{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/la-symphosphere.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/la-symphosphere.html", "title": "La Symphosph\u00e8re", "date_published": "2026-01-25T22:36:27Z", "date_modified": "2026-01-25T22:36:27Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
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Titre provisoire :<\/strong> La Symphosph\u00e8re<\/em> ou L’Accordeur<\/em><\/p>\n

\u00c9pigraphe :<\/strong> \"Ce que vous appelez silence est notre plus grande cacophonie.\"<\/em> — Ancien proverbe de Caelus<\/p>\n


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Premier jet — Chapitre 1 : Le D\u00e9saccord<\/strong><\/p>\n

Le vaisseau Harmonius<\/em> se posa dans un murmure d\u2019antigrav, silencieux comme tout ce que concevait l\u2019Union Terrienne. \u00c0 travers le hublot, le lieutenant Elara Voss contempla le paysage de Caelus. Ce n\u2019\u00e9tait pas une ville. Pas au sens humain.<\/p>\n

Il n\u2019y avait ni tours, ni routes, ni grilles. \u00c0 la place, des structures organiques et cristallines \u00e9mergeaient du sol comme des stalagmites g\u00e9antes, dispos\u00e9es en spirales fractales. Entre elles, des filaments d\u2019\u00e9nergie lumineuse palpitaient doucement, tels des nervures. Rien ne bougeait, et pourtant tout semblait\u2026 vibrer.<\/p>\n

-- Rien ne correspond aux scans architecturaux de la base de donn\u00e9es, commenta Kaelen, le x\u00e9no-arch\u00e9ologue. Pas de m\u00e9tal, pas d\u2019\u00e9lectronique concentr\u00e9e. On dirait une for\u00eat min\u00e9rale.<\/p>\n

-- Les signes de vie ? demanda Elara.<\/p>\n

-- Massifs. Des milliers de signatures biom\u00e9triques, mais dispers\u00e9es de fa\u00e7on homog\u00e8ne. Pas de foyers, pas de centres administratifs. Comme si toute la plan\u00e8te \u00e9tait une seule cit\u00e9.<\/p>\n

Ils avaient atterri en p\u00e9riph\u00e9rie de la zone la plus dense, l\u00e0 o\u00f9 les structures \u00e9taient plus basses, comme des notes graves avant le crescendo. La mission \u00e9tait simple : premier contact, \u00e9valuation du niveau technologique, \u00e9change culturel si possible. Une routine.<\/p>\n

Le sas s\u2019ouvrit. L\u2019air \u00e9tait frais, charg\u00e9 d\u2019un parfum d\u2019ozone et de quelque chose d\u2019autre\u2026 une sensation presque auditive, comme un bourdonnement \u00e0 la limite du perceptible.<\/p>\n

Elara sortit, son enregistreur environnemental \u00e0 la main. Elle per\u00e7ut alors le premier paradoxe : le silence<\/em>. Aucun bruit de machine, aucun cri, aucun murmure de voix. Seul le souffle du vent entre les structures, qui produisait des tonalit\u00e9s changeantes, m\u00e9lancoliques et complexes.<\/p>\n

-- Ils doivent communiquer par signes, ou par ph\u00e9romones, avan\u00e7a Kaelen, ajustant ses capteurs.<\/p>\n

C\u2019est alors qu\u2019Elle<\/em> arriva.<\/p>\n

Aucun pas n\u2019annon\u00e7a sa venue. Elle sembla simplement \u00e9merger de la lumi\u00e8re diffuse, glissant entre deux grandes colonnes iris\u00e9es. Son corps \u00e9tait \u00e9lanc\u00e9, recouvert d\u2019une peau nacr\u00e9e qui changeait subtilement de teinte selon l\u2019angle de la lumi\u00e8re. Pas de bouche visible. Mais ses mains\u2026 longues, aux doigts multiples, qui semblaient fr\u00e9mir en permanence.<\/p>\n

Elle s\u2019arr\u00eata \u00e0 trois m\u00e8tres. Et sans geste, sans son, Elara sentit une pr\u00e9sence<\/em> se former dans son esprit. Ce n\u2019\u00e9tait pas une voix. C\u2019\u00e9tait une sensation tonale<\/strong>, une note fondamentale, grave et apaisante, accompagn\u00e9e d\u2019un sentiment-image : Bienvenue. Curiosit\u00e9. Observation.<\/em><\/p>\n

-- Mon dieu\u2026 elle t\u00e9l\u00e9pathe, chuchota Kaelen.<\/p>\n

-- Non, r\u00e9pondit Elara, les yeux \u00e9carquill\u00e9s. Ce n\u2019est pas t\u00e9l\u00e9pathique. C\u2019est\u2026 acoustique. Elle projette une fr\u00e9quence que mon cerveau interpr\u00e8te comme une \u00e9motion.<\/p>\n

