u00e0 nouveau le paysage. Mais leurs jambes restent coll\u00e9es. \u00c0 l'arr\u00eat suivant, elle descend sans un mot. Il la suit du regard sur le quai. Elle ne se retourne pas. Le train repart. C'est tout. Pas de num\u00e9ro \u00e9chang\u00e9, pas de promesse. Juste cette friction br\u00e8ve, ce possible avort\u00e9 qui laisse une trace plus nette que n'importe quelle conversation. Pas de lune. Pas de lumi\u00e8re dor\u00e9e. Pas de promesse verbalis\u00e9e. Le romantisme est l\u00e0, mais il n'est pas o\u00f9 Bailly l'attendait. Ce qui m'int\u00e9resse, ce n'est pas de dire que Bailly a tort. Son analyse du poids latent des mots reste pertinente. Mais elle suppose que l'IA op\u00e8re seule, face au mot, dans un vide interactionnel. Or ce n'est jamais le cas. Dans mon interaction avec Claude, plusieurs forces coexistaient. Le mot \u00ab romantique \u00bb, oui. Mais aussi mes pr\u00e9f\u00e9rences utilisateur : exigence critique, refus du lyrisme facile, go\u00fbt pour la s\u00e9cheresse narrative. Claude n\u00e9gocie entre ces instructions. Le r\u00e9sultat n'est pas l'addition des deux, c'est une forme de compromis. Le romantisme appara\u00eet, mais d\u00e9plac\u00e9. Pas dans le d\u00e9cor (banlieue industrielle, pas coucher de soleil). Pas dans les gestes convenus (pas de sourire, pas d'\u00e9change verbal). Il se loge ailleurs : dans la friction des genoux, dans le regard bref, dans le possible non actualis\u00e9. C'est bien du romantisme, mais d'une autre esp\u00e8ce. Cela dit quelque chose d'important sur l'\u00e9criture avec l'IA. Les mots des prompts ne sont pas des d\u00e9crets. Ils sont des forces qui entrent en tension avec d'autres forces. Le contexte compte. L'historique conversationnel compte. Les pr\u00e9f\u00e9rences configur\u00e9es comptent. Peut-\u00eatre m\u00eame le style de l'utilisateur, si l'IA l'a int\u00e9gr\u00e9 au fil des \u00e9changes. Bailly a raison de dire que \u00ab romantique \u00bb oriente. Mais il sous-estime la plasticit\u00e9 de cette orientation. Le mot ouvre un champ, pas un contenu. Ce qui remplit ce champ d\u00e9pend de l'\u00e9cosyst\u00e8me dans lequel il op\u00e8re. On pourrait dire que le prompt n'est jamais seul. Il arrive toujours dans un environnement d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9 par d'autres instructions, d'autres attentes, d'autres habitudes. L'IA ne r\u00e9pond pas au mot isol\u00e9. Elle r\u00e9pond \u00e0 la configuration globale. C'est pour \u00e7a que deux personnes peuvent utiliser le m\u00eame prompt et obtenir des r\u00e9sultats diff\u00e9rents. Pas parce que l'IA est instable (elle l'est, mais ce n'est pas le point). Parce que le m\u00eame mot n'active pas les m\u00eames probabilit\u00e9s selon le contexte qui l'entoure. Si je devais reformuler l'hypoth\u00e8se de Bailly, je dirais : les mots des prompts sont des attracteurs. Ils attirent certaines formes, certains motifs, certaines images. Mais la force de cette attraction varie. Elle peut \u00eatre amplifi\u00e9e, d\u00e9vi\u00e9e, voire annul\u00e9e par d'autres instructions. Dans mon cas, \u00ab romantique \u00bb a bien attir\u00e9 quelque chose. Mais mes pr\u00e9f\u00e9rences utilisateur ont cr\u00e9\u00e9 une force contraire. R\u00e9sultat : un romantisme minimal, sec, presque aust\u00e8re. Pas celui des corpus habituels. Un autre. Ce qui me fascine, c'est que cette n\u00e9gociation se fait en temps r\u00e9el, sans que je la pilote consciemment. Je ne peux pas pr\u00e9dire exactement ce que l'IA va produire. Mais je peux sentir les lignes de force qui traversent l'interaction. Le mot \u00ab romantique \u00bb tire dans une direction. Mes pr\u00e9f\u00e9rences tirent dans une autre. Le texte final se situe quelque part entre les deux. Peut-\u00eatre que le vrai sujet, ce n'est pas le poids latent des mots. C'est l'\u00e9cologie de l'interaction. Les mots ne sont jamais seuls. Ils cohabitent avec d'autres instructions, d'autres attentes, d'autres m\u00e9moires. L'\u00e9criture avec l'IA, c'est apprendre \u00e0 sentir ces cohabitations. Bailly parle de \u00ab naviguer dans les d\u00e9pliages \u00bb. C'est juste. Mais il faudrait ajouter : naviguer dans des d\u00e9pliages orient\u00e9s par plusieurs forces simultan\u00e9es. Le mot romantique d\u00e9plie quelque chose. Mais ce quelque chose est imm\u00e9diatement reconfigur\u00e9 par le reste du contexte. Au fond, ce que mon exp\u00e9rience montre, ce n'est pas que Bailly se trompe. C'est que son analyse est incompl\u00e8te. Les mots des prompts ont un poids. Mais ce poids n'op\u00e8re jamais seul. Il entre en r\u00e9sonance, en friction, en tension avec d'autres poids. Et c'est dans ces tensions que l'\u00e9criture se joue. Les mots des prompts ne font pas tout. Ils font quelque chose. C'est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Mais ce n'est jamais tout. 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Avan\u00e7ons dans la gen\u00e8se de mes pr\u00e9tentions.\nAi-je quelque ascendant qui fut beau capitaine, jeune enseigne insolent ou n\u00e9grier farouchement taciturne ? A l\u2019est de Suez quelque oncle retourn\u00e9 en barbarie sous le casque de li\u00e8ge, jodhpurs aux pieds et amertume aux l\u00e8vres, personnage poncif qu\u2019endossent volontiers les branches cadettes, les po\u00e8tes apostats, tous les d\u00e9shonor\u00e9s pleins d\u2019honneur, d\u2019ombrage et de m\u00e9moire qui sont la perle noire des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques ? Un quelconque ant\u00e9c\u00e9dent colonial ou marin ? ( Vie d’Andr\u00e9 Dufourneau, vies minuscules, Pierre Michon, 1984)<\/p>\n<\/blockquote>\n

