{ "version": "https://jsonfeed.org/version/1.1", "title": "Le dibbouk", "home_page_url": "https:\/\/ledibbouk.net\/", "feed_url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/spip.php?page=feed_json", "language": "fr-FR", "items": [ { "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/phrases-fevrier-2026.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/phrases-fevrier-2026.html", "title": "Phrases-F\u00e9vrier 2026", "date_published": "2026-02-04T09:37:24Z", "date_modified": "2026-02-05T08:27:17Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
\nParfois, quand j\u2019ai le temps, j\u2019observe, retenant ma respiration ; \u00e0 l\u2019aff\u00fbt ; et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la t\u00eate, car c\u2019est le plus souvent une t\u00eate, rentre dans le marais ; je puise vivement, c\u2019est de la boue, de la boue tout \u00e0 fait ordinaire ou du sable, du sable\u2026Ca ne s\u2019ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu\u2019il n\u2019y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courb\u00e9 comme dans un tunnel bas. Henri Michaux<\/strong> , Mes propri\u00e9t\u00e9s Extraits de L\u2019espace du dedans [mot-cl\u00e9s : \u00e9criture de l’interstice]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nTHE ancient fable of two antagonistic spirits imprisoned in one body, equally powerful and having the complete mastery by turns — of one man, that is to say, inhabited by both a devil and an angel — seems to have been realized, if all we hear is true, in the character of the extraordinary man whose name we have written above. Willis<\/strong> Death Of Edgar A. Poe. By N. P. Willis. Nathaniel Parker Willis, “Death of Edgar Poe,” Home Journal (New York), October 20, 1849. [mots-cl\u00e9s : traduire, trahir, adapter]<\/p>\n<\/blockquote>\n
5 f\u00e9vrier 2026<\/h3>\n
\nEt puis, entre les deux cours, au printemps 1979 (du 15 avril au 3 juin), c\u2019est l\u2019\u00e9criture du livre sur la photographie, La Chambre claire, qui est probablement le roman de Barthes, un roman inou\u00ef, totalement novateur, une fiction de la r\u00e9surrection de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 dont les rayons qui \u00e9manaient de son corps et son visage au moment de la pose rebondissent sur les halog\u00e9nures d\u2019argent pour venir toucher celui qui regarde l\u2019image. Bernard comment<\/strong> Dans Pr\u00e9paration du Roman ( Barthes) Ao\u00fbt 2015 {mot-cl\u00e9s : regard]<\/p>\n<\/blockquote>", "content_text": " ## 4 f\u00e9vrier 2026 >Parfois, quand j\u2019ai le temps, j\u2019observe, retenant ma respiration ; \u00e0 l\u2019aff\u00fbt ; et si je vois quelque chose, je pars comme une balle et saute sur les lieux, mais la t\u00eate, car c\u2019est le plus souvent une t\u00eate, rentre dans le marais ; je puise vivement, c\u2019est de la boue, de la boue tout \u00e0 fait ordinaire ou du sable, du sable\u2026Ca ne s\u2019ouvre pas non plus sur un beau ciel. Quoiqu\u2019il n\u2019y ait rien au dessus, semble-t-il, il faut y marcher courb\u00e9 comme dans un tunnel bas.** Henri Michaux** , Mes propri\u00e9t\u00e9s Extraits de L\u2019espace du dedans [mot-cl\u00e9s: \u00e9criture de l'interstice] >THE ancient fable of two antagonistic spirits imprisoned in one body, equally powerful and having the complete mastery by turns \u2014 of one man, that is to say, inhabited by both a devil and an angel \u2014 seems to have been realized, if all we hear is true, in the character of the extraordinary man whose name we have written above. **Willis** Death Of Edgar A. Poe. By N. P. Willis. Nathaniel Parker Willis, \u201cDeath of Edgar Poe,\u201d Home Journal (New York), October 20, 1849. [mots-cl\u00e9s : traduire, trahir, adapter] ### 5 f\u00e9vrier 2026 >Et puis, entre les deux cours, au printemps 1979 (du 15 avril au 3 juin), c\u2019est l\u2019\u00e9criture du livre sur la photographie, La Chambre claire, qui est probablement le roman de Barthes, un roman inou\u00ef, totalement novateur, une fiction de la r\u00e9surrection de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 dont les rayons qui \u00e9manaient de son corps et son visage au moment de la pose rebondissent sur les halog\u00e9nures d\u2019argent pour venir toucher celui qui regarde l\u2019image. ** Bernard comment** Dans Pr\u00e9paration du Roman ( Barthes) Ao\u00fbt 2015 {mot-cl\u00e9s : regard] ", "image": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/IMG\/logo\/photo-augusto.jpg?1770197797", "tags": ["phrases"] } ,{ "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/phrases-janvier-2026.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/phrases-janvier-2026.html", "title": "Phrases-Janvier 2026", "date_published": "2026-01-28T11:57:00Z", "date_modified": "2026-02-04T09:38:25Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
7 janvier 2026<\/h2>\n
\nTous les matins du monde sont sans retour. Et les amis. Tacite dit qu’il n’y a qu’un tombeau : le c\u0153ur de l’ami. Il dit que la m\u00e9moire n’est pas un s\u00e9pulcre mais une arrestation dans le pass\u00e9 simple. Cette arrestation veille ; elle guette et interdit le retour. Il dit que le s\u00e9jour o\u00f9 r\u00e9sident ceux qu’on a aim\u00e9s n’est pas l’enfer ; que la douleur o\u00f9 s’an\u00e9antit l’\u00e2me qui aime n’est pas un s\u00e9jour mais une rage ; que sur l’image de cire n’ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s qu’un \u00e2ge et une expression. Seul l’ami — \u00e9crivait jadis Cornelius Tacitus dans sa villa d’Interamne — bless\u00e9 par l’abandon, mais point d\u00e9sorganis\u00e9 par la souffrance, peut conserver la trace du son et du flux o\u00f9 se distribuait la voix. Petits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : amiti\u00e9, r\u00e9sider, abandon, Tacite]<\/p>\n<\/blockquote>\n
8 janvier 2026<\/h2>\n
\nLa ma\u00eetrise n’est qu’une adresse de la maladresse.\n(Le d\u00e9faut de mon pouvoir sur elle, plus l’\u00e9tranget\u00e9 absolue de son pouvoir, font un temps une mani\u00e8re d’assurance. Sans doute est-ce par ce qu’elle « m’aveugle » que je « per\u00e7ois » ce que je per\u00e7ois. Mais non aveugler un aveugle ». Le redoublement — la r\u00e9flexivit\u00e9 — est ici sans d\u00e9termination.\nPour user d’une autre figure, l’ombre que fait la langue sur les corps, ils ne peuvent la dire, la bouche \u00e9tant trop obscure, que cette ombre s’y porte.) Petits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : maladresse, adresse,pouvoir]<\/p>\n<\/blockquote>\n
9 janvier 2026<\/h2>\n
\nEntre la langue et la voix engren\u00e9e sur le souffle d’un corps. Page et livre seraient seconds, inessentiels, d\u00e9nu\u00e9s d’autonomie dans leur mati\u00e8re, dans leur histoire, dans leur pouvoir. Les livres seraient des accidents dans la m\u00e9diation du sonore. Le livre ne serait qu’un blanc (le pi\u00e8ge d’un blanc) entre la voix et son \u00e9nonciation. Blanc comme air. Noir comme le corbeau. Blanc comme l’a\u00e9rant de la page. L’ajourant.
\nMais loin de s’absorber dans l’habile enchev\u00eatrement des fictions qui le composent, il c\u00e9da moins \u00e0 l’attrait des aventures rapport\u00e9es qu’aux pouvoirs exerc\u00e9s par les rythmes successifs des phrases. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\u00c0 mesure que j’y pr\u00eate attention et que mon corps se plie \u00e0 son pouvoir, au vide en moi, par lequel elle sonne, je reconnais que cette voix n’existe pas.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\n« Visiblement, dit-il \u00e0 part soi, ahanant sur son mot \u00e0 mot, cette langue est \u00e0 bout de rouleau ! Cela saute aux yeux ! C’est l\u00e0 un reliquat de compte, un mauvais rebut, sans invention, ni exp\u00e9dient, ni recours, qui ne tient plus rien en r\u00e9serve. La mort sans conteste a tout \u00e0 fait paralys\u00e9 ses pouvoirs ; l’impotence, l’imb\u00e9cillit\u00e9 et le froid l’ont gagn\u00e9e. Ils la transissent ; ils l’entravent au point de l’immobiliser. Une langue vivante, c’est un v\u00e9ritable coma ! Et le dictionnaire un tas de b\u00fbches ! »\nPetits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : langue, voix, accident,m\u00e9diation sonore, livre, blanc, ajourant]<\/p>\n<\/blockquote>\n
12 janvier 2026<\/h2>\n
\nLongtemps, \u00e0 des reprises diverses, il lut ce livre. Il y emprunta sans compter, adaptant de longs contes, transformant parties ou tout, relevant tel trait, amplifiant tel tour, extrayant telle intrigue seconde. Mais loin de s’absorber dans l’habile enchev\u00eatrement des fictions qui le composent, il c\u00e9da moins \u00e0 l’attrait des aventures rapport\u00e9es qu’aux pouvoirs exerc\u00e9s par les rythmes successifs des phrases. <\/p>\n<\/blockquote>\n
\nSans doute chacun cherche-t-il \u00e0 se faire reconna\u00eetre de ceux qu’il conna\u00eet — mais chacun cherchant dans ce cas \u00e0 se faire reconna\u00eetre « le m\u00eame diff\u00e9rent », ne serait-ce que pour pouvoir \u00eatre reconnu.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\n(Une langue morte : une langue \u00e9crite, seulement \u00e9crite. Elle ne suppose pas qu’un corps lui pr\u00eate sa voix. Ne cherchant que l’intransposable en elle, elle d\u00e9laisse la communication, s’\u00e9loigne des corps. Non seulement elle n’a plus \u00e0 \u00eatre dite, elle cherche \u00e0 ne plus pouvoir l’\u00eatre.\nOr cette notion ne r\u00e9f\u00e8re pas au statut hypoth\u00e9tique des langues. Elle s’\u00e9change \u00e0 la notion de « livre ».)<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nToute citation est — en vieille rh\u00e9torique — une \u00e9thop\u00e9e : c’est faire parler l’absent. S’effacer devant le mort. Mais aussi bien l’insistant rituel selon lequel on mangeait le corps des morts, ou celui du dieu. Sacrifice pour s’en pr\u00e9server, pour contenir ce pouvoir en le d\u00e9coupant en morceaux et en l’ing\u00e9rant pour partie. Petits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : \u00e9thop\u00e9e, citation, rh\u00e9torique, absence, sacrifice]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nCe qui frappe d\u2019abord, c\u2019est le r\u00e9gime cognitif : synth\u00e9tiser comme compression. Le verbe suppose qu\u2019il y a du “trop” et qu\u2019il faut en faire du “moins”, sans perdre l\u2019essentiel. C\u2019est une promesse s\u00e9duisante : obtenir le b\u00e9n\u00e9fice de la complexit\u00e9 sans payer son co\u00fbt. Lire sans lire, comprendre sans traverser, d\u00e9cider sans s\u2019embarrasser. Dans un monde satur\u00e9 d\u2019informations, cette promesse est devenue un id\u00e9al de survie. Mais elle contient aussi une m\u00e9taphysique discr\u00e8te : l\u2019essentiel existerait ind\u00e9pendamment des formes, comme un noyau qu\u2019on pourrait extraire. Or, dans l\u2019\u00e9criture, l\u2019essentiel n\u2019est pas un noyau naturel ; c\u2019est une construction. Ce qui compte n\u2019est pas seulement ce qui est dit, mais comment cela est dit, \u00e0 quel endroit, dans quelle s\u00e9quence, avec quelles nuances, quelles h\u00e9sitations, quelles r\u00e9sistances. La synth\u00e8se coupe souvent ces forces-l\u00e0 parce qu\u2019elles sont difficiles \u00e0 “faire tenir”. EcrireClair.net - S\u00e9bastien Bailly<\/a><\/strong> [mots cl\u00e9s : synth\u00e9tiser]<\/p>\n<\/blockquote>\n
13 janvier 2026<\/h2>\n