La Caelusienne leva une main. Du bout de ses doigts, une vibration presque visible fit trembler l\u2019air. En r\u00e9ponse, la colonne derri\u00e8re elle \u00e9mit un l\u00e9ger hum<\/em>, une tierce mineure parfaite. Puis une autre colonne plus loin r\u00e9pondit, une quinte. En quelques secondes, une br\u00e8ve phrase musicale se propagea dans la ville-structure, comme un \u00e9cho organis\u00e9.<\/p>\n

-- Elle vient de dire quelque chose \u00e0 sa cit\u00e9, r\u00e9alisa Elara. Et la cit\u00e9 a r\u00e9pondu.<\/p>\n

Chapitre 2 : La Gamme des petites choses<\/strong><\/p>\n

Les jours suivants furent une lente immersion dans le vertige.<\/p>\n

Les Caelusiens n\u2019avaient pas de langage parl\u00e9. Leur communication \u00e9tait une modulation de fr\u00e9quences subtiles, \u00e9mises par des membranes sous leur peau, per\u00e7ues par des organes en forme de lyre sur leur cr\u00e2ne. Leur \u00e9criture ? Des patterns de vibrations encod\u00e9s dans des cristaux r\u00e9sonants, qu\u2019ils « lisaient » en les effleurant.<\/p>\n

Leur technologie n\u2019utilisait ni roue, ni levier, ni \u00e9lectricit\u00e9. Elle utilisait la r\u00e9sonance harmonique<\/strong>.<\/p>\n

Elara les observa un jour « construire ». Un groupe se rassembla autour d\u2019un amas de poussi\u00e8re min\u00e9rale. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9mettre, ensemble, un accord complexe. La poussi\u00e8re se mit \u00e0 vibrer, \u00e0 danser, \u00e0 s\u2019organiser en filaments, puis en structures, comme du sable sur une plaque chantante, mais \u00e0 une \u00e9chelle monumentale. En quelques heures, une nouvelle « colonne-habitat » s\u2019\u00e9leva, parfaitement accord\u00e9e aux structures voisines, int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la symphonie g\u00e9om\u00e9trique de la cit\u00e9.<\/p>\n

-- Ils ne b\u00e2tissent pas, comprit Kaelen, sid\u00e9r\u00e9. Ils composent<\/em>. La mati\u00e8re est leur instrument, et l\u2019harmonie leur outil.<\/p>\n

Leur soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avait ni gouvernement, ni lois \u00e9crites. L\u2019ordre social \u00e9mergeait de « l\u2019Accord Global », une symphonie environnementale constante \u00e0 laquelle chaque individu s\u2019ajustait. Un conflit naissait-il ? Il se manifestait par une dissonance locale. Les anciens, les « Accordeurs », intervenaient alors non pour juger, mais pour proposer une nouvelle fr\u00e9quence de conciliation, un intervalle qui transformerait le conflit en contrepoint enrichissant.<\/p>\n

Elara apprit \u00e0 percevoir, non pas avec ses oreilles, mais avec son corps tout entier. Elle apprit que le « vent » qu\u2019elle entendait n\u2019\u00e9tait pas al\u00e9atoire : il \u00e9tait canalis\u00e9, sculpt\u00e9 par les structures pour apporter des nutriments, polir les surfaces, et diffuser les messages \u00e0 grande \u00e9chelle. La ville enti\u00e8re \u00e9tait un instrument vivant, et ses habitants en \u00e9taient les musiciens.<\/p>\n

Chapitre 3 : La dissonance<\/strong><\/p>\n

La crise survint le dixi\u00e8me jour.<\/p>\n

Une \u00e9quipe terrienne, en analysant une « zone r\u00e9sonante », activa par inadvertance un scanner \u00e0 impulsion magn\u00e9tique. Pour les humains, un simple clic. Pour les Caelusiens, ce fut un coup de gong strident et discordant, une violence sonore pure qui se propagea comme une onde de choc dans le r\u00e9seau sensible de la cit\u00e9.<\/p>\n

L\u2019effet fut imm\u00e9diat. Les structures p\u00e2lirent. Les Caelusiens, toujours si gracieux, se tordirent de douleur, leurs \u00e9missions devinrent chaotiques, criardes. La belle harmonie ambiante se brisa en un chaos de grincements mentaux.<\/p>\n

L\u2019Accordeur principal, celui qui avait accueilli Elara, vint \u00e0 elle. Son \u00e9mission n\u2019\u00e9tait plus une note apaisante, mais un glissando de souffrance et d\u2019incompr\u00e9hension. L\u2019image-sentiment qui frappa Elara fut celle d\u2019une toile d\u2019araign\u00e9e parfaite, soudain d\u00e9chir\u00e9e par un b\u00e2ton.<\/p>\n

-- Nous avons bless\u00e9 leur monde, r\u00e9alisa-t-elle, le c\u0153ur serr\u00e9. Pas physiquement. Musicalement.<\/p>\n