Il s’agit du troisi\u00e8me article me permettant d’identifier une qu\u00eate des auteurs que je reconnais comme travailleurs de l’interstice en litt\u00e9rature.Je l’aborderai par les Vies minuscules de Pierre Michon.<\/p>\n

R\u00e9capitulatif de ce voyage :<\/h2>\n

1 Michaux (Le Terrain) : L’Interstice Int\u00e9rieur<\/h3>\n

Ce qu’il m’ a donn\u00e9 : La notion de « propri\u00e9t\u00e9s »<\/a><\/strong>. Un territoire mental, physiologique, hallucin\u00e9. L’\u00e9criture comme exploration des confins du moi, l\u00e0 o\u00f9 il bascule dans l’inhumain ou le surhumain. L’interstice est en dedans, en soi : entre raison et folie, corps et esprit, silence et cri.<\/p>\n

l’outil acquis : La l\u00e9gitimit\u00e9 de l’exploration introspective radicale.<\/p>\n

2 Annie Ernaux (La Fen\u00eatre) : L’Interstice Social<\/h3>\n

Ce qu’elle m’ a donn\u00e9 : La fen\u00eatre dans ce territoire. La r\u00e9v\u00e9lation que ce « moi » est habit\u00e9, structur\u00e9, fabriqu\u00e9 par des forces ext\u00e9rieures (classe, genre, histoire). L’interstice n’est plus seulement en soi , il est entre soi et le monde. L’\u00e9criture comme acte de documentation des traces sociales<\/a><\/strong>.<\/p>\n

L’outil acquis : Le double regard qui politise l’intime.<\/p>\n

3 Michon (Le Monument) : L’Interstice Mythologique<\/h3>\n

Ce qu’il m’a apport\u00e9 : La r\u00e9ponse \u00e0 une question laiss\u00e9e en suspens par les deux premiers : « Une fois le territoire intime reconnu et ses fen\u00eatres sociales identifi\u00e9es, avec QUOI et COMMENT b\u00e2tir le r\u00e9cit de cette d\u00e9couverte ? »<\/p>\n

Michon ne me parle pas de mon int\u00e9riorit\u00e9 ou de ma condition sociale. Il parle de ma pr\u00e9tention \u00e0 en faire de la litt\u00e9rature. Il expose le probl\u00e8me central de l’\u00e9crivain issu d’un monde « sans histoire » : le manque de mati\u00e8re \u00e9pique.<\/p>\n

Pourquoi Michon est-il l’\u00c9tape Cruciale ?<\/h2>\n

Parce qu’il incarne et r\u00e9sout, par l’exc\u00e8s stylistique, la tension entre les deux p\u00f4les : Il part du m\u00eame constat qu’Ernaux : le d\u00e9nuement. Pas de capitaines, pas de h\u00e9ros dans sa lign\u00e9e. Un h\u00e9ritage vide, « minuscule ». C’est le mat\u00e9riau de classe. Mais il y r\u00e9pond avec l’arme de Michaux : la d\u00e9mesure int\u00e9rieure. Sauf que cette d\u00e9mesure, il ne la puise pas dans les profondeurs psych\u00e9d\u00e9liques, il l’emprunte \u00e0 la biblioth\u00e8que. Il comble le vide social par la surabondance du langage et du mythe. En somme, Michon habite l’interstice ultime : L’interstice entre la petitesse du mat\u00e9riau biographique (le « fait vrai » d’Ernaux, la « vie minuscule ») et la grandeur d\u00e9mesur\u00e9e de la Langue (l’ambition litt\u00e9raire, le style comme monument).<\/p>\n

Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 le geste int\u00e9rieur (Michaux) et le geste sociologique (Ernaux), je dois maintenant analyser le geste litt\u00e9raire dans sa dimension la plus consciente, la plus probl\u00e9matique, la plus « pr\u00e9tentieuse ». Michon me force \u00e0 affronter les questions suivantes :<\/p>\n

La question du style<\/strong> : Apr\u00e8s la « langue plate » d’Ernaux et la langue « d’exploration » de Michaux, o\u00f9 puis me situer-je sur l’\u00e9chelle qui va de la trace sobre au lyrisme flamboyant ? Autrement dit : mon interstice a-t-il besoin d’\u00eatre chant\u00e9 ou constat\u00e9 ?<\/p>\n