\nSouvent il partait en barque au pied lev\u00e9, avec seulement deux livres, un fourneau \u00e0 th\u00e9 et un n\u00e9cessaire d’\u00e9criture. Dans chacune de ses barques, pour pouvoir partir dans la pr\u00e9cipitation de l’envie, il laissait entrepos\u00e9 un mat\u00e9riel de p\u00eache complet, une canne de bambou, des hame\u00e7ons, une bo\u00eete de cendres pour se nettoyer les doigts ou l’anus, une balance pour recueillir les poissons. <\/p>\n<\/blockquote>\n
\nToutes les biblioth\u00e8ques, comme les langues, sont toujours n\u00e9es de pillages, confiscations, transferts de tr\u00e9sors, d’hommes, de pouvoirs, de dominations, de narcissismes, de soup\u00e7ons et de censures, d’apparats et de louanges, de gestes somptuaires et de proclamations d’interdits. Petits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : occurence, pouvoir]<\/p>\n<\/blockquote>\n
14 janvier 2026<\/h2>\n
\nComme il peut \u00eatre « mis en musique<\/strong> » : po\u00e8me « mis en page ». De m\u00eame qu’une voix se pose : il semble que la page pose la voix. Dans son rythme, ses blancs, il semble que sa mati\u00e8re s’assujettit \u00e0 l’\u00e9nonciation qui sera faite d’elle : non dans le pr\u00e9sent de son inscription. Mais dans l’ult\u00e9riorit\u00e9 des souffles et des vents o\u00f9 elle p\u00e9rira aussit\u00f4t, rong\u00e9e par l’air, apr\u00e8s qu’elle aura, un temps d’instant, sonn\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nS’il est vrai que la ponctuation d’un livre est plus affaire de syntaxe que de souffle, il reste que parfois pareille voix fictive parcourt effectivement le corps. M\u00eame, quand le livre est tr\u00e8s beau, elle fait penser que la lecture n’est pas si loin de l’audition, ni le silence du livre tout \u00e0 fait \u00e9loign\u00e9 d’une « musique<\/strong> extr\u00eame » — encore qu’il faille affirmer aussit\u00f4t qu’elle est imperceptible.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nEn 1532, en Avignon, Jean de Chaney substitua aux notes de musique<\/strong> losang\u00e9es des notes arrondies grav\u00e9es par \u00c9tienne Briard.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nLa musique<\/strong> \u00e9voque son d\u00e9faut. Lire y sombre un tout petit peu — quelques fr\u00e9missements qui se lisent encore parfois, \u00e0 peine, sur le bord des l\u00e8vres de ceux qui lisent, et qui font songer \u00e0 une envie de pleurer qu’on r\u00e9prime.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nQuand le silence de la lecture m’angoissait, ou quand la position de la lecture m’enfourmillait, je faisais de la musique<\/strong>.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nParfois je traversais le pont alors tout neuf qui m\u00e8ne d’Ancenis \u00e0 Lir\u00e9. J’avais le sentiment de quitter la musique<\/strong> pour le silence.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nDe quitter le XIXe si\u00e8cle (\u00e0 quoi me faisait in\u00e9vitablement penser le march\u00e9 d’Ancenis, Julien Gracq enfant venant en carriole prendre des le\u00e7ons de musique<\/strong> chez ma grand-tante, contre laquelle il a conserv\u00e9 beaucoup de vitup\u00e9ration) pour le XVIe si\u00e8cle ; de quitter les hommes pour les poissons ; Dieu pour la rive de sable ; les touches et les jeux d’ivoire et le son qui tonitruait et qui h\u00e9rissait d’\u00e9motion les cheveux et le centre du dos pour leur substituer la lecture silencieuse comme la p\u00eache silencieuse.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nIl y avait un nid, un pont, une musique<\/strong> grave dans l’\u00e9glise froide qu’on pouvait apercevoir de loin ; et un fleuve magnifique o\u00f9 on se noie et qu’il fallait traverser pr\u00e9cipitamment.<\/p>\n<\/blockquote>\n
Petits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : Musique, silence]<\/p>\n
15 janvier 2026<\/h2>\n
\nC’est ainsi que j’allais lire \u00e0 Lir\u00e9. Il y avait un lieu que j’aimais qui \u00e9tait le futur du verbe dont j’allais faire ma vie. Il y avait un nid, un pont, une musique grave dans l’\u00e9glise froide qu’on pouvait apercevoir de loin ; et un fleuve magnifique o\u00f9 on se noie et qu’il fallait traverser pr\u00e9cipitamment. \nPetits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : Musique, silence]<\/p>\n<\/blockquote>\n
16 janvier 2026<\/h2>\n
\nOn a souvent not\u00e9 que l’art moderne depuis le romantisme — \u00e0 l’image des m\u0153urs dans nos soci\u00e9t\u00e9s depuis le romantisme, et avec le remarquable appoint de deux guerres presque mondiales — \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9 par l’aversion contre les formes de la tradition, par la haine r\u00e9vuls\u00e9e des conventions, par le souci de se diff\u00e9rencier d’autrui \u00e0 tout prix et par le discr\u00e9dit frappant le souvenir des morts. On a appel\u00e9 cela de noms diff\u00e9rents : romantisme, expressionnisme, modernit\u00e9, d\u00e9formalisation etc.\nAucune attitude, aucune \u0153uvre, aucune mode vestimentaire, aucune coiffure, aucun sentiment ne doit \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9. \u00c0 quelque situation ou \u00e0 quelque \u00e9motion que ce soit, on est tenu de r\u00e9pondre originalement. Cet interdit frappe tout comportement traditionnel, toute formule rituelle, toute pratique artisanale. Ne pas respecter le ma\u00eetre : se distinguer du voisin. Toute forme lance un d\u00e9fi et cette obligation \u00e0 l’invention p\u00e8se d’un poids plus lourd encore que l’asservissement \u00e0 un mod\u00e8le pr\u00e9\u00e9tabli. Cette exigence est passionnante. Je ne suis pas tr\u00e8s assur\u00e9 du d\u00e9sir qui la sous-tend. \nPetits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : situation]<\/p>\n<\/blockquote>\n
17 janvier 2026<\/h2>\n
\nLes mots d\u00e9m\u00e9nagent dans le monde les \u00eatres qu’ils \u00e9voquent. Cette capacit\u00e9, qui est celle des f\u00e9es, est un pouvoir qui emplit d’\u00e9pouvante. Avec les mots je transporte avec moi o\u00f9 je veux le nuage, la douleur, Nausicaa apparaissant sur la gr\u00e8ve, la guerre des Boers, une petite primev\u00e8re jaune.\nPetits trait\u00e9s<\/strong> Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : nuage]<\/p>\n<\/blockquote>\n
21 janvier 2026<\/h2>\n
\nEt je dirai que mieux valent les leurres de la subjectivit\u00e9 que les impostures de l\u2019objectivit\u00e9. Mieux vaut l\u2019Imaginaire du Sujet que sa censure. \nRoland Barthes<\/strong> La pr\u00e9paration du roman, 2 d\u00e9cembre 1978. [mots-cl\u00e9s : censures]<\/p>\n<\/blockquote>\n
25 janvier 2026<\/h2>\n
\nCette transformation est active : je sens que la Photographie cr\u00e9e mon corps ou le mortifie, selon son bon plaisir (apologue de ce pouvoir<\/strong> mortif\u00e8re : certains Communards pay\u00e8rent de leur vie leur complaisance \u00e0 poser sur les barricades : vaincus, ils furent reconnus par les policiers de Thiers et presque tous fusill\u00e9s).\n Roland Barthes<\/strong> La chambe Claire [Mots cl\u00e9s : poser, pouvoir]<\/p>\n<\/blockquote>\n
26 janvier 2026<\/h2>\n
\n[...] Cette impasse est un peu celle de Brecht : il fut hostile \u00e0 la Photographie en raison (disait-il) de la faiblesse de son pouvoir critique ; mais son th\u00e9\u00e2tre n\u2019a jamais pu lui-m\u00eame \u00eatre politiquement efficace, \u00e0 cause de sa subtilit\u00e9 et de sa qualit\u00e9 esth\u00e9tique.\n Roland Barthes<\/strong> La chambe Claire [Mots cl\u00e9s :Brecht ; critique, photographie, pouvoir]<\/p>\n<\/blockquote>\n
28 janvier 2026<\/h2>\n
\nIl y a d’abord des images, famili\u00e8res ou obs\u00e9dantes ; des cartes \u00e9tal\u00e9es que tu prends et reprends sans cesse, sans jamais parvenir \u00e0 les ordonner comme tu le voudrais, avec cette impression d\u00e9sagr\u00e9able d’avoir besoin d’achever, de r\u00e9ussir cette mise en ordre, comme si d’elle d\u00e9pendait le d\u00e9voilement d’une v\u00e9rit\u00e9 essentielle, mais c’est toujours la m\u00eame carte que tu prends et reprends, poses et reposes, classes et reclasses ; des foules qui montent et descendent, vont et viennent ; des murs qui t’entourent et dont tu cherches l’issue secr\u00e8te, le bouton cach\u00e9 qui fera basculer les parois, s’envoler le plafond ; des formes qui s’esquissent, s’esquivent, reviennent, disparaissent, s’approchent, s’estompent, flammes ou femmes qui dansent, jeux d’ombres.\nGeorges Perec<\/strong>, Un homme qui dort \u00e9dition Folio page 21\n[Mots cl\u00e9s :Carte, prendre et reprendre, murs, jeux d’ombres]<\/p>\n<\/blockquote>", "content_text": " ## 7 janvier 2026 >Tous les matins du monde sont sans retour. Et les amis. Tacite dit qu'il n'y a qu'un tombeau : le c\u0153ur de l'ami. Il dit que la m\u00e9moire n'est pas un s\u00e9pulcre mais une arrestation dans le pass\u00e9 simple. Cette arrestation veille ; elle guette et interdit le retour. Il dit que le s\u00e9jour o\u00f9 r\u00e9sident ceux qu'on a aim\u00e9s n'est pas l'enfer ; que la douleur o\u00f9 s'an\u00e9antit l'\u00e2me qui aime n'est pas un s\u00e9jour mais une rage ; que sur l'image de cire n'ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s qu'un \u00e2ge et une expression. Seul l'ami \u2014 \u00e9crivait jadis Cornelius Tacitus dans sa villa d'Interamne \u2014 bless\u00e9 par l'abandon, mais point d\u00e9sorganis\u00e9 par la souffrance, peut conserver la trace du son et du flux o\u00f9 se distribuait la voix. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : amiti\u00e9, r\u00e9sider, abandon, Tacite] ## 8 janvier 2026 >La ma\u00eetrise n'est qu'une adresse de la maladresse. (Le d\u00e9faut de mon pouvoir sur elle, plus l'\u00e9tranget\u00e9 absolue de son pouvoir, font un temps une mani\u00e8re d'assurance. Sans doute est-ce par ce qu'elle \u00ab m'aveugle \u00bb que je \u00ab per\u00e7ois \u00bb ce que je per\u00e7ois. Mais non aveugler un aveugle \u00bb. Le redoublement \u2014 la r\u00e9flexivit\u00e9 \u2014 est ici sans d\u00e9termination. Pour user d'une autre figure, l'ombre que fait la langue sur les corps, ils ne peuvent la dire, la bouche \u00e9tant trop obscure, que cette ombre s'y porte.) **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : maladresse, adresse,pouvoir] ## 9 janvier 2026 >Entre la langue et la voix engren\u00e9e sur le souffle d'un corps. Page et livre seraient seconds, inessentiels, d\u00e9nu\u00e9s d'autonomie dans leur mati\u00e8re, dans leur histoire, dans leur pouvoir. Les livres seraient des accidents dans la m\u00e9diation du sonore. Le livre ne serait qu'un blanc (le pi\u00e8ge d'un blanc) entre la voix et son \u00e9nonciation. Blanc comme air. Noir comme le corbeau. Blanc comme l'a\u00e9rant de la page. L'ajourant. >Mais loin de s'absorber dans l'habile enchev\u00eatrement des fictions qui le composent, il c\u00e9da moins \u00e0 l'attrait des aventures rapport\u00e9es qu'aux pouvoirs exerc\u00e9s par les rythmes successifs des phrases. >\u00c0 mesure que j'y pr\u00eate attention et que mon corps se plie \u00e0 son pouvoir, au vide en moi, par lequel elle sonne, je reconnais que cette voix n'existe pas. >\u00ab Visiblement, dit-il \u00e0 part soi, ahanant sur son mot \u00e0 mot, cette langue est \u00e0 bout de rouleau ! Cela saute aux yeux ! C'est l\u00e0 un reliquat de compte, un mauvais rebut, sans invention, ni exp\u00e9dient, ni recours, qui ne tient plus rien en r\u00e9serve. La mort sans conteste a tout \u00e0 fait paralys\u00e9 ses pouvoirs ; l'impotence, l'imb\u00e9cillit\u00e9 et le froid l'ont gagn\u00e9e. Ils la transissent ; ils l'entravent au point de l'immobiliser. Une langue vivante, c'est un v\u00e9ritable coma ! Et le dictionnaire un tas de b\u00fbches ! \u00bb **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : langue, voix, accident,m\u00e9diation sonore, livre, blanc, ajourant] ## 12 janvier 2026 >Longtemps, \u00e0 des reprises diverses, il lut ce livre. Il y emprunta sans compter, adaptant de longs contes, transformant parties ou tout, relevant tel trait, amplifiant tel tour, extrayant telle intrigue seconde. Mais loin de s'absorber dans l'habile enchev\u00eatrement des fictions qui le composent, il c\u00e9da moins \u00e0 l'attrait des aventures rapport\u00e9es qu'aux pouvoirs exerc\u00e9s par les rythmes successifs des phrases. >Sans doute chacun cherche-t-il \u00e0 se faire reconna\u00eetre de ceux qu'il conna\u00eet \u2014 mais chacun cherchant dans ce cas \u00e0 se faire reconna\u00eetre \u00ab le m\u00eame diff\u00e9rent \u00bb, ne serait-ce que pour pouvoir \u00eatre reconnu. >(Une langue morte : une langue \u00e9crite, seulement \u00e9crite. Elle ne suppose pas qu'un corps lui pr\u00eate sa voix. Ne cherchant que l'intransposable en elle, elle d\u00e9laisse la communication, s'\u00e9loigne des corps. Non seulement elle n'a plus \u00e0 \u00eatre dite, elle cherche \u00e0 ne plus pouvoir l'\u00eatre. Or cette notion ne r\u00e9f\u00e8re pas au statut hypoth\u00e9tique des langues. Elle s'\u00e9change \u00e0 la notion de \u00ab livre \u00bb.) >Toute citation est \u2014 en vieille rh\u00e9torique \u2014 une \u00e9thop\u00e9e : c'est faire parler l'absent. S'effacer devant le mort. Mais aussi bien l'insistant rituel selon lequel on mangeait le corps des morts, ou celui du dieu. Sacrifice pour s'en pr\u00e9server, pour contenir ce pouvoir en le d\u00e9coupant en morceaux et en l'ing\u00e9rant pour partie. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : \u00e9thop\u00e9e, citation, rh\u00e9torique, absence, sacrifice] >Ce qui frappe d\u2019abord, c\u2019est le r\u00e9gime cognitif : synth\u00e9tiser comme compression. Le verbe suppose qu\u2019il y a du \u201ctrop\u201d et qu\u2019il faut en faire du \u201cmoins\u201d, sans perdre l\u2019essentiel. C\u2019est une promesse s\u00e9duisante : obtenir le b\u00e9n\u00e9fice de la complexit\u00e9 sans payer son co\u00fbt. Lire sans lire, comprendre sans traverser, d\u00e9cider sans s\u2019embarrasser. Dans un monde satur\u00e9 d\u2019informations, cette promesse est devenue un id\u00e9al de survie. Mais elle contient aussi une m\u00e9taphysique discr\u00e8te : l\u2019essentiel existerait ind\u00e9pendamment des formes, comme un noyau qu\u2019on pourrait extraire. Or, dans l\u2019\u00e9criture, l\u2019essentiel n\u2019est pas un noyau naturel ; c\u2019est une construction. Ce qui compte n\u2019est pas seulement ce qui est dit, mais comment cela est dit, \u00e0 quel endroit, dans quelle s\u00e9quence, avec quelles nuances, quelles h\u00e9sitations, quelles r\u00e9sistances. La synth\u00e8se coupe souvent ces forces-l\u00e0 parce qu\u2019elles sont difficiles \u00e0 \u201cfaire tenir\u201d. **[EcrireClair.net - S\u00e9bastien Bailly->https:\/\/www.patreon.com\/posts\/les-mots-des-146830354?utm_medium=clipboard_copy&utm_source=copyLink&utm_campaign=postshare_fan&utm_content=web_share]** [mots cl\u00e9s: synth\u00e9tiser] ## 13 janvier 2026 >Souvent il partait en barque au pied lev\u00e9, avec seulement deux livres, un fourneau \u00e0 th\u00e9 et un n\u00e9cessaire d'\u00e9criture. Dans chacune de ses barques, pour pouvoir partir dans la pr\u00e9cipitation de l'envie, il laissait entrepos\u00e9 un mat\u00e9riel de p\u00eache complet, une canne de bambou, des hame\u00e7ons, une bo\u00eete de cendres pour se nettoyer les doigts ou l'anus, une balance pour recueillir les poissons. >Toutes les biblioth\u00e8ques, comme les langues, sont toujours n\u00e9es de pillages, confiscations, transferts de tr\u00e9sors, d'hommes, de pouvoirs, de dominations, de narcissismes, de soup\u00e7ons et de censures, d'apparats et de louanges, de gestes somptuaires et de proclamations d'interdits. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : occurence, pouvoir] ## 14 janvier 2026 >Comme il peut \u00eatre \u00ab mis en **musique** \u00bb : po\u00e8me \u00ab mis en page \u00bb. De m\u00eame qu'une voix se pose : il semble que la page pose la voix. Dans son rythme, ses blancs, il semble que sa mati\u00e8re s'assujettit \u00e0 l'\u00e9nonciation qui sera faite d'elle : non dans le pr\u00e9sent de son inscription. Mais dans l'ult\u00e9riorit\u00e9 des souffles et des vents o\u00f9 elle p\u00e9rira aussit\u00f4t, rong\u00e9e par l'air, apr\u00e8s qu'elle aura, un temps d'instant, sonn\u00e9. >S'il est vrai que la ponctuation d'un livre est plus affaire de syntaxe que de souffle, il reste que parfois pareille voix fictive parcourt effectivement le corps. M\u00eame, quand le livre est tr\u00e8s beau, elle fait penser que la lecture n'est pas si loin de l'audition, ni le silence du livre tout \u00e0 fait \u00e9loign\u00e9 d'une \u00ab **musique** extr\u00eame \u00bb \u2014 encore qu'il faille affirmer aussit\u00f4t qu'elle est imperceptible. >En 1532, en Avignon, Jean de Chaney substitua aux notes de **musique** losang\u00e9es des notes arrondies grav\u00e9es par \u00c9tienne Briard. >La **musique** \u00e9voque son d\u00e9faut. Lire y sombre un tout petit peu \u2014 quelques fr\u00e9missements qui se lisent encore parfois, \u00e0 peine, sur le bord des l\u00e8vres de ceux qui lisent, et qui font songer \u00e0 une envie de pleurer qu'on r\u00e9prime. >Quand le silence de la lecture m'angoissait, ou quand la position de la lecture m'enfourmillait, je faisais de la **musique**. >Parfois je traversais le pont alors tout neuf qui m\u00e8ne d'Ancenis \u00e0 Lir\u00e9. J'avais le sentiment de quitter la **musique** pour le silence. >De quitter le XIXe si\u00e8cle (\u00e0 quoi me faisait in\u00e9vitablement penser le march\u00e9 d'Ancenis, Julien Gracq enfant venant en carriole prendre des le\u00e7ons de **musique** chez ma grand-tante, contre laquelle il a conserv\u00e9 beaucoup de vitup\u00e9ration) pour le XVIe si\u00e8cle ; de quitter les hommes pour les poissons ; Dieu pour la rive de sable ; les touches et les jeux d'ivoire et le son qui tonitruait et qui h\u00e9rissait d'\u00e9motion les cheveux et le centre du dos pour leur substituer la lecture silencieuse comme la p\u00eache silencieuse. >Il y avait un nid, un pont, une **musique** grave dans l'\u00e9glise froide qu'on pouvait apercevoir de loin ; et un fleuve magnifique o\u00f9 on se noie et qu'il fallait traverser pr\u00e9cipitamment. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : Musique, silence] ## 15 janvier 2026 >C'est ainsi que j'allais lire \u00e0 Lir\u00e9. Il y avait un lieu que j'aimais qui \u00e9tait le futur du verbe dont j'allais faire ma vie. Il y avait un nid, un pont, une musique grave dans l'\u00e9glise froide qu'on pouvait apercevoir de loin ; et un fleuve magnifique o\u00f9 on se noie et qu'il fallait traverser pr\u00e9cipitamment. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : Musique, silence] ## 16 janvier 2026 >On a souvent not\u00e9 que l'art moderne depuis le romantisme \u2014 \u00e0 l'image des m\u0153urs dans nos soci\u00e9t\u00e9s depuis le romantisme, et avec le remarquable appoint de deux guerres presque mondiales \u2014 \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9 par l'aversion contre les formes de la tradition, par la haine r\u00e9vuls\u00e9e des conventions, par le souci de se diff\u00e9rencier d'autrui \u00e0 tout prix et par le discr\u00e9dit frappant le souvenir des morts. On a appel\u00e9 cela de noms diff\u00e9rents : romantisme, expressionnisme, modernit\u00e9, d\u00e9formalisation etc. Aucune attitude, aucune \u0153uvre, aucune mode vestimentaire, aucune coiffure, aucun sentiment ne doit \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9. \u00c0 quelque situation ou \u00e0 quelque \u00e9motion que ce soit, on est tenu de r\u00e9pondre originalement. Cet interdit frappe tout comportement traditionnel, toute formule rituelle, toute pratique artisanale. Ne pas respecter le ma\u00eetre : se distinguer du voisin. Toute forme lance un d\u00e9fi et cette obligation \u00e0 l'invention p\u00e8se d'un poids plus lourd encore que l'asservissement \u00e0 un mod\u00e8le pr\u00e9\u00e9tabli. Cette exigence est passionnante. Je ne suis pas tr\u00e8s assur\u00e9 du d\u00e9sir qui la sous-tend. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : situation] ## 17 janvier 2026 >Les mots d\u00e9m\u00e9nagent dans le monde les \u00eatres qu'ils \u00e9voquent. Cette capacit\u00e9, qui est celle des f\u00e9es, est un pouvoir qui emplit d'\u00e9pouvante. Avec les mots je transporte avec moi o\u00f9 je veux le nuage, la douleur, Nausicaa apparaissant sur la gr\u00e8ve, la guerre des Boers, une petite primev\u00e8re jaune. **Petits trait\u00e9s** Pascal Quignard [mots-cl\u00e9s : nuage] ## 21 janvier 2026 >Et je dirai que mieux valent les leurres de la subjectivit\u00e9 que les impostures de l\u2019objectivit\u00e9. Mieux vaut l\u2019Imaginaire du Sujet que sa censure. **Roland Barthes** La pr\u00e9paration du roman, 2 d\u00e9cembre 1978. [mots-cl\u00e9s : censures] ## 25 janvier 2026 > Cette transformation est active : je sens que la Photographie cr\u00e9e mon corps ou le mortifie, selon son bon plaisir (apologue de ce **pouvoir** mortif\u00e8re : certains Communards pay\u00e8rent de leur vie leur complaisance \u00e0 poser sur les barricades : vaincus, ils furent reconnus par les policiers de Thiers et presque tous fusill\u00e9s). ** Roland Barthes** La chambe Claire [Mots cl\u00e9s : poser, pouvoir] ## 26 janvier 2026 >[...] Cette impasse est un peu celle de Brecht : il fut hostile \u00e0 la Photographie en raison (disait-il) de la faiblesse de son pouvoir critique ; mais son th\u00e9\u00e2tre n\u2019a jamais pu lui-m\u00eame \u00eatre politiquement efficace, \u00e0 cause de sa subtilit\u00e9 et de sa qualit\u00e9 esth\u00e9tique. ** Roland Barthes** La chambe Claire [Mots cl\u00e9s :Brecht; critique, photographie, pouvoir] ## 28 janvier 2026 >Il y a d'abord des images, famili\u00e8res ou obs\u00e9dantes ; des cartes \u00e9tal\u00e9es que tu prends et reprends sans cesse, sans jamais parvenir \u00e0 les ordonner comme tu le voudrais, avec cette impression d\u00e9sagr\u00e9able d'avoir besoin d'achever, de r\u00e9ussir cette mise en ordre, comme si d'elle d\u00e9pendait le d\u00e9voilement d'une v\u00e9rit\u00e9 essentielle, mais c'est toujours la m\u00eame carte que tu prends et reprends, poses et reposes, classes et reclasses ; des foules qui montent et descendent, vont et viennent ; des murs qui t'entourent et dont tu cherches l'issue secr\u00e8te, le bouton cach\u00e9 qui fera basculer les parois, s'envoler le plafond ; des formes qui s'esquissent, s'esquivent, reviennent, disparaissent, s'approchent, s'estompent, flammes ou femmes qui dansent, jeux d'ombres. **Georges Perec**, Un homme qui dort \u00e9dition Folio page 21 [Mots cl\u00e9s :Carte, prendre et reprendre, murs, jeux d'ombres] ", "image": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/IMG\/logo\/village-enneige.jpg?1767804542", "tags": ["Auteurs litt\u00e9raires", "phrases"] } ,{ "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/decembre-2025-phrases.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/decembre-2025-phrases.html", "title": "d\u00e9cembre 2025 | phrases", "date_published": "2025-12-25T12:00:00Z", "date_modified": "2026-02-04T09:38:41Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