Les protocoles de l\u2019Union pr\u00e9voyaient des compensations mat\u00e9rielles : \u00e9nergie, m\u00e9dicaments, technologie. Mais comment compenser une blessure de l\u2019harmonie ? Comment r\u00e9parer une symphonie d\u00e9chir\u00e9e ?<\/p>\n

Chapitre 4 : La note de r\u00e9paration<\/strong><\/p>\n

Kaelen voulait \u00e9vacuer, appliquer le protocole de « non-interf\u00e9rence ». Mais Elara refusa.<\/p>\n

Elle avait pass\u00e9 des jours \u00e0 \u00e9couter. Maintenant, elle devait r\u00e9pondre<\/em>.<\/p>\n

Elle se souvint d\u2019une le\u00e7on des Accordeurs : chaque \u00eatre, chaque objet, poss\u00e8de une fr\u00e9quence fondamentale, son « chant propre ». La gu\u00e9rison passait par la r\u00e9sonance avec cette fr\u00e9quence.<\/p>\n

Elle se dirigea vers la source de la dissonance, la zone du scan. Elle ignora son \u00e9quipement, ferma les yeux, et se concentra sur la vibration r\u00e9siduelle de la terre, de l\u2019air, des structures bless\u00e9es. Ce n\u2019\u00e9tait plus de la science. C\u2019\u00e9tait de l\u2019empathie pure.<\/p>\n

Et puis, elle chanta.<\/p>\n

Pas avec des mots. Avec une note unique, tenue, qu\u2019elle tira du plus profond de son souffle, cherchant \u00e0 retrouver la fr\u00e9quence originelle du lieu, celle qu\u2019elle y avait per\u00e7ue avant la rupture.<\/p>\n

Ce fut faible, imparfait, humain.<\/p>\n

Mais de partout, des Caelusiens se tourn\u00e8rent vers elle. Un, puis dix, puis cent. Ils per\u00e7urent l\u2019intention, l\u2019effort pour comprendre<\/em>, et non pour dominer.<\/p>\n

L\u2019Accordeur s\u2019approcha. Il joignit sa propre fr\u00e9quence \u00e0 celle d\u2019Elara, stabilisant sa note, la purifiant. Puis un autre fit de m\u00eame, ajoutant un harmonique. Bient\u00f4t, un ch\u0153ur d\u2019\u00eatres enveloppa la zone bless\u00e9e, tissant une nouvelle phrase musicale, non plus pour effacer la dissonance, mais pour l\u2019int\u00e9grer, la transformer en un motif poignant dans la grande partition de la cit\u00e9.<\/p>\n

La cicatrice sonore \u00e9tait toujours l\u00e0, mais elle \u00e9tait devenue m\u00e9moire, rappel, et non plus douleur ouverte.<\/p>\n

\u00c9pilogue : Le nouvel accord<\/strong><\/p>\n

Elara resta sur Caelus. L\u2019Union Terrienne, perplexe, classa le monde comme « prot\u00e9g\u00e9, civilisation non-technologique \u00e0 haut d\u00e9veloppement philosophique ». Ils \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel.<\/p>\n

Assise sur une colline, Elara regardait la cit\u00e9 vibrer sous le double coucher de soleils. Elle ne percevait plus le silence. Elle entendait maintenant la musique des petites choses : le chant des cristaux en croissance, le bourdonnement des flux d\u2019\u00e9nergie, le contrepoint des \u00e9changes lointains entre Accordeurs.<\/p>\n

Elle avait appris que la plus grande technologie n\u2019\u00e9tait pas la ma\u00eetrise de la mati\u00e8re, mais l\u2019art de l\u2019\u00e9coute. Que la paix n\u2019\u00e9tait pas l\u2019absence de conflit, mais la capacit\u00e9 \u00e0 transformer la dissonance en richesse.<\/p>\n

Sur son journal, elle n\u2019\u00e9crivit pas de rapport. Elle nota une simple phrase, dict\u00e9e par l\u2019Accordeur :<\/p>\n

« Vous cherchiez des villes de pierre et de lumi\u00e8re. Nous habitons des symphonies. Vous parlez de conqu\u00eate. Nous parlons d\u2019accord. L\u2019univers ne bruisse-t-il pas d\u00e9j\u00e0 de la musique de toute chose ? Il ne reste qu\u2019\u00e0 apprendre \u00e0 l\u2019entendre. »<\/em><\/p>\n

Et dans le grand concert de Caelus, une nouvelle voix, timide mais sinc\u00e8re, avait trouv\u00e9 sa place. Une voix humaine, devenue enfin harmonique.<\/p>\n


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Note de l’auteur<\/strong> :
\nCette \u00e9bauche pose les fondations d\u2019un r\u00e9cit qui pourrait s\u2019approfondir vers :<\/p>\n