02 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n\u00c9videmment, les relations humaines \u00e9taient r\u00e9duites ; seul quelquefois, un coll\u00e8gue gymnaste grimpait jusqu\u2019\u00e0 lui en montant par l\u2019\u00e9chelle de corde ; ils s\u2019asseyaient tous les deux sur le trap\u00e8ze et restaient \u00e0 bavarder, en s\u2019appuyant sur les cordes, \u00e0 droite et \u00e0 gauche ; ou bien des ouvriers venaient r\u00e9parer le toit et \u00e9changeaient avec lui quelques mots par une fen\u00eatre ouverte ; ou bien un pompier venait v\u00e9rifier l\u2019\u00e9clairage de secours sur la galerie d\u2019en haut et lui lan\u00e7ait un mot respectueux, mais difficile \u00e0 comprendre<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Franz Kafka<\/strong>, le Trap\u00e9ziste, Artistes de la faim et autres r\u00e9cits, traduction Claude David.<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : altidude, isolement, humour ]<\/p>\n
\nAinsi sommes nous \u00e0 ce point obs\u00e9d\u00e9s par nos propres vies, langage d\u00e9sormais, que l\u2019insistance s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e. L\u2019insistance persiste centriquement, de sorte que l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on cherchait jadis un vocabulaire pour id\u00e9es, on recherche maintenant des id\u00e9es pour vocabulaire.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Lyn Hejinian<\/strong> : Si \u00e9crit c\u2019est \u00e9crire (trad.Martin Richet) Tombeau des envois \u00e9lectroniques<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : blanc, typographie, po\u00e9sie vs pens\u00e9e]<\/p>\n
03 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nEt moi, dans ces deux minutes qu\u2019il a fallu pour que les doigts enfilent ces lignes sur le clavier blanc, c\u2019est se souvenir d\u2019une p\u00e9riode lointaine, un \u00e9t\u00e9 dans une ville pr\u00e9cise, o\u00f9 lire les russes, Dostoievski puis Tolsto\u00ef, et encore Tolsto\u00ef puis Dostoievski, avait dur\u00e9 plusieurs semaines et que de la m\u00eame fa\u00e7on parfois sortir \u00e9berlu\u00e9 dans la ville sans m\u00eame plus savoir ses heures, fin de la digression !<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Fran\u00e7ois Bon<\/strong>, pdf du 3 d\u00e9cembre 2025, Lovecraft carnet 1925 <\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Radcliff, Lovecraft, roman Gothique, athmosph\u00e8re de lecture \u00e9chang\u00e9e, souvenirs de lectures personnelles, Girard et Dostoievski, critique dans un souterrain<\/em>, peut-\u00eatre 1988, chambre 30, Paris]<\/p>\n
04 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nQuestion de circonstance. Non pas, puisque C\u00e9sar, commentateur de ses propres guerres, lorsqu\u2019il \u00e9crit trois pages sur les m\u0153urs de ceux qu\u2019il combat, donne la plus grande place aux druides gaulois : ils connaissent l\u2019\u00e9criture et se servent, dit-il, de l\u2019alphabet grec, pour les comptes publics et priv\u00e9s. Mais ceux qui suivent l\u2019enseignement des druides doivent m\u00e9moriser par c\u0153ur des milliers de vers, dit C\u00e9sar, l\u2019ordre des mots est important : ils estiment que leur religion ne leur permet pas de confier \u00e0 l\u2019\u00e9criture la doctrine de leur enseignement. <\/p>\n<\/blockquote>\n
\nCe qui a \u00e9crit les tables que va chercher Mo\u00efse n\u2019a pas de figure ni de repr\u00e9sentation, mais on va le chercher \u00e0 travers toutes les figures r\u00e9unies de l\u2019hostilit\u00e9 et de l\u2019effroi. \u00c0 ce prix, o\u00f9 l\u2019homme se conquiert sur lui-m\u00eame, ce qu\u2019on ram\u00e8ne ne vient pas de l\u2019homme. Alors, quand on saura imprimer, \u00e0 la fin du quinzi\u00e8me si\u00e8cle, on ne doit pas s\u2019\u00e9tonner que l\u2019inventaire du vivant, planches d\u2019anatomie, flores, bestiaires, soit la premi\u00e8re t\u00e2che du livre.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Fran\u00e7ois Bon, Apprendre l’invention 2011<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : vie et mort, l’oral et l’\u00e9crit ]<\/p>\n
05 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nJ\u2019ai sugg\u00e9r\u00e9 les mots « Esor umhrarum sum » mais n\u2019\u00e9tant plus s\u00fbr de rien dans ma vieillesse, je me rendis \u00e0 la biblioth\u00e8que de Brooklyn, rue Montague, pour v\u00e9rifier si ma formulation \u00e9tait aussi idiomatique que possible.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Howard Philipp Lovecraft<\/strong> Dans une lettre de 1926 re\u00e7u par PDF ( Une ann\u00e9e avec Lovecraft, le carnet de 1925, Fran\u00e7ois Bon<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s :Pr\u00e9cision, effort, amiti\u00e9, orgueil ] <\/p>\n
\nQuel d\u00e9but au monde, quand il a fallu des si\u00e8cles pour que seulement la question du d\u00e9but se pose comme telle.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Fran\u00e7ois Bon<\/strong>, Apprendre l’invention<\/p>\n
[Mots-cl\u00e9s : Le temps, la relecture, la ( bonne ?) question]<\/p>\n
\nDepuis vingt ans, Jean Vignol \u00e9crivait des romans-feuilletons pour les journaux populaires, des romans o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait question, comme de juste, que d\u2019assassinats et d\u2019enfants substitu\u00e9s \u00e0 d\u2019autres d\u00e8s le berceau. Il n\u2019\u00e9tait vraiment pas plus maladroit que ses rivaux dans cette sp\u00e9cialit\u00e9. Si jamais vous faites une dangereuse maladie \u2013 ce dont Dieu vous garde ! \u2013 et si vous ne savez comment remplir les heures d\u2019ennui d\u2019une longue convalescence, lisez les Myst\u00e8res de M\u00e9nilmontant<\/em>, qui n\u2019ont pas moins de vingt-cinq mille lignes. Vous retrouverez l\u00e0 tous les ingr\u00e9dients accoutum\u00e9s de cette cuisine litt\u00e9raire.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Fran\u00e7ois Copp\u00e9e<\/strong>, Contes tout simples<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : cuisine litt\u00e9raire, divertisssement, tromper l’ennui ]<\/p>\n
\nVous avez encore du mal \u00e0 donner des raisons cr\u00e9dibles et incarn\u00e9es aux actions de vos personnages. « Je ne sais pas ce qui m\u2019a pris » est une esquive. Dans la vie, on sait rarement, mais en litt\u00e9rature, il faut choisir une raison, m\u00eame tordue, et la sugg\u00e9rer par un d\u00e9tail. Ce n\u2019est pas de la psychologie, c\u2019est de la n\u00e9cessit\u00e9 narrative.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Deepseek, lors d’une r\u00e9ecriture de texte<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : action, fonction, personnage]<\/p>\n
06 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n« Quelle scie ! se disait-il un soir de veille de No\u00ebl, en montant avec lenteur ses cinq \u00e9tages, car il devenait un peu asthmatique. Quelle scie ! Voil\u00e0 qu\u2019ils trouvent encore, au journal, que ma derni\u00e8re machine, Mazas et Compagnie<\/em>, manque de coups de couteau. Il va falloir que je ressuscite Bouffe-Toujours, mon for\u00e7at, que j\u2019ai fait pr\u00e9cipiter, il y a huit jours, du haut de la Tour Eiffel, et que je lui fournisse des victimes\u2026 Et, apr\u00e8s cette complaisance, vous verrez qu\u2019ils refuseront encore de me mettre \u00e0 vingt centimes la ligne\u2026 Ah ! la chienne de vie ! »<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Fran\u00e7ois Copp\u00e9e<\/strong> Contes tout simples<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : tarifs \u00e0 la ligne ]<\/p>\n
7 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nDans ces pi\u00e8ces hautes et chaudes, des femmes en robe grise ou fonc\u00e9e vont et viennent en silence. Le long des murs, dans la profondeur de petites baignoires m\u00e9talliques, de minuscules avortons sont couch\u00e9s sans bruit, leurs yeux s\u00e9rieux tout grands ouverts. Ce sont les fruits malingres de femmes rong\u00e9es, sans \u00e2me, trapues, des femmes venant des banlieues de bois, plong\u00e9es dans le brouillard.\nLes pr\u00e9matur\u00e9s, au moment o\u00f9 on les am\u00e8ne ici, p\u00e8sent une livre, une livre et demie. \u00c0 chaque petite baignoire, on a accroch\u00e9 un tableau \u2013 c\u2019est la courbe de vie du nourrisson. D\u00e9sormais, ce n\u2019est plus une courbe. La ligne se redresse. Dans ces corps d\u2019une livre, la vie peine, irr\u00e9elle et languissante.\nNous tombons peu \u00e0 peu dans l\u2019engourdissement, et voici une autre facette imperceptible de cette mort : les femmes qui allaitent ont de moins en moins de lait.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nD\u00e9sormais, il n\u2019y a plus ni Razoumovski, ni directrice. Dans les couloirs de Rastrelli, de leur d\u00e9marche rendue lourde par la grossesse, vont et viennent, tramant leurs savates, huit femmes aux ventres pro\u00e9minents.\nElles ne sont que huit. Mais le palais leur appartient. C\u2019est ainsi qu\u2019on l\u2019appelle : le Palais de la Maternit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nDimanche, jour de f\u00eate et de printemps, le camarade Spitzberg prononce un discours dans les salles du palais d\u2019Hiver.\nIl l\u2019a intitul\u00e9 : La personnalit\u00e9 mis\u00e9ricordieuse du Christ et les vomissures de l\u2019anath\u00e8me de la chr\u00e9tient\u00e9.\nDieu, chez le camarade Spitzberg, devient Monsieur Dieu, un pr\u00eatre devient un pope, un popeux ou, le plus souvent, un “ventripopant” (du mot ventre).\nIl traite toutes les religions de boutiques de charlatans et d\u2019exploiteurs, il vitup\u00e8re les papes, les \u00e9v\u00eaques, les archev\u00eaques, les rabbins isra\u00e9lites, et m\u00eame le dala\u00ef-lama, “dont la d\u00e9mocratie tib\u00e9taine abus\u00e9e place les excr\u00e9ments au rang de concoctions curatives”.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nPendant la “r\u00e9volution sociale”, nul ne se targuait d\u2019intentions plus nobles que le Commissariat \u00e0 l\u2019action sociale. Ses principes \u00e9taient empreints d\u2019une grande ambition. Des t\u00e2ches essentielles lui \u00e9taient confi\u00e9es : redressement imm\u00e9diat des \u00e2mes, r\u00e8gne de l\u2019amour \u00e9tabli par d\u00e9cret, pr\u00e9paration des citoyens \u00e0 une vie fi\u00e8re et \u00e0 la commune libre. Le commissariat n\u2019alla pas par quatre chemins pour atteindre ses objectifs.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Isaac Babel<\/strong> Chroniques de l’an 18 et autres chroniques ( 1916) traduit du russe par Ir\u00e8ne Markowicz et C\u00e9cile T\u00e9rouanne sous la direction d\u2019Andr\u00e9 Markowicz<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : pr\u00e9matur\u00e9s, nourrices, fruits malingres, une livre pour \u00eatre viable, Rastrelli, Maison de la Maternit\u00e9, l’amour par d\u00e9cret]<\/p>\n
09 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nRapport\u00e9 aux temps verbaux, on pourrait dire que, dans la cr\u00e9ation artistique, on trouve toujours deux \u00e9tats, le « en faisant », et le « avoir fait » ou le « ayant \u00e9t\u00e9 fait ». J\u2019irais m\u00eame plus loin, on est confront\u00e9 l\u00e0 \u00e0 la diff\u00e9rence entre la vie et la mort. En faisant, on est vivant. Ayant fait, on est mort.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Jean-Philippe Toussaint<\/strong> , \"C’est vous l’\u00e9crivain\" <\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : coulisses, making off, \u00eatre vivant en train d’\u00e9crire, puis mort enterr\u00e9 dans le livre ]<\/p>\n
11 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nAu fil des ans, les images que j\u2019ai conserv\u00e9es de ce monde \u00e0 l\u2019envers se sont m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 celles de la salle des pas perdus* de la Centraal Station anversoise ; et aujourd\u2019hui, d\u00e8s que j\u2019essaie de me repr\u00e9senter cette salle d\u2019attente, je vois le Nocturama, et, quand je pense au Nocturama, j\u2019ai \u00e0 l\u2019esprit la salle d\u2019attente, vraisemblablement parce que cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, au sortir du parc animalier, je suis entr\u00e9 directement dans la gare ou plut\u00f4t je suis d\u2019abord rest\u00e9 un moment sur la place devant la gare, les yeux lev\u00e9s vers la fa\u00e7ade de ce b\u00e2timent fantastique que le matin, \u00e0 mon arriv\u00e9e, je n\u2019avais fait qu\u2019entrevoir.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Winfried Georg Maximilian Sebald<\/strong>, Austerlitz.<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Chiasme, antim\u00e9tabole ]<\/p>\n
\nSi l\u2019on approche n\u00e9anmoins \u00e0 juste titre la juxtaposition et la coordination pour les opposer \u00e0 la subordination, c\u2019est qu\u2019ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence d\u2019un terme de liaison, les deux premi\u00e8res op\u00e8rent sur le mode de l\u2019encha\u00eenement parataxique (qui joue \u00e9galement entre des mots et des syntagmes), alors que la troisi\u00e8me op\u00e8re par embo\u00eetement hypotaxique de propositions (\u00e0 l\u2019exclusion de tout autre constituant).<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Martin Riegel<\/strong>, Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais<\/p>\n
[Mots-cl\u00e9s : parataxe et hypotaxe]<\/p>\n
12 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nC\u2019est ma vie qui passe son temps \u00e0 couper (Ctrl+X) mon \u00e9criture. Je n\u2019arrive jamais \u00e0 m\u2019asseoir suffisamment longtemps pour r\u00e9diger deux ou trois pages d\u2019affil\u00e9e. Je proc\u00e8de plut\u00f4t en composant de petits paragraphes de quelques lignes, une quinzaine au maximum, que je couds ensuite entre eux. Dans ses Cahiers, Paul Val\u00e9ry d\u00e9crit une exp\u00e9rience similaire : \"Mon travail d\u2019\u00e9crivain consiste uniquement \u00e0 mettre en \u0153uvre (\u00e0 la lettre) des notes, des fragments \u00e9crits \u00e0 propos de tout, et \u00e0 toute \u00e9poque de mon histoire. Pour moi, traiter un sujet, c\u2019est amener des morceaux existants \u00e0 se grouper dans le sujet choisi bien plus tard ou impos\u00e9. (Val\u00e9ry, 1977, p. 245-246)\"<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Allan Deneuville<\/strong> Copier-coller : le tournant photographique de l\u2019\u00e9criture num\u00e9rique<\/a> Lu sur le site Liminaire<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Fragments, Val\u00e9ry (cahiers), Copie, plagiat]<\/p>\n
14 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n[...]Les « anciens » anges, rappelle-t-il, \u00e9taient des messagers, indissociables de la parole divine qu\u2019ils portaient. Ils descendaient vers les humains avec une annonce, un ordre, une promesse. Ils attestaient d\u2019un « en haut » bien r\u00e9el, structurant notre repr\u00e9sentation du monde en un axe clair : au-dessus \/ au-dessous, le ciel et la terre. Les « nouveaux » anges, ceux qui l\u2019obs\u00e8dent, n\u2019ont plus d\u2019ailes, plus de manteaux c\u00e9lestes et, surtout, plus aucun message. Ils marchent « en simples v\u00eatements de ville », parmi nous, difficilement reconnaissables, comme s\u2019ils n\u2019avaient plus de point d\u2019origine identifiable. Il ajoute m\u00eame qu\u2019il n\u2019est plus s\u00fbr qu\u2019il existe encore un « l\u00e0-haut » : cet endroit aurait c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un « \u00e9ternel QUELQUE PART », colonis\u00e9 par « les structures insens\u00e9es des Elon Musk de ce monde », ces projets technologiques qui redessinent l\u2019espace et le temps. » <\/p>\n<\/blockquote>\n
--L\u00e1szl\u00f3 Krasznahorkai<\/strong> \u00e0 propos des anges sur le site Actualit\u00e9<\/a> via liminaire<\/a> <\/p>\n
[Mots-cl\u00e9s : Anges, Kabbale, verticalit\u00e9 perdue ]<\/p>\n
\nSur la premi\u00e8re photo, deux couples dansent. Clo avec son mari, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux, ma m\u00e8re et mon p\u00e8re. Ma m\u00e8re a l\u2019air d\u2019une enfant dans sa robe \u00e9cossaise, ce profil, c\u2019est celui de ma petite s\u0153ur, le temps n\u2019invente rien.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--Caroline Diaz<\/strong>, Les heures creuses<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : similitudes, boite en fer avec photographies de famille]<\/p>\n
21 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n\u00c0 la pharmacie, ne sachant pas quelle d\u00e9cision prendre, il t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 sa compagne — All\u00f4 mon amour<\/em> et l\u2019irruption de ce mon amour dans l\u2019espace public \u00e9tait troublante, presque ind\u00e9cente, une intimit\u00e9 \u00e9tal\u00e9e l\u00e0, nous pla\u00e7ant dans une position de voyeuses involontaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Caroline Diaz<\/strong> , Les heures creuses<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : impudeur, curseur propre \u00e0 chacun(e) ]<\/p>\n
\nUn po\u00e8me s\u2019\u00e9crit dans la tension, et dans l\u2019incertitude de ce qui affleure par surprise. <\/p>\n<\/blockquote>\n
--Pierre M\u00e9nard<\/strong>, Liminaire<\/a><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : choix et [d\u00e9j\u00e0] r\u00e9v\u00e9lation]<\/p>\n
\nLe patrouilleur Stephen McPhillips, 27 ans, du poste de police de Westchester dans le Bronx, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 sur le coup hier soir par un choc \u00e9lectrique alors qu\u2019il tentait d\u2019ouvrir la porti\u00e8re d\u2019une berline Cadillac qui venait de\npercuter un lampadaire \u00e9lectrique \u00e0 l\u2019angle d\u2019Eastern Boulevard et de Pelham Parkwayet d\u2019endommager un c\u00e2ble alimentant un r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--New York times <\/strong> du 21 d\u00e9cembre 1925 ( lu dans le pdf quotidien de F.B sur la vie de Lovecraft \u00e0 N.Y) <\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : mort idiote, Mario Puzzo , c’est idiot de mourir ]<\/p>\n
\nJe suis all\u00e9, il n\u2019y a pas tr\u00e8s longtemps, sur la tombe de mon p\u00e8re, cela je le sais, et j\u2019ai relev\u00e9 la date de son d\u00e9c\u00e8s, de son d\u00e9c\u00e8s seulement, car celle de sa naissance m\u2019\u00e9tait indiff\u00e9rente, ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Samuel Beckett<\/strong> Premier amour<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Ce que l’on sait — ce jour-l\u00e0<\/em> ]<\/p>\n
22 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nLorsque j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019il utilisait parfois l\u2019adjectif« damn », j\u2019ai craint un instant qu\u2019il ne soit grossier, mais j\u2019ai vite d\u00e9couvert que ce mot \u00e9tait sa seule forme de juron et qu\u2019il \u00e9tait totalement d\u00e9pourvu de vulgarit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nAlors que les vapeurs commen\u00e7aient \u00e0 l\u2019envahir, il a griffonn\u00e9 des phrases incoh\u00e9rentes\nsur le mur avec un crayon \u00e0 papier. « Le pistolet ne fonctionne pas », pouvait-on lire\nsur l\u2019une d\u2019elles. En dessous, trois autres phrases moins lisibles : « Je suis toujours\ndebout », « Le gaz m\u2019envahit », « Je m\u2019\u00e9vanouis ». Deux mots indistincts terminaient\nses \u00e9crits : « Je dors ».<\/p>\n<\/blockquote>\n
--M\u00e9lange HP Lovecraft Fran\u00e7ois Bon, New-York-times du 22\/12\/1925<\/strong><\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Kenneth Vrest Orton, sympathique, formidable, emphase, absurdit\u00e9]<\/p>\n
24 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n\u2013 Ha ! ha ! ha ! mais apr\u00e8s \u00e7a, vous trouverez m\u00eame du plaisir dans une rage de dents ! vous esclafferez-vous.\n\u2013 Eh quoi ? \u2013 M\u00eame dans une rage de dents, il y a du plaisir, vous r\u00e9pondrai-je. J\u2019ai eu une rage de dents pendant un mois ; je sais de quoi je parle. Sauf que, c\u2019est le cas de le dire, la rage, on ne la garde plus muette, on geint ; mais ces geignements-l\u00e0 ne sont pas sinc\u00e8res, ce sont des geignements retors, et tout le sel est l\u00e0, qu\u2019ils soient retors. Ces geignements traduisent le plaisir de celui qui souffre ; s\u2019il n\u2019en ressentait pas de plaisir, il ne geindrait pas. <\/p>\n<\/blockquote>\n
--F\u00c9DOR DOSTO\u00cfEVSKI<\/strong> LES CARNETS DU SOUS-SOL ( traduction d’Andr\u00e9 Markowitz)<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : plaisir, rage, dedans]<\/p>\n
25 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\nVous avez foi en un palais de cristal \u00e0 jamais indestructible, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose \u00e0 quoi on ne pourra pas tirer la langue en douce ni dire mentalement “merde”.<\/p>\n<\/blockquote>\n
--F\u00c9DOR DOSTO\u00cfEVSKI<\/strong> LES CARNETS DU SOUS-SOL ( traduction d’Andr\u00e9 Markowitz)<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : hachis, palais de cristal]<\/p>\n
27 d\u00e9cembre 2025<\/h2>\n
\n« Il y a des choses merveilleuses \u00e0 peindre au Mexique, dit-il, et je vais rester \u00e0 Tehuantepec pendant tr\u00e8s longtemps. J\u2019en ai fini avec la civilisation, \u00e0 part quelques visites occasionnelles, pour le reste de ma vie. » M. Hart s\u2019est lanc\u00e9 avec confiance dans sa qu\u00eate des « hommes \u00e0 la poitrine velue ».<\/p>\n<\/blockquote>\n
--New York Times 27 d\u00e9cembre 2025 ( via le pdf sur HPL<\/a><\/strong> re\u00e7u ce jour<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : Jules Vernes, Hart, Aventure ]<\/p>", "content_text": " ## 02 d\u00e9cembre 2025 >\u00c9videmment, les relations humaines \u00e9taient r\u00e9duites ; seul quelquefois, un coll\u00e8gue gymnaste grimpait jusqu\u2019\u00e0 lui en montant par l\u2019\u00e9chelle de corde ; ils s\u2019asseyaient tous les deux sur le trap\u00e8ze et restaient \u00e0 bavarder, en s\u2019appuyant sur les cordes, \u00e0 droite et \u00e0 gauche ; ou bien des ouvriers venaient r\u00e9parer le toit et \u00e9changeaient avec lui quelques mots par une fen\u00eatre ouverte ; ou bien un pompier venait v\u00e9rifier l\u2019\u00e9clairage de secours sur la galerie d\u2019en haut et lui lan\u00e7ait un mot respectueux, mais difficile \u00e0 comprendre \u2014 **Franz Kafka**, le Trap\u00e9ziste, Artistes de la faim et autres r\u00e9cits, traduction Claude David. [mots-cl\u00e9s: altidude, isolement, humour ] > Ainsi sommes nous \u00e0 ce point obs\u00e9d\u00e9s par nos propres vies, langage d\u00e9sormais, que l\u2019insistance s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e. L\u2019insistance persiste centriquement, de sorte que l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on cherchait jadis un vocabulaire pour id\u00e9es, on recherche maintenant des id\u00e9es pour vocabulaire. \u2014 **Lyn Hejinian** : Si \u00e9crit c\u2019est \u00e9crire (trad.Martin Richet) [Tombeau des envois \u00e9lectroniques ->http:\/\/www.doublechange.com\/issue4\/MR.pdf] [mots-cl\u00e9s : blanc, typographie, po\u00e9sie vs pens\u00e9e] ## 03 d\u00e9cembre 2025 >Et moi, dans ces deux minutes qu\u2019il a fallu pour que les doigts enfilent ces lignes sur le clavier blanc, c\u2019est se souvenir d\u2019une p\u00e9riode lointaine, un \u00e9t\u00e9 dans une ville pr\u00e9cise, o\u00f9 lire les russes, Dostoievski puis Tolsto\u00ef, et encore Tolsto\u00ef puis Dostoievski, avait dur\u00e9 plusieurs semaines et que de la m\u00eame fa\u00e7on parfois sortir \u00e9berlu\u00e9 dans la ville sans m\u00eame plus savoir ses heures, fin de la digression ! \u2014 **Fran\u00e7ois Bon**, pdf du 3 d\u00e9cembre 2025, Lovecraft carnet 1925 [mots-cl\u00e9s : Radcliff, Lovecraft, roman Gothique, athmosph\u00e8re de lecture \u00e9chang\u00e9e, souvenirs de lectures personnelles, Girard et Dostoievski, *critique dans un souterrain*, peut-\u00eatre 1988, chambre 30, Paris] ## 04 d\u00e9cembre 2025 >Question de circonstance. Non pas, puisque C\u00e9sar, commentateur de ses propres guerres, lorsqu\u2019il \u00e9crit trois pages sur les m\u0153urs de ceux qu\u2019il combat, donne la plus grande place aux druides gaulois : ils connaissent l\u2019\u00e9criture et se servent, dit-il, de l\u2019alphabet grec, pour les comptes publics et priv\u00e9s. Mais ceux qui suivent l\u2019enseignement des druides doivent m\u00e9moriser par c\u0153ur des milliers de vers, dit C\u00e9sar, l\u2019ordre des mots est important : ils estiment que leur religion ne leur permet pas de confier \u00e0 l\u2019\u00e9criture la doctrine de leur enseignement. >Ce qui a \u00e9crit les tables que va chercher Mo\u00efse n\u2019a pas de figure ni de repr\u00e9sentation, mais on va le chercher \u00e0 travers toutes les figures r\u00e9unies de l\u2019hostilit\u00e9 et de l\u2019effroi. \u00c0 ce prix, o\u00f9 l\u2019homme se conquiert sur lui-m\u00eame, ce qu\u2019on ram\u00e8ne ne vient pas de l\u2019homme. Alors, quand on saura imprimer, \u00e0 la fin du quinzi\u00e8me si\u00e8cle, on ne doit pas s\u2019\u00e9tonner que l\u2019inventaire du vivant, planches d\u2019anatomie, flores, bestiaires, soit la premi\u00e8re t\u00e2che du livre. \u2014 Fran\u00e7ois Bon, Apprendre l'invention 2011 [mots-cl\u00e9s : vie et mort, l'oral et l'\u00e9crit ] ## 05 d\u00e9cembre 2025 >J\u2019ai sugg\u00e9r\u00e9 les mots \u00ab Esor umhrarum sum \u00bb mais n\u2019\u00e9tant plus s\u00fbr de rien dans ma vieillesse, je me rendis \u00e0 la biblioth\u00e8que de Brooklyn, rue Montague, pour v\u00e9rifier si ma formulation \u00e9tait aussi idiomatique que possible. \u2014**Howard Philipp Lovecraft** Dans une lettre de 1926 re\u00e7u par PDF ( [Une ann\u00e9e avec Lovecraft, le carnet de 1925, Fran\u00e7ois Bon->https:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article5362] [mots-cl\u00e9s :Pr\u00e9cision, effort, amiti\u00e9, orgueil ] >Quel d\u00e9but au monde, quand il a fallu des si\u00e8cles pour que seulement la question du d\u00e9but se pose comme telle. \u2014 **Fran\u00e7ois Bon**, Apprendre l'invention [Mots-cl\u00e9s: Le temps, la relecture, la ( bonne ?) question] >Depuis vingt ans, Jean Vignol \u00e9crivait des romans-feuilletons pour les journaux populaires, des romans o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait question, comme de juste, que d\u2019assassinats et d\u2019enfants substitu\u00e9s \u00e0 d\u2019autres d\u00e8s le berceau. Il n\u2019\u00e9tait vraiment pas plus maladroit que ses rivaux dans cette sp\u00e9cialit\u00e9. Si jamais vous faites une dangereuse maladie \u2013 ce dont Dieu vous garde ! \u2013 et si vous ne savez comment remplir les heures d\u2019ennui d\u2019une longue convalescence, lisez les *Myst\u00e8res de M\u00e9nilmontant*, qui n\u2019ont pas moins de vingt-cinq mille lignes. Vous retrouverez l\u00e0 tous les ingr\u00e9dients accoutum\u00e9s de cette cuisine litt\u00e9raire. \u2014**Fran\u00e7ois Copp\u00e9e**, Contes tout simples [mots-cl\u00e9s: cuisine litt\u00e9raire, divertisssement, tromper l'ennui ] >Vous avez encore du mal \u00e0 donner des raisons cr\u00e9dibles et incarn\u00e9es aux actions de vos personnages. \u00ab Je ne sais pas ce qui m\u2019a pris \u00bb est une esquive. Dans la vie, on sait rarement, mais en litt\u00e9rature, il faut choisir une raison, m\u00eame tordue, et la sugg\u00e9rer par un d\u00e9tail. Ce n\u2019est pas de la psychologie, c\u2019est de la n\u00e9cessit\u00e9 narrative. \u2014Deepseek, lors d'une r\u00e9ecriture de texte [mots-cl\u00e9s: action, fonction, personnage] ## 06 d\u00e9cembre 2025 >\u00ab Quelle scie ! se disait-il un soir de veille de No\u00ebl, en montant avec lenteur ses cinq \u00e9tages, car il devenait un peu asthmatique. Quelle scie ! Voil\u00e0 qu\u2019ils trouvent encore, au journal, que ma derni\u00e8re machine, *Mazas et Compagnie*, manque de coups de couteau. Il va falloir que je ressuscite Bouffe-Toujours, mon for\u00e7at, que j\u2019ai fait pr\u00e9cipiter, il y a huit jours, du haut de la Tour Eiffel, et que je lui fournisse des victimes\u2026 Et, apr\u00e8s cette complaisance, vous verrez qu\u2019ils refuseront encore de me mettre \u00e0 vingt centimes la ligne\u2026 Ah ! la chienne de vie ! \u00bb \u2014**Fran\u00e7ois Copp\u00e9e** Contes tout simples [mots-cl\u00e9s: tarifs \u00e0 la ligne ] ## 7 d\u00e9cembre 2025 >Dans ces pi\u00e8ces hautes et chaudes, des femmes en robe grise ou fonc\u00e9e vont et viennent en silence. Le long des murs, dans la profondeur de petites baignoires m\u00e9talliques, de minuscules avortons sont couch\u00e9s sans bruit, leurs yeux s\u00e9rieux tout grands ouverts. Ce sont les fruits malingres de femmes rong\u00e9es, sans \u00e2me, trapues, des femmes venant des banlieues de bois, plong\u00e9es dans le brouillard. Les pr\u00e9matur\u00e9s, au moment o\u00f9 on les am\u00e8ne ici, p\u00e8sent une livre, une livre et demie. \u00c0 chaque petite baignoire, on a accroch\u00e9 un tableau \u2013 c\u2019est la courbe de vie du nourrisson. D\u00e9sormais, ce n\u2019est plus une courbe. La ligne se redresse. Dans ces corps d\u2019une livre, la vie peine, irr\u00e9elle et languissante. Nous tombons peu \u00e0 peu dans l\u2019engourdissement, et voici une autre facette imperceptible de cette mort : les femmes qui allaitent ont de moins en moins de lait. >D\u00e9sormais, il n\u2019y a plus ni Razoumovski, ni directrice. Dans les couloirs de Rastrelli, de leur d\u00e9marche rendue lourde par la grossesse, vont et viennent, tramant leurs savates, huit femmes aux ventres pro\u00e9minents. Elles ne sont que huit. Mais le palais leur appartient. C\u2019est ainsi qu\u2019on l\u2019appelle : le Palais de la Maternit\u00e9. >Dimanche, jour de f\u00eate et de printemps, le camarade Spitzberg prononce un discours dans les salles du palais d\u2019Hiver. Il l\u2019a intitul\u00e9 : La personnalit\u00e9 mis\u00e9ricordieuse du Christ et les vomissures de l\u2019anath\u00e8me de la chr\u00e9tient\u00e9. Dieu, chez le camarade Spitzberg, devient Monsieur Dieu, un pr\u00eatre devient un pope, un popeux ou, le plus souvent, un \u201cventripopant\u201d (du mot ventre). Il traite toutes les religions de boutiques de charlatans et d\u2019exploiteurs, il vitup\u00e8re les papes, les \u00e9v\u00eaques, les archev\u00eaques, les rabbins isra\u00e9lites, et m\u00eame le dala\u00ef-lama, \u201cdont la d\u00e9mocratie tib\u00e9taine abus\u00e9e place les excr\u00e9ments au rang de concoctions curatives\u201d. >Pendant la \u201cr\u00e9volution sociale\u201d, nul ne se targuait d\u2019intentions plus nobles que le Commissariat \u00e0 l\u2019action sociale. Ses principes \u00e9taient empreints d\u2019une grande ambition. Des t\u00e2ches essentielles lui \u00e9taient confi\u00e9es : redressement imm\u00e9diat des \u00e2mes, r\u00e8gne de l\u2019amour \u00e9tabli par d\u00e9cret, pr\u00e9paration des citoyens \u00e0 une vie fi\u00e8re et \u00e0 la commune libre. Le commissariat n\u2019alla pas par quatre chemins pour atteindre ses objectifs. \u2014 **Isaac Babel** Chroniques de l'an 18 et autres chroniques ( 1916) traduit du russe par Ir\u00e8ne Markowicz et C\u00e9cile T\u00e9rouanne sous la direction d\u2019Andr\u00e9 Markowicz [mots-cl\u00e9s : pr\u00e9matur\u00e9s, nourrices, fruits malingres, une livre pour \u00eatre viable, Rastrelli, Maison de la Maternit\u00e9, l'amour par d\u00e9cret] ## 09 d\u00e9cembre 2025 >Rapport\u00e9 aux temps verbaux, on pourrait dire que, dans la cr\u00e9ation artistique, on trouve toujours deux \u00e9tats, le \u00ab en faisant \u00bb, et le \u00ab avoir fait \u00bb ou le \u00ab ayant \u00e9t\u00e9 fait \u00bb. J\u2019irais m\u00eame plus loin, on est confront\u00e9 l\u00e0 \u00e0 la diff\u00e9rence entre la vie et la mort. En faisant, on est vivant. Ayant fait, on est mort. \u2014 **Jean-Philippe Toussaint** , \"C'est vous l'\u00e9crivain\" [mots-cl\u00e9s : coulisses, making off, \u00eatre vivant en train d'\u00e9crire, puis mort enterr\u00e9 dans le livre ] ##11 d\u00e9cembre 2025 >Au fil des ans, les images que j\u2019ai conserv\u00e9es de ce monde \u00e0 l\u2019envers se sont m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 celles de la salle des pas perdus* de la Centraal Station anversoise ; et aujourd\u2019hui, d\u00e8s que j\u2019essaie de me repr\u00e9senter cette salle d\u2019attente, je vois le Nocturama, et, quand je pense au Nocturama, j\u2019ai \u00e0 l\u2019esprit la salle d\u2019attente, vraisemblablement parce que cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, au sortir du parc animalier, je suis entr\u00e9 directement dans la gare ou plut\u00f4t je suis d\u2019abord rest\u00e9 un moment sur la place devant la gare, les yeux lev\u00e9s vers la fa\u00e7ade de ce b\u00e2timent fantastique que le matin, \u00e0 mon arriv\u00e9e, je n\u2019avais fait qu\u2019entrevoir. \u2014**Winfried Georg Maximilian Sebald**, Austerlitz. [mots-cl\u00e9s: Chiasme, antim\u00e9tabole ] >Si l\u2019on approche n\u00e9anmoins \u00e0 juste titre la juxtaposition et la coordination pour les opposer \u00e0 la subordination, c\u2019est qu\u2019ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence d\u2019un terme de liaison, les deux premi\u00e8res op\u00e8rent sur le mode de l\u2019encha\u00eenement parataxique (qui joue \u00e9galement entre des mots et des syntagmes), alors que la troisi\u00e8me op\u00e8re par embo\u00eetement hypotaxique de propositions (\u00e0 l\u2019exclusion de tout autre constituant). \u2014**Martin Riegel**, Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais [Mots-cl\u00e9s : parataxe et hypotaxe] ## 12 d\u00e9cembre 2025 >C\u2019est ma vie qui passe son temps \u00e0 couper (Ctrl+X) mon \u00e9criture. Je n\u2019arrive jamais \u00e0 m\u2019asseoir suffisamment longtemps pour r\u00e9diger deux ou trois pages d\u2019affil\u00e9e. Je proc\u00e8de plut\u00f4t en composant de petits paragraphes de quelques lignes, une quinzaine au maximum, que je couds ensuite entre eux. Dans ses Cahiers, Paul Val\u00e9ry d\u00e9crit une exp\u00e9rience similaire : \"Mon travail d\u2019\u00e9crivain consiste uniquement \u00e0 mettre en \u0153uvre (\u00e0 la lettre) des notes, des fragments \u00e9crits \u00e0 propos de tout, et \u00e0 toute \u00e9poque de mon histoire. Pour moi, traiter un sujet, c\u2019est amener des morceaux existants \u00e0 se grouper dans le sujet choisi bien plus tard ou impos\u00e9. (Val\u00e9ry, 1977, p. 245-246)\" \u2014 **Allan Deneuville** [Copier-coller : le tournant photographique de l\u2019\u00e9criture num\u00e9rique->https:\/\/books.openedition.org\/ugaeditions\/49937] Lu sur le site [Liminaire->https:\/\/liminaire.fr\/creation\/livre-lecture\/article\/l-ecriture-a-l-ere-de-sa-reproductibilite-photographique] [mots-cl\u00e9s: Fragments, Val\u00e9ry (cahiers), Copie, plagiat] ## 14 d\u00e9cembre 2025 >[...]Les \u00ab anciens \u00bb anges, rappelle-t-il, \u00e9taient des messagers, indissociables de la parole divine qu\u2019ils portaient. Ils descendaient vers les humains avec une annonce, un ordre, une promesse. Ils attestaient d\u2019un \u00ab en haut \u00bb bien r\u00e9el, structurant notre repr\u00e9sentation du monde en un axe clair : au-dessus \/ au-dessous, le ciel et la terre. Les \u00ab nouveaux \u00bb anges, ceux qui l\u2019obs\u00e8dent, n\u2019ont plus d\u2019ailes, plus de manteaux c\u00e9lestes et, surtout, plus aucun message. Ils marchent \u00ab en simples v\u00eatements de ville \u00bb, parmi nous, difficilement reconnaissables, comme s\u2019ils n\u2019avaient plus de point d\u2019origine identifiable. Il ajoute m\u00eame qu\u2019il n\u2019est plus s\u00fbr qu\u2019il existe encore un \u00ab l\u00e0-haut \u00bb : cet endroit aurait c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un \u00ab \u00e9ternel QUELQUE PART \u00bb, colonis\u00e9 par \u00ab les structures insens\u00e9es des Elon Musk de ce monde \u00bb, ces projets technologiques qui redessinent l\u2019espace et le temps. \u00bb \u2014**L\u00e1szl\u00f3 Krasznahorkai** \u00e0 propos des anges sur le site [Actualit\u00e9->https:\/\/actualitte.com\/article\/128099\/insolite\/laszlo-krasznahorkai-un-nobel-qui-parle-des-anges-faute-d-espoir] via [liminaire->https:\/\/liminaire.fr\/chronique\/entre-les-lignes\/article\/une-justesse-presque-secrete] [Mots-cl\u00e9s : Anges, Kabbale, verticalit\u00e9 perdue ] >Sur la premi\u00e8re photo, deux couples dansent. Clo avec son mari, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux, ma m\u00e8re et mon p\u00e8re. Ma m\u00e8re a l\u2019air d\u2019une enfant dans sa robe \u00e9cossaise, ce profil, c\u2019est celui de ma petite s\u0153ur, le temps n\u2019invente rien. \u2014**Caroline Diaz**, [Les heures creuses ->https:\/\/lesheurescreuses.net\/2025\/12\/07\/le-temps-ninvente-rien\/] [mots-cl\u00e9s : similitudes, boite en fer avec photographies de famille] ## 21 d\u00e9cembre 2025 >\u00c0 la pharmacie, ne sachant pas quelle d\u00e9cision prendre, il t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 sa compagne \u2014 *All\u00f4 mon amour* et l\u2019irruption de ce mon amour dans l\u2019espace public \u00e9tait troublante, presque ind\u00e9cente, une intimit\u00e9 \u00e9tal\u00e9e l\u00e0, nous pla\u00e7ant dans une position de voyeuses involontaires. \u2014 **Caroline Diaz** , [Les heures creuses->https:\/\/lesheurescreuses.net\/2025\/12\/21\/ces-proximites-invisibles\/] [mots-cl\u00e9s : impudeur, curseur propre \u00e0 chacun(e) ] > Un po\u00e8me s\u2019\u00e9crit dans la tension, et dans l\u2019incertitude de ce qui affleure par surprise. \u2014**Pierre M\u00e9nard**, [Liminaire->https:\/\/liminaire.fr\/chronique\/entre-les-lignes\/article\/rien-a-gagner-ou-a-perdre] [mots-cl\u00e9s: choix et [d\u00e9j\u00e0] r\u00e9v\u00e9lation] >Le patrouilleur Stephen McPhillips, 27 ans, du poste de police de Westchester dans le Bronx, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 sur le coup hier soir par un choc \u00e9lectrique alors qu\u2019il tentait d\u2019ouvrir la porti\u00e8re d\u2019une berline Cadillac qui venait de percuter un lampadaire \u00e9lectrique \u00e0 l\u2019angle d\u2019Eastern Boulevard et de Pelham Parkwayet d\u2019endommager un c\u00e2ble alimentant un r\u00e9verb\u00e8re. \u2014**New York times ** du 21 d\u00e9cembre 1925 ( lu dans le pdf quotidien de F.B sur la vie de Lovecraft \u00e0 N.Y) [mots-cl\u00e9s : mort idiote, Mario Puzzo , c'est idiot de mourir ] >Je suis all\u00e9, il n\u2019y a pas tr\u00e8s longtemps, sur la tombe de mon p\u00e8re, cela je le sais, et j\u2019ai relev\u00e9 la date de son d\u00e9c\u00e8s, de son d\u00e9c\u00e8s seulement, car celle de sa naissance m\u2019\u00e9tait indiff\u00e9rente, ce jour-l\u00e0. \u2014** Samuel Beckett** Premier amour [mots-cl\u00e9s: Ce que l'on sait \u2014 *ce jour-l\u00e0* ] ## 22 d\u00e9cembre 2025 >Lorsque j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019il utilisait parfois l\u2019adjectif\u00ab damn \u00bb, j\u2019ai craint un instant qu\u2019il ne soit grossier, mais j\u2019ai vite d\u00e9couvert que ce mot \u00e9tait sa seule forme de juron et qu\u2019il \u00e9tait totalement d\u00e9pourvu de vulgarit\u00e9. >Alors que les vapeurs commen\u00e7aient \u00e0 l\u2019envahir, il a griffonn\u00e9 des phrases incoh\u00e9rentes sur le mur avec un crayon \u00e0 papier. \u00ab Le pistolet ne fonctionne pas \u00bb, pouvait-on lire sur l\u2019une d\u2019elles. En dessous, trois autres phrases moins lisibles : \u00ab Je suis toujours debout \u00bb, \u00ab Le gaz m\u2019envahit \u00bb, \u00ab Je m\u2019\u00e9vanouis \u00bb. Deux mots indistincts terminaient ses \u00e9crits : \u00ab Je dors \u00bb. \u2014**M\u00e9lange HP Lovecraft Fran\u00e7ois Bon, New-York-times du 22\/12\/1925** [mots-cl\u00e9s: Kenneth Vrest Orton, sympathique, formidable, emphase, absurdit\u00e9] ## 24 d\u00e9cembre 2025 >\u2013 Ha ! ha ! ha ! mais apr\u00e8s \u00e7a, vous trouverez m\u00eame du plaisir dans une rage de dents ! vous esclafferez-vous. \u2013 Eh quoi ? \u2013 M\u00eame dans une rage de dents, il y a du plaisir, vous r\u00e9pondrai-je. J\u2019ai eu une rage de dents pendant un mois ; je sais de quoi je parle. Sauf que, c\u2019est le cas de le dire, la rage, on ne la garde plus muette, on geint ; mais ces geignements-l\u00e0 ne sont pas sinc\u00e8res, ce sont des geignements retors, et tout le sel est l\u00e0, qu\u2019ils soient retors. Ces geignements traduisent le plaisir de celui qui souffre ; s\u2019il n\u2019en ressentait pas de plaisir, il ne geindrait pas. \u2014**F\u00c9DOR DOSTO\u00cfEVSKI** LES CARNETS DU SOUS-SOL ( traduction d'Andr\u00e9 Markowitz) [mots-cl\u00e9s : plaisir, rage, dedans] ## 25 d\u00e9cembre 2025 >Vous avez foi en un palais de cristal \u00e0 jamais indestructible, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose \u00e0 quoi on ne pourra pas tirer la langue en douce ni dire mentalement \u201cmerde\u201d. \u2014**F\u00c9DOR DOSTO\u00cfEVSKI** LES CARNETS DU SOUS-SOL ( traduction d'Andr\u00e9 Markowitz) [mots-cl\u00e9s : hachis, palais de cristal] ## 27 d\u00e9cembre 2025 >\u00ab Il y a des choses merveilleuses \u00e0 peindre au Mexique, dit-il, et je vais rester \u00e0 Tehuantepec pendant tr\u00e8s longtemps. J\u2019en ai fini avec la civilisation, \u00e0 part quelques visites occasionnelles, pour le reste de ma vie. \u00bb M. Hart s\u2019est lanc\u00e9 avec confiance dans sa qu\u00eate des \u00ab hommes \u00e0 la poitrine velue \u00bb. \u2014New York Times 27 d\u00e9cembre 2025 ( via le **[pdf sur HPL->https:\/\/www.tierslivre.net\/QRcode\/Lovecraft_1925\/jours\/Lovecraft_1925.12.27.pdf]** re\u00e7u ce jour [mots-cl\u00e9s: Jules Vernes, Hart, Aventure ] ", "image": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/IMG\/logo\/img_0597.jpg?1764651083", "tags": ["phrases"] } ,{ "id": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/novembre-2025-phrases.html", "url": "https:\/\/www.ledibbouk.net\/novembre-2025-phrases.html", "title": "Novembre 2025| phrases", "date_published": "2025-11-30T07:30:00Z", "date_modified": "2026-02-04T09:38:53Z", "author": {"name": "Patrick Blanchon"}, "content_html": "
01 novembre 2025<\/h3>\n
\nLe vrai Bourgeois, c\u2019est-\u00e0-dire, dans un sens moderne et aussi g\u00e9n\u00e9ral que possible, l\u2019homme qui ne fait aucun usage de la facult\u00e9 de penser et qui vit ou para\u00eet vivre sans avoir \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit, l\u2019authentique et indiscutable Bourgeois est n\u00e9cessairement born\u00e9 dans son langage \u00e0 un tr\u00e8s petit nombre de formules.\n--L\u00e9on Bloy, Ex\u00e9g\u00e8se des lieux communs.\n[Mots-cl\u00e9s : borne, formule]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nL\u2019enseignement est sup\u00e9rieur. La rentr\u00e9e est litt\u00e9raire. La dette est publique. Le secteur est priv\u00e9. La d\u00e9fense est nationale. Les t\u00eates sont chercheuses. L\u2019int\u00e9r\u00eat est g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019intelligence est artificielle.\n-- Guillaume vissac Septembre 2025<\/a>\n[Mots-clef : Antanaclase, parataxe, parodie]<\/p>\n<\/blockquote>\n
02 novembre 2025<\/h2>\n
\nL\u2019art, les pr\u00e9occupations intellectuelles, les sciences de la nature, de nombreuses formes d\u2019\u00e9rudition florissaient tr\u00e8s pr\u00e8s, dans le temps et dans l\u2019espace, des lieux de massacre et des camps de la mort. C\u2019est la nature et la signification d\u2019une telle proximit\u00e9 qu\u2019il faut examiner. Pour quelles raisons les traditions et les mod\u00e8les de conduite humanistes ont-ils si mal endigu\u00e9 la sauvagerie politique ? Ont-ils en r\u00e9alit\u00e9 constitu\u00e9 un frein, ou bien est-il plus sage de reconna\u00eetre dans la culture humaniste des appels pressants \u00e0 l\u2019autoritarisme et \u00e0 la cruaut\u00e9 ?\n-- George Steiner , Dans le ch\u00e2teau de Barbe Bleue\n[Mots-clef : Humanisme, barbarie]<\/p>\n<\/blockquote>\n
04 novembre 2025<\/h2>\n
\nEt c\u2019est alors que je vis le paon. Du toit en terrasse d\u2019une maison voisine o\u00f9 flottait du linge mis \u00e0 s\u00e9cher, il sauta sur le rempart de sacs de sable, s\u2019avan\u00e7a majestueusement jusqu\u2019en son milieu, fit mine de d\u00e9ployer sa longue queue en une roue dont les nombreux yeux devaient simuler un monstre et effrayer tout agresseur potentiel, referma cependant son \u00e9ventail de plumes \u00e0 peine entrouvert, comme s\u2019il venait seulement de remarquer que la ruelle trou\u00e9e de nids-de-poule \u00e9tait d\u00e9serte, d\u00e9serte \u00e0 l\u2019exception d\u2019un taxi qui rampait en arri\u00e8re suivant une ligne serpentine, d\u00e9serte : pas un rival en vue, pas un admirateur, pas un ennemi.<\/p>\n<\/blockquote>\n
-- Christoph Ransmeyr, Atlas d’un homme inquiet.\n[mot-clef : \"je vis\", Argos, Inde, Penjab, Atelier]<\/p>\n
\nLe pouvoir bourgeois fonde son lib\u00e9ralisme sur l\u2019absence de censure, mais il a constamment recours \u00e0 l\u2019abus de langage.\"\n-- Bernard No\u00ebl, blog de Joacquim Sen\u00e9<\/a>, via Karl Dubost<\/a>et Descartes\n[Mots-clef : Sensure, bon sens ]<\/p>\n<\/blockquote>\n
06 novembre 2025<\/h2>\n
\nSi je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ces pages, c\u2019est parce qu\u2019elles sont consacr\u00e9es \u00e0 une id\u00e9e centrale concernant la possibilit\u00e9 d\u2019une nouvelle po\u00e9tique en rupture totale avec la « dictature du discours » : « Dans toute grammaire, il y a une logique, et dans toute logique il y a une m\u00e9taphysique. Si on veut renouveler un langage, ce n\u2019est donc pas en op\u00e9rant des jongleries verbales, des vari\u00e9t\u00e9s “novatrices”, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tat donn\u00e9 de la langue, c\u2019est en remontant jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e9taphysique ». C\u2019est ce qu\u2019a fait Heidegger en d\u00e9celant dans les langues occidentales une pens\u00e9e m\u00e9taphysique particuli\u00e8re, « onto-th\u00e9ologique », c\u2019est-\u00e0-dire coup\u00e9e du monde et tourn\u00e9e vers les arri\u00e8re-mondes d\u00e9nonc\u00e9s par Nietzsche.\n-- Laurent Margantin sur la g\u00e9opo\u00e9tique de Kenneth White<\/a>\n[Mots-cl\u00e9s : Dictature du discours, grammaire, m\u00e9taphysique]<\/p>\n<\/blockquote>\n
08 novembre 2025<\/h2>\n
\n« Aujourd\u2019hui la litt\u00e9rature est soutenue par une client\u00e8le de d\u00e9class\u00e9s ; nous sommes donc tous qui aimons la litt\u00e9rature des exil\u00e9s sociaux et nous emportons la litt\u00e9rature dans le maigre bagage de cet exil. »
\n-- Roland Barthes\n[Mots-cl\u00e9s : Nuit, gratuit\u00e9, r\u00e9sistance]<\/p>\n<\/blockquote>\n\nBien que j\u2019aie investi beaucoup d\u2019efforts dans mon univers fictif, je ne pense pas vraiment l\u2019avoir invent\u00e9. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 par hasard, et j\u2019ai continu\u00e9 ainsi \u00e0 t\u00e2tonner sans m\u00e9thode pr\u00e9cise \u2013 en laissant tomber un mill\u00e9naire par-ci, en oubliant une plan\u00e8te par-l\u00e0. Des gens s\u00e9rieux et consciencieux, en le baptisant l\u2019Univers de Hain, ont tent\u00e9 d\u2019en retracer l\u2019histoire et d\u2019en d\u00e9rouler le fil chronologique. Personnellement, je l\u2019appelle l\u2019Ekumen, et je pense que c\u2019est un cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Son fil chronologique ressemble \u00e0 ce qu\u2019un chaton retire du panier \u00e0 tricot, et son histoire est surtout constitu\u00e9e de trous.\n-- Ursula Le Guin L’anniversaire du monde<\/em>\n[mots-cl\u00e9s : Univers, fiiction, ansible, nommer ]<\/p>\n<\/blockquote>\n
10 novembre 2025<\/h2>\n
\n« Le non savoir n\u2019est pas une ignorance, mais un acte difficile de d\u00e9passement de la connaissance ». \n--Gaston Bachelard lu sur le site de Judith Chancrin<\/a>\n[Mots-cl\u00e9s : Non savoir, connaissance]<\/p>\n<\/blockquote>\n
12 novembre 2025<\/h2>\n
\n« Ces deux types, le quinteux et le « moitrinaire », ont entre eux d\u2019\u00e9tranges ressemblances. Le premier mod\u00e8le les chevauch\u00e9es \u00e0 travers l\u2019Europe et les intrigues de la Malmaison ou des Tuileries sur le flux et le reflux de son pancr\u00e9as. Le second confronte nos d\u00e9faites \u00e0 la forme de son nez ou \u00e0 la coupe de ses cheveux. Il semble que Waterloo ait eu lieu pour fournir de la copie \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric et Sedan pour en fournir \u00e0 \u00c9mile. Nos d\u00e9sastres ont abouti \u00e0 ces incontinents ».\n--L\u00e9on Daudet (in Souvenirs des milieux litt\u00e9raires, politiques, artistiques et m\u00e9dicaux)\n[Mots-cl\u00e9s : Plagiat, moquerie]<\/p>\n<\/blockquote>\n
13 novembre 2025<\/h2>\n
\nIls parlaient une langue \u00e9trange, faite de mots emprunt\u00e9s, de concepts mal dig\u00e9r\u00e9s. \n-- Georges Perec, Les Choses, 1965\n[Mots-cl\u00e9s : jargon, para\u00eetre, gr\u00e9gaire]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nIls avaient des machines \u00e0 calculer d’une puissance incroyable, mais plus personne ne savait ce qu’il fallait calculer. \n--Jules Vernes, Paris au XXe si\u00e8cle (\u00e9crit en 1863, proph\u00e9tique)\n[mots-cl\u00e9s : blockchain, disruptif(ve)]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nLa civilisation des machines est une civilisation de l\u2019abdication\n--George Bernanos, La France et les robots. \n[mots-cl\u00e9s : responsabilit\u00e9 individuelle, fardeau de la libert\u00e9, choix, confort]<\/p>\n<\/blockquote>\n
14 novembre 2025<\/h2>\n
\nLa seule t\u00e2che de l\u2019artiste, c\u2019est d\u2019explorer des significations possibles, dont chacune prise \u00e0 part ne sera que mensonge (n\u00e9cessaire) mais dont la multiplicit\u00e9 sera la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u00e9crivain.\n--Roland Barthes ( en exergue de TUEURS DE FEMMES \u00c0 CIUDAD JU\u00c1REZ, 2666)\n[Mots-cl\u00e9s : Fiction et v\u00e9rit\u00e9]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nLes brouillons de Monsieur Ouine nous apprennent que cette passivit\u00e9 du cr\u00e9ateur, si l\u2019on peut dire, atteignait un degr\u00e9 peu commun. Il nous est donn\u00e9, page apr\u00e8s page, d\u2019assister \u00e0 l\u2019apparition d\u2019abord\nlonguement ind\u00e9cise, puis tout \u00e0 coup identifi\u00e9e des images et des mouvements. \n--Daniel Pezeril ( Cahiers de Monsieur Ouine) \n[Mots-cl\u00e9s : Rester ind\u00e9cis le plus longtemps possible, orientation des oiseaux]<\/p>\n<\/blockquote>\n
15 novembre 2025<\/h2>\n
\nOui, mais voil\u00e0, ce qui s\u2019impose et saute aux yeux, d\u00e8s la rue, d\u00e8s cette rue du vieux Bordeaux, c\u2019est une science infus\u00e9e du paysage, ce sont des proc\u00e9dures de ruse et de lecture, ce sont des affects presque inconnus et secrets, li\u00e9s \u00e0 des lieux \u00e9prouv\u00e9s comme des territoires et parcourus depuis des si\u00e8cles : appeaux imitant la grive, la caille ou le sanglier, filets \u00e0 papillons, cordages, \u00e9puisettes et autres outils pour la p\u00eache \u00e0 pied, mais surtout filets et nasses de toutes tailles et de toutes sortes, \u00e0 grandes ou \u00e0 petites mailles, extensibles, souples, articul\u00e9s.\n-- Jean-Christophe Bailly Le D\u00e9paysement : Voyages en France\n[Mots-cl\u00e9s : retour, magasin de fourniture de p\u00eache, ruses, armes pour l’attente]<\/p>\n<\/blockquote>\n
16 novembre 2025<\/h3>\n
\nJe ne puis tout bonnement pas croire aux conclusions que je tire de mon \u00e9tat actuel, qui dure d\u00e9ja depuis presque un an, il est trop grave pour cela. Je ne sais m\u00e9me pas si je puis dire que c\u2019est un \u00e9tat nouveau. Voici ce que je pense en r\u00e9alit\u00e9 : cet \u00e9tat est nouveau, j\u2019en ai connu d\u2019analogues, je n\u2019en ai pas encore connu d\u2019identique. Car je suis de pierre, je suis comme ma propre pierre tombale, il n\u2019y a la aucune faille possible pour le doute ou pour la foi, pour l’amour ou la r\u00e9pulsion, pour le courage ou pour I\u2019angoisse en particulier\nou en g\u00e9n\u00e9ral, seul vit un vague espoir, mais pas micux que ne vivent les inscriptions sur les tombes.\n--Franz Kafka, Journal, 15 novembre 1910 ( Livre de poche, biblio, traduction de Marthe Robert, page 16]<\/p>\n<\/blockquote>\n
\nDu reste, y a t’il quelqu’un devant qui je ne m’incline pas ? \n--Franz Kafka, journal , 6 novembre 1916, ( Livre de poche, biblio, traduction de Marthe Robert, page 450]<\/p>\n<\/blockquote>\n
[Mots-cl\u00e9s : atteindre l’os, longueur des textes selon les ann\u00e9es ]<\/p>\n
17 novembre 2025<\/h2>\n
\nQui, parmi nos a\u00een\u00e9s, « fait face » aujourd\u2019hui ? Qui nous propose un autre monde, m\u00eame utopique, une pens\u00e9e nouvelle, m\u00eame d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e ? Depuis quinze ans, quelle voix forte s\u2019est \u00e9lev\u00e9e pour nous assurer que nous n\u2019\u00e9tions pas seuls \u00e0 nous scandaliser des progr\u00e8s du mat\u00e9rialisme et de la b\u00eatise ? En guise de doctrine, on nous a offert quelques complots. En guise d\u2019\u00e9cole litt\u00e9raire, une technique de la ponctuation. En guise de renaissance religieuse, des abb\u00e9s psychanalystes. En guise de mystique, l\u2019absurde, et en guise de bonheur supr\u00eame, une esp\u00e8ce de confort standard. Une nouvelle revue litt\u00e9raire vient de na\u00eetre. Elle s\u2019appelle M\u00e9diation. M\u00e9diation ! Pourquoi pas Compromis ? Notre si\u00e8cle manquait d\u00e9j\u00e0 de c\u0153ur. Mais aujourd\u2019hui il y a pire : il est en train de manquer d\u2019esprit.\n--Jean-Ren\u00e9 Huguenin, \"Une autre jeunesse\"- la derni\u00e8re jeunesse r\u00e9volt\u00e9e, \u00e9dition du Seuil 1965 , page 58<\/p>\n<\/blockquote>\n
[mots-cl\u00e9s : ritournelle, m\u00e9lasse]<\/p>\n
\nJe la trouvai. Elle \u00e9tait dans le dernier wagon, un des rares compartiments d\u2019o\u00f9 venait la pleine lumi\u00e8re du n\u00e9on. Belle ou non, je ne sais plus. Tr\u00e8s brune. Le double de mon \u00e2ge. En jupe noire \u00e0 grandes fleurs rouges, ses cuisses aux trois quarts d\u00e9couvertes, et me regardant fixement, comme je la regardais moi-m\u00eame, accoud\u00e9 \u00e0 la porte. J\u2019\u00e9tais blond. Les coupe-coupe du train se d\u00e9cha\u00eenaient pour nous, ils aff\u00fbtaient notre \u0153illade. Elle ne rabattit pas sa jupe sur ses genoux. Je fis durer le duel des regards jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle ait les joues en feu. J\u2019entrai. Nous n\u2019e\u00fbmes pas un mot. Quand je tirai le rideau du compartiment, \u00e9teignis le n\u00e9on et allumai la veilleuse, j\u2019entendis seulement, derri\u00e8re mon dos, un murmure tomber d\u2019une voix coupante comme un verdict : Cosi, puis un bruit de banquette. Je me retournai vers elle : elle s\u2019\u00e9tait affal\u00e9e, cambr\u00e9e et expos\u00e9e haut \u00e0 la fa\u00e7on des b\u00eates, au milieu du si\u00e8ge o\u00f9 s\u2019enfouissaient ses cheveux de suie sur lesquels s\u00e8chement je rejetai sa jupe. Pas de temps perdu en paroles ou agaceries, l\u2019extr\u00eame, vite. L\u2019assaut, l\u2019\u00e9pouvante. Quand nos deux machettes se heurt\u00e8rent, la mienne pulsant dans le poil d\u2019or, la sienne dans la br\u00e8che de houille, elle r\u00e2la : Mamma mia. Nous jou\u00eemes presque aussit\u00f4t. Nous r\u00e9prim\u00e2mes le hurlement effroyable en grognements abjects.\n--Pierre Michon , j’\u00e9cris l’Illiade<\/strong>, 2025, Gallimard, page 12<\/p>\n<\/blockquote>\n
[Mots-cl\u00e9s : Description d’une locomotive, nuit de septembre, grande-ourse]<\/p>\n
\nComme dans J\u2019\u00e9cris l\u2019Iliade, l\u2019auteur d\u00e9boulonne l\u2019autel sur lequel on l\u2019a juch\u00e9 de fa\u00e7on anthume et r\u00e9v\u00e8le les coulisses de son \u00e9criture dramatique : « C\u2019est bien un amphigourique \u2018essai autobiographique\u2019, que vous m\u2019avez command\u00e9 ? » Avant d\u2019ajouter, r\u00e9affirmant la libert\u00e9 de l\u2019artiste, f\u00fbt-il soumis \u00e0 une commande : « Vous vouliez un Rembrandt de Hollande, d\u00e9j\u00e0 plein de gloses comme un \u0153uf, L\u2019Homme au casque ou Aristote caressant le buste d\u2019Hom\u00e8re ; et vous avez eu la malchance que je choisisse \u00e0 la place ce bronze grec dont personne n\u2019a entendu parler ».\n--Adrian Meyronnet, lu sur Diacritik<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n
[Mots-cl\u00e9s :anthume vs posthume, Alphonse Allais, post humius, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mis en terre, ante= avant ]<\/p>\n
20 novembre 2025<\/h2>\n
\nJ\u2019ai maintenant cent cinq ans, bon pied, bon \u0153il, excellent estomac, une femme ador\u00e9e, deux enfants septuag\u00e9naires, cinq petits-fils et petites-filles et douze arri\u00e8re-bambins qui font ma joie. Ce sont conditions d\u2019optimisme n\u00e9cessaires \u00e0 qui veut raconter sans fiel des aventures pass\u00e9es et douloureuses, car le d\u00e9faut de ces sortes d\u2019entreprises est souvent de teindre de vieux \u00e9v\u00e9nements avec une bile r\u00e9cente. <\/p>\n<\/blockquote>\n
\nLa premi\u00e8re impression des endroits et des \u00eatres saisit d\u00e9finitivement et cr\u00e9e une image qui ne ressemble point du tout \u00e0 celle que donne ensuite l\u2019habitude. <\/p>\n<\/blockquote>\n
\n« Ici, nous dit-il gonfl\u00e9 d\u2019emphase, tous les pouvoirs, toutes les fonctions, toutes les attributions sont aux mains des docteurs. Le peuple est de malades, riches ou pauvres, de d\u00e9traqu\u00e9s, de d\u00e9ments. <\/p>\n<\/blockquote>\n
--L\u00e9on Daudet, Les morticoles.<\/p>\n
[mots-cl\u00e9s : \u00e9v\u00e9nements, bile ]<\/p>\n
24 novembre 2025<\/h2>